CUVIER
3. Lo que es mucho. para aquello tiempo, que, siendo Rey y Godo, so aplicava â las letras. Yepes, Cent, segund., p. 48.
La plupart des rois visigoths se signalèrent par \(nw munificence envers les monastères. La seule charte authentique qui nous soit restée de l'époque visigotliique est une donation faite en 646 par le roi Ghindaswinde au monastère de Compludo. Ce diplôme est signé par le roi, par la reine Reciberga, par saint Eugène, archevêque de Tolède, et deux autres évêques, par cinq comtes et par quatre abbés, parmi lesquels on remarque le nom dTIde- (bnse, destiné à la plus haute illustration \ Mais le grand nombre de donations analogues est attesté par la formule générale et officielle qui servait de modèle aux actes dressés à cette fin, et que l'érudition fi^ançaise a récemment mise en lumière. Le roi qui voulait fonder ou doter une communauté s'y adressait au saint dont les reliques devaient se trouver dans la nouvelle église, et parlait un langage qui fait en quelque sorte palpiter ces pièces de procédure sous le souffle ardent de la foi espagnole. (( Glorieux seigneur, et bienheureux triomphateur, » y disait-il, « nous avons décrété que désormais, dans le lieu où repose le trésor de votre corps sacré, il y aura une congrégation de moines destinés à servir Dieu et à honorer votre mémoire selon l'usage des Pères qui ont posé la règle de la
1. Yepes, Cronica gcneral del Orden de S. lienilo, t. II, p. 174, ot Append.^ Escritura 13.
vie monastique. Nous offrons à votre glorieuse mémoire telle et telle portion de notre patrimoine, pour entretenir l'église et son luminaire, son encens et ses sacrifices, pour le vêtement et la nourriture régulière des moines, pour le soulagement des pauvres et pour que les . voyageurs y soient accueillis... Nous voulons que cette donation, faite pour effacer nos péchés, soit perpétuelle; que nul prêtre, nul prélat ne puisse l'aliéner. Nous avertissons les abbés futurs à travers les siècles de ne point dissoudre, par la tiédeur et l'irréguralité, le lien que nous constituons ici. Et vous qui régnerez après nous, nous vous en conjurons par l'empire du Roi éternel (et qu'ainsi Dieu daigne conserver la nation et le royaume des Goths jusqu'à la fin des siècles!), gardez-vous de rien enlever ou de rien mutiler dans ces oblations par lesquelles nous voulons plaire à Dieu pour notre salut et celui de tous les Goths ! Glorieux martyi% agréez ce don et portez-le sous le regard de Dieu'. » C'est dans ce même formulaire, comme dans la charte de Gompludo, qu'apparaissent déjà les formidables imprécations, si usitées pendant tout le moyen âge, contre les violateurs et les spoliateurs des choses saintes,
1. Formula quam facit rex qui Ecclesiam xdificans monasieriumfacere voluerit. E. de Rosière, Formules visigothiques inédites, n" 9, 1854.
qui les menacent du sort de Sodomc et de Gomorrhe, et qui leur assignent une place dans l'enfer à côté de Dathan, d'Abiron et de Judas Tscariote.
Le développement de l'institut monastique marchait de front avec celui des lettres et de la piété chrétienne, sous l'impulsion des grands docteurs que la vie religieuse enfantait en Espagne. Le signataire du diplôme de Gompludo, saint Ildefonse, en qui Léandre et Isidore semblent revivre tout entiers, et qui fut le plus populaire des saints espagnols, sortait comme eux de la fameuse école de Séville ; mais il se rattache aussi à un autre centre de science et d'éducation ecclésiastique créé par r esprit monastique. Aux portes de Tolède qui, depuis la réunion de toute l'Espagne sous le sceptre des rois visigoths, avait remplacé Séville comme capitale de la royauté visigothe, s'élevait le monastère d'Agali, fondé dès le vi'' siècle. Au siècle suivant, ce fut une pépinière de saints et de docteurs et lapins célèbre abbaye de la péninsule. On en vit sortir successivement six évoques métropolitains de Tolède ^ , et parmi eux Helladius, jeune seigneur de
1. Aurasius,mort en 614; Helladius, mort en 632; saint Just, qui présida avec saint Isidore au iv" concile de Tolède et mourut en Go3; Eugène U, moine dès lenfance, qui présida aux v, vi«" et vir conciles de Tolède, et mourut en 646 ; Eugène III, qui fut le poète
la principale noblesse, ami et compagnon d'études de Léandre, qui, comme lui, renonça jeune au monde, vécut longtemps à Agali, avant de se faire religieux, dans la familiarité des moines, et se plaisait à porter les fagots au four abbatial'. Devenu évêque après avoir été abbé du monastère, il créa la grande école que ses successeurs développèrent à l'envi.
