Grec. Turon., Hist., 1. ix. c
son som au monastère de Radegonde, et ce fut à Toccasion de cette translation que Ton entendit retentir pour la première fois les accents sublimes du Vexilla régis et du Pange, lingua\ hymnes nouvelles que cette solennité inspira au poète Venantius Fortunatus et que toute FÉglise chante depuis lors.
Ce Fortunatus" était un laïque italien qui, en venant visiter les sanctuaires de la Gaule, s'était fixé à Poitiers par affection pour Radegonde, et s'y était fait ordonner prêtre. Il fut longtemps après évêque de cette ville et biographe de Radegonde; mais il n'était alors renommé que par son talent poétique, très recherché et très admiré par les Gallo-Francs. La reine cloîtrée en avait fait son secrétaire et l'intendant des biens du monastère. Dans des vers où les souvenirs classiques et le bel esprit se rencontrent peut-être trop souvent avec les inspirations de la foi catholique, il entre dans ime foule de détails
1. Il s'agit du Pange, lingya, qui se chante à l'office du vendredi saint. Le père Sirmond et les auteurs de V Histoire littéraire de la France, contestent à Fortun^t la paternité de cette hymne, qu'ils attribuent à Claudien Mamert; mais le dernier éditeur de Fortunat prouve, d'après les plus anciens manuscrits, qu'elle doit lui être restituée. Venant FoRTUNATi Operaomnia, lib.ii,c. 2, éd. D. Mich.-Ang. Llchi, Rome, 1786, in-4, p. 37.
2. Né à Ceneda, près Trévise, en 530. W ne devint évêque de Poitiers qu'en l'année 599, douze ans après la mort de Radegonde.
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curieux sur Taimablc et touchaute intimité qui régnait entre lui, l'abbesse Agnès et RadegoiMlc ainsi que snr les soins gracieux et vigilants dont elles l'entouraient. Tantôt il offre à ses deux amies, aux premiers jours dn printemps, des violettes à défaut de roses et de lys, pour orner les autels de l'église monastique, et leur faciliter ainsi l'habitude qu'elles avaient de parer leur sanctuaire .de fleurs variées selon les saisons, en se rappelant toujours le parfum des fleurs éternelles. Tantôt il leur envoie des châtaignes ou des prunelles dans des corbeilles qu'il avait tressées de ses mains, comme les Pères du désert. Elles à leur tour lui adressaient du miel, des œufs, de la crème, du lait caillé et d'autres mets iHistiques, dont il célébrait la savem* avec une reconnaissance trop emphatique sans doute, mais qui redoublait d'intensité quand elles l'invitaient à des collations (exceptionnelles pour le faire juger des adoucissements qu'il eût voulu étendre à la communauté tout (Mitière. C'était surtout auprès de Radegonde elle-jnême qu'il insistait pour obtenir qu'elle voulût bien modérer ses abstinenci^s, ses macérations excessives et boire un peu d(^ vin afin de prolonger ses jours. Son rêve eût été de continuer indéfiniment cette sorte de vieàti^ois, et, après avoir ainsi vécu, de mourir le même jour que ses amies. 11 supportait difficilement les interruptions amenées
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dans ces relations si douces, soit par des voyages ol^ligatoires , soit par la réclusion quadragésimale de Radegonde. Il se comparait alors à l'agneau privé de sa mère, et la prière seule pouvait le consoler de l'absence de celle qu'il appelait la lumière de sa vie \ Car une pensée religieuse se retrouve presque toujours au bout de ses madrigaux, et, quelque singulière que puisse nous paraître la naïve familiarité de ses effusions poétiques, il faut le croire quand il prend le Christ à témoin de l'innocente ardeur de ses sentiments pour la jeune abbesse, qu'il aimait comme une sœur, et pour l'auguste fondatrice, qui lui permettait d'user avec elle de la respectueuse familiarité d'un fils- .
Vos quoque, qiiee struitis haec, Agnes cum Radegunde,
Floribus œternis vester anhelet odor...
0 regina potens, cui aurum et purpura vile est, Floribiis ex parvis, te veneratur amans...
FoRTUNATi Opéra, lib. viii, c. 10, II, 12. Cf. 1. XI, c. 2, 7, 13.
