La ViLLEMARQiÉ, op. cit., p
2. Albert LE Guand, Vie de saint Ké oii Kcnan, surnommé Colodoc, p. 677.
forêt voisine où s'étaient conservés en se ressemant d'eux-mêmes quelques pieds de froment, dernier reste peut-être d'une riche culture disparue de ces lieux avec les habitants qu'il l'y avait apportée. A cette nouvelle, le saint entonna le Te Deiim, et le lendemain an point du jour, après avoir chanté matines, toute la communauté s'achemina, Léonor en tête, vers la forêt pour la jeter bas. Ce travail dura longtemps ; les moines, excédés de fatigue, supplièrent leur père d'abandonner cette tâche accablante et de chercher une autre terre moins rude à exploiter. Il refusa de les écouter, en disant que c'était le diable qui leur envoyait cette tentation de paresse. Mais ce fut bien pis quand, la forêt renversée, il fallut se mettre à cultiver le sol défriché. Alors les moines résolurent de laisser là leur chef et de s'enfuir pendant la iuiit, Mais ils furent rassurés et consolés en voyant douze grands et beaux cerfs venir d'eux-mêmes s'atteler aux charrues déjà préparées, comme autant de bœufs. Après avoir labouré tout le jour, lorsqu'on les déliait sur le soir, ils s'en retournaient à leur gîte, au fond des bois, mais pour revenir le matin du jour suivant. Gela dura ainsi cinq semaines et trois jours, jusqu'à ce que de nouveaux champs fussent disposés à produire une moisson des plus abondantes. Après quoi les douze cerfs disparurent.
ET LES BÊTES FAUVES. 4io
emportant avec eux la bénédiction de Tévêque d'outre-mer ^
Les Bollandistes, avec leur prudence habituelle, ont soin de protester de leur incrédulité à l'endroit de ces travestissements de la vérité historique- . Un ingénieux érudit de notre temps en a signalé la véritable et légitime origine. Selou lui, lors de la disparition graduelle de la population gallo-romaine, les bœufs, les chevaux, les chiens, étaient retournés à Tétat sauvage, et ce fut dans les forêts que les missionnaires bretons durent aller chercher ces animaux pour les employer de nouveau aux usages domestiques. Le miracle était de rendre à rhomme l'empire et la jouissance des créatures que Dieu lui avait données pour instruments. Cette domestication des espèces animales revenues à Fétat sauvage est un des épisodes les plus intéressants de la mission civilisatrice des anciens cénobites^.
1. BoLLAND., t. I Julii, p. 121, 125. — Cf. La Borderih, Discours sur les Saints bretons.