Ildefonse, né à Tolède d'une famille alliée au sang royal, reçut d'abord àSéville, pendant douze ans, les leçons d'Isidore, puis, revenu près de son berceau , et malgré les violentes résistances de sa famille, se fit moine à Agali. Il fallut une autre violence, celle de la voix unanime du clergé et du peuple de Tolède, pour l'en arracher et le placer sur le siège métropolitain. Lui aussi cultiva avec succès l'histoire et la poésie ; ses écrits ascétiques mai^quent honorablement dans la littérature religieuse de son temps. Mais ce qui lui a valu surtout la première place dans l'amour et la mémoire du peuple espagnol, ce fut son ardente dévotion à la sainte Vierge, dont il défendit la virginité perpétuelle contre l'hérésie des Helvidiens. Les \isions
le plus distingué de l'Espagne gothique (y. Bourret, op. cit.), présida les viii«, ix^ et x« conciles de Tolède, et mourut en 658 ; enlin, Ildefonse, neveu du précédent, mort en 667. Les trois premiers et Ildefonse furent non seulement moines, mais abbés d'Agali. 1. S. HiLDEi'HONsi, De vlr. lllustr., c. 7.
miraculeuses qui témoigneut de la reconnaissance de Marie pour les efforts de son zélé défenseur', rt les reliques qu'il en laissa à Féglise de Tolède, après avoir longtemps enflammé la dévotion des l^^spagnols pour leur grand saint Alonzo^ ont reçu, mille ans après sa mort, une consécration nouvelle, grâce au génie de Galderon-,
Léandi^e, Isidore, Ildefonse, furent les illustres représentants de la vie intellectuelle dans un tem[)s où elle semblait presque partout éteinte. Ces pontifes laborieux, instruits, éloquents, pleins de zèle j30ur la science et l'étude en même temps que pour la religion, assurèrent en Espagne l'avenir des lettres chrétiennes et la durée delà tradition littéraire, partout ailleurs interrompue ou menacée par les orages de l'invasion et de l'établissement des Barbares. Ils firent de leur patrie la lumière intellectuelle du monde chrétien au xn^ siècle.
Après eux, il faut encore admirer tous ces évè-
1. Pendant la nuit de la fête de lExpectaiio partus B. M. V., sainte Léocadie, dont il avait découvert les reliques, lui apparut et lui dit : 0 Ildefonse! per te vivit domina mea, qux cœli culmina tenet. Pour avoir un gage pali)able de cette vision, il saisit l'épée du roi Receswinthe, qui l'accompagnait, et coupa une portion du voile de la sainte, laquelle devint ensuite une relique très vénérée. Breviar. Roman, in Append. die 23 Jannar. Une autre nuit, il vit, dans l'abside de sa métropole illuminée par celte présence, la sainte Vierge elle-même assise sur le trône épiscopal, où il n'osa plus jamais siéger.
2. Voir le drame de Calderon, intitulé : La Virgen del Sacrario.
qiies et ces moines, issus du sang ou de la famille spirituelle de ces trois grands hommes, et qui furent, comme ils l'avaient été eux-mêmes, Tâme des fameux conciles de Tolède. On sait assez que ces conciles constituèrent la force et la gloire de l'Espagne gothique, et que de leur sein sortit, épurée par l'esprit sacerdotal, cette législation desVisigoths que la science moderne a noblement vengée S et qu'elle a placée au premier rang des lois de l'antique chrétienté, pour la hardiesse, la profondeur et l'équité de ses conceptions.