Qualiter agnus amans genitricis ab ubere pulsus
Tristis et herbosis anxius errât agris... Nec sumus absentes si nos oratio dulcis
Prsesentes semper cordis amore tenet...
Ihid. Vers inédits découverts par M. ^Guérard.
Mater honore miLi, soror autem dulcis amore,
Quam pietate, fide, pectore, corde, colo. Cœlesti affectu, non criminecorporisulio,
Non caro, sed hoc quod spiritus optât, amo. Testisadest Christus, Petro, Pauloque ministris,
Cumque piis sociis sancta Maria videt.
Il mettait d'ailleurs sa plume et sou taleut au service de Radegonde, dans des occasions plus sérieuses, par exemple en écrivant pour elle aux Césars byzantins. 11 faisait alors parler la reine elle-même dans ses vers, comme il Fa fait dans une pièce célèbre, où il suppose que la sainte conservait, à cinquante ans, le souvenir poignant et passionné de son pays ravagé, de sa famille égorgée, et d'un cousin alors réfugié à Gonstantinople et qui avait peut-être partagé les premiers jours de sa captivité, lorsqu'elle-même, traînée en esclavage, avait quitté pour toujours sa patrie désolée.
Gomme on a dit que Radegonde elle-même avait dicté ces vers où respire le sentiment d'une véritable poésie et d'une poésie toute germanique de ton et d'inspiration, nous en citerons à notre tour quelques passages exactement traduits.
(( Lorsque le vent murmure, j'écoute s'il m'apporte quelque nouvelle, mais de tous mes proches pas même une ombre ne se présente à moi. . . Et toi,
Te niilii non aliis oculis animoque fuisse,
Quam soror ex utero tu Titiana fores : Acsi uno partu Mater Radegundes utrosque
Visceribus castis progenuisset, eram.
FORTCNAT., XI, G.
Nous renvoyons de nouveau à la réfutation péremploire que M. Gorini a opposée aux suppositions erronées de Mj\Ï, Ampère et Augustin Tliierry sur cette liaison.
MOINES d'occ, II. 21
Amalafroy, doux fils du frère do mon père, est-ce qu'aucun souci de moi ne vient mordre ton cœur? As-tu oublié ce qu'était pour toi Radegonde dans tes premières années, et combien tu m'aimais, et comment tu me tenais lieu du père que j'avais perdu, et de mère, et de frère, et de sœur? Toute petite, tu me prenais tendrement les mains, tu me donnais de doux baisers, et ta paisible haleine me caressait. . . Une heure passée loin de toi me semblait éternelle; maintenant les siècles passent sans que j'entende jamais ta parole. Tout un monde gît maintenant entre ceux qui s'aimaient, et qui jadis ne se quittaient pas. Ce qui me désole surtout, c'est de ne recevoir de toi aucun signe de vie ; une lettre me peindrait ce visage que je désire et ne puis contempler. Si d'autres, par simple pitié, vont à la recherche de leurs esclaves enlevés, à travers les Alpes, pourquoi suis-je oubliée, moi qui te tiens par le sang? En quel lieu es-tu? Je le demande au vent qui siffle, aux nuages qui passent ; je voudrais qu'au moins quelque oiseau m'apportât des nouvelles. Si la sainte clôture de ce monastère ne me contenait, tu me verrais arriver tout à coup auprès de toi. Je traverserais les plus grosses mers, en plein hiver, s'il le fallait. Ce qui effraye les matelots ne me ferait pas peur à moi qui t'aime. Si mon vaisseau se brisait dans la tempête, je m'attacherais aune planche pour te re-
joindre; et si je ne trouvais aucun débris, j'irais jusqu'à toi en nageant, épuisée! En te revoyant je nierais jusqu'aux périls de la traversée ; et si je me noyais en route, tu me ferais une tombe dans le sable, et tu pleurerais morte, en l'enterrant, celle dont, vivante, tu dédaignes les larmes * . »
Mais, si la sainte recluse permettait au littérateur italien d'évoquer en son nom ces images passionnées du passé, de sa patrie et de ses jeunes affections, il n'en apparaissait guère de trace dans sa ^ ie religieuse. Tout au contraire, elle avait concentré sur sa famille monastique toute l'ardeur de sa tendresse '. Quand elle vovait réunie autour d'elle sa