Ibid
et à devenir le collaborateur actif de Léandre dans l'œuvre de la conversion des ariens.
Il vécut longtemps dans une cellule où son frère le tint renfermé, pour T empêcher de se trop répandre au dehors, en lui donnant les plus savants maîtres du temps. Il n'est pas absolument démontré qu'il ait été moine, comme plusieurs l'ont soutenu. Mais il est difficile d'en douter quand on lit la règle qu'il a écrite en vingt-trois chapitres à l'usage des reHgieux de son pays, et qui n'est guère qu'un extrait de la règle bénédictine, dont son frère Léandre avait dû le pénétrer.
On y remarque toutefois, comme dans un autre écrit de lui sur le Devoir des moines, de curieux détails sur la façon dont l'Ordre se recrutait dans les rangs les plus divers et dans les conditions les plus infimes. Ce renseignement nous est donné dans de hautes et sages paroles, où respire, avec plus de précision et d'éloquence que partout ailleurs, la doctrine de l'égalité des âmes d(3vant Dieu et devant l'Eglise, mais aussi où se révèle le frein imposé par la justice et la raison à l'orgueil des nouveaux émancipés, (c Notre sainte miUce, » dit Isidore, « ne se recrute pas seulement parmi les hommes libres, jnais surtout parmi ceux de condition servile qui, dans le cloître, viennent chercher la liberté. 11 en vient aussi du sein de la vie rustique et des profes
sions ouvrières et du labeur plébéien, et avec d'autant plus d'avantage qu'ils sont mieux dressés au travail. Ce serait un grave délit que de ne pas les admettre. » — (( Il ne faut pas chercher, » ajoute-t-il, « si le novice est riche ou pauvre, esclave ou libre, jeune ou vieux. Ni l'âge ni la condition n'importent chez les moines ; car Dieu ne fait aucune différence entre l'âme de l'esclave et celle de l'homme libre... Beaucoup de plébéiens ont brillé par d'éclatantes vertus et ont mérité d'être élevés au-dessus des nobles... ]\fais que ceux qui sortent de la pauvreté pour venir au monastère ne se laissent pas gonfler par l'orgueil en se voyant les égaux de ceux qui paraissaient être quelque chose dans le siècle. Il serait indigne que, là où les riches, en abdiquant toute hauteur mondaine, descendent à l'humilité, les pauvres se laissassent aller à l'arrogance. Il leur faut, au contraire, déposer toute vanité, comprendre Immblement leur nouvelle position, et ne jamais perdre la mémoire de leur ancienne misère * . »
Moine ou non, Isidore se signala par son zèk; pour les intérêts monastiques lorsqu'à la mort de Léandre il devint évêque de Se ville et l'oracle de
1. s. ls\BOKi De offic. Eccles.,c. lb;De Monach., c. b.\Re(jul(L c. 4. — Du reste Isidore interdit, dans sa règle, de recevoir au monastère des esclaves que leurs maîtres n'auraient point affranchis.
l'Église d'Espagne ' . Il présidait ce concile de Séville qui, en 619, prononça l'anathème contre les évêques et les prêtres qui essayeraient de troubler ou de dépouiller les monastères".
Pendant quarante ans d'épiscopat, sa science, son zèle, son autorité, consolidèrent l'heureuse révolution et la renaissance religieuse et littéraire dont son frère avait été le premier auteur. Il acheva (le détruire l'arianisme, étouffa la nouvelle hérésie des Acéphales, continua, fortifia et agrandit le vaste système d'éducation dont Séville était le foyer, et qu'il fit étendre parle quatrième concile de Tolède? à toutes les Eglises épiscopales d'Espagne, en prescrivant partout l'étude du grec et de l'hébreu. Il fut en outre le créateur de cette liturgie espagnole si poétique et si imposante, qui, sous le nom de Mozarabe, survécut à la ruine de l'Eglise visigothe et mérita d'être ressuscitée par le grand Ximénès. Écrivain fécond, infatigable et prodigieusemeni érudit, il rédigea, entre tant d'autres travaux, l'histoire des Goths, de leurs conquêtes et de leur domination en Espagne. Il a fait connaître Aristote aux peuples nouveaux de l'Occident longtemps avant que les Arabes vinssent le remettre en vogue. Il
1. Cf. B0LL4ND., loc. cit. et Mabillon, Act. SS. 0. B. sœc. II lu Prxtermissis. — Cf. Offic. SanctoruminBnF.y. RoM.adusumHispanix. Matr. 1768, die 4 apiil.