Léandre et Isidore, ces deux illustres frères, donnèrent à ces assemblées le caractère politique et législatif qu'elles conservèrent pendant un siècle et quia fixé sur elles l'attention spéciale des historiens". Sans doute, dans les dix-huit assemblées
1. GuizoT, Hist. de la civilisation, t. I; Hist. des origines dit (jouvernement représentatif, leç. 25, et Revue française de novembre 1828.
2. Voici l'indication chronologique des conciles qui furent tenus à Tolède depuis la conversion des Visigoths jusqu'à la conquête de l'Espagne par les Maures. (Ceux qui portent le chiffre i et ii sont antérieurs, et datent le premier de 400 et le second de 531.)
Le Jii®, en 589, composé de 65 évêques, présidé par Léandre, publia 23 décrets ou canons.
Deux conciles tenus en 597 et 610, et dont les décrets ont été d'abord publiés par Garcia Loasia au xvi*^ siècle, n'ont pas été compris dans la numération ordinaire, pour ne pas déranger l'ordre traditionnel.
Le iv^, en 633 : 62 évêques ; 75 canons. Saint Isidore signe le premier.
tenues à Tolède depuis la conversion des Visigoths jusqu'à la conquête de l'Espagne par les Maures, les matières religieuses occupèrent toujours la première place. Les questions touchant le dogme, la hiérarchie et la discipline ecclésiastique, Tindépendance et la régularité des monastères ' , T ensemble
Le \<^, en 636: 20 évèques; 9 canons.
Le vi% en 638 : 52 évèques ; 19 canons.
Le vue, en 646 : 28 évèques; 6 canons.
Le viii*", en 653 : 52 évèques, 10 abbés, parmi lesquels Ildefonse. abbé d'Agali ; 12 canons.
Le ixe, en 655 : 16 évèques, 10 abbés, parmi lesquels Ildefonse. 17 canons.
Le x^, en 656 : 20 évèques, parmi lesquels le moine saint Fructueux, métropolitain de Braga, dont on parlera plus loin; 7 canons.
Le xi«, en 675 : 19 évèques, 6 abbés; 16 canons.
Le xu'^, en 681 : 35 évoques, 4 abbés; 13 canons.
Le xin^, en 683 : 48 évè(jues, 5. abbés; 13 canons.
Le xive, en 684 ; 17 évèques, 6 abbés ; 12 canons.
Le xv«, en 688 : 61 évèques, 8 abbés.
Le xvi^, en 693 : 59 évèques, 5 abbés; 13 canons.
Le xvii% en 694 : 8 canons ; pas de signatures.
Le xviii'5, et dernier, en 701.
Beaucoup de ces évèques sortaient de l'Ordre monastique ou y finirent leurs jours (Yepes, centuria ii). On voit en outre dans la Collection des Conciles la signature des fondés de pouvoirs desévèques absents et celle d'une foule de comtes et de procere^ laïques.
1. Le iv^, tenu en 633, sous la présidence d'Isidore, se montra surtout zélé pour la liberté des moines, garantissant aux clercs la liberté d'embrasser la vie religieuse, interdisant aux évèques toute vexation ou usurpation au détriment des monastères, et prohibant le retour au siècle de tout moine profbs.
Le iv'', tenu en 655, se vit obligé de mettre un frein à la munificence des évèques envers les monastères, en leur interdisant de dis- MOiNES d'occ, II. 14
et le détail des intérêts spirituels, forment le sujet de la plupart des décrets rendus par ces conciles. Sans doute aussi les évêques y jouaient un* rôle prépondérant par le nombre comme par Tautorité. Mais les seigneurs et les dignitaires laïques y figuraient aussi : entrés mie première fois avec le roi, qui prenait presque toujours Pinitiative des questions à traiter, ces laïques sortaient avec lui ; mais, après avoir laissé trois jours aux évêques pour discuter seuls les affaires spirituelles, ils revenaien ( prendre part aux délibérations définitives. Ils y assistaient en vertu d'un droit reconnu; ils signaient les décrets comme les évêques. En outre, le consentement de ce qu'on appelait alors le peuple, c'est-à-dire de toute la noblesse militaire de la nation gothique, semble avoir été souvent requis cl (exprimé pour valider les décisions rendues par le roi, les évêques et les proceres ^ .
Ainsi constituées, ces mémorables assemblées exercent la plénitude du pouvoir spirituel et temporel, politique et civil, législatif et judiciaire. Toutes les grandes affaires du royaume y sont déi)attues; et ce royaume ne comprenait pas seule -
])Oser en faveur de ces fondations de plus du cinquantième du patrimoine épiscopal.
1. Voir les conciles viii, xiv, xvi, mais surtout le canon du iv^, eu •H33j qui valida la disposition de Swinlhila, après avoir pris l'avis de la nation.
ment toute l'Espagne, que les Visigoths avaient réussi à purger des derniers vestiges de la dominalion gréco-romaine, mais encore la Gaule Narboniiaise, dont les évêques venaient siéger à Tolède avec'ceux de la péninsule. Elles font les lois et les rois. Elles règlent les conditions de la royauté élective, trop souvent méconnues dans la pratique pîir la violence sanguinaire des prétendants ou des successeurs désignés au trône. Et quoique les faits accomplis qu'elles trouvaient bon de sanctionner aient trop souvent substitué la violence au d roit, elles proscrivent toujours en principe tout candidat dont les droits ne se fonderaient pas sur l'élection faite par la noblesse et le clergé , sur la pureté de son origine gothique et sur la probité de ses mœurs ^ . Après avoir bien constaté que le roi n'était que le mandataire et le délégué du peuple, elles semblent lui accorder une sorte de revanche en attribuant à son autorité une plénitude qui contraste avec les limitations que les libertés traditionnelles des races germaniques imposaient à leurs princes,
1. Defunctoin pace principe, primates totiiis genlisciim sacerdotibiis successorum regni communia concilia constituant. Conc. iv, can. 74. — Quem nec electio omnium provehit, nec Golhicae gentis nobilitas ad liunc honoris apicem trahit, sit... anathematicondemnatus.. Conc. v, can. 3. — Nullus sub religionis habitu detonsus... servilem originem trabcns, vel extraneœ gentis homo, nisi génère et nioribus dignus. Conc. x\i, can. 17.
chez qui on savait à la fois mieux reconnaître les droits du sang et mieux contenir l'exercice du pouvoir. Mais jamais, il faut en convenir, on n'a parlé au pouvoir souverain un langage plus noble que celui du quatrième concile de Tolède, par la bouche d'Isidore et de ses collègues, au roi Sisenand et à ses successeurs : « Vous qui êtes actuellement roi, et vous tous, princes de l'avenir, nous vous conjurons humblement d'être doux et modérés envers vos sujets, de gouverner avec justice et piété les peuples que Dieu vous confie, et de payer ainsi votre dette au Christ qui vous fait rois. Que nul d'entre vous ne prononce seul dans les causes qui intéressent la vie ou les biens, mais que le crime des accusés soit démontré dans une séance publique avec les chefs du peuple et par un jugement manifeste. Soyez doux dans votre sévérité même ; grâce à cette modération, les rois seront contents des peuples, les peuples des rois, .et Dieu des uns et des autres. Quant aux rois futurs, voici la sentence que nous promulguons : si quelqu'un d'entre eux, contre le respect des lois, par orgueil, ou par faste royal, ou par cupidité, opprime et tourmente son peuple, qu'il soit anathématisé par le Seigneur Christ, et à jamais séparé de Dieu ' ! »
Mais les rois, qui écoutaient docilement ces le-