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o4 RÈGLE DE SAINT BENOIT.
Comment ne pas plaindre ceux qui, dans cette abnégation généreuse de soi, n'ont su voir qu'un emprunt fait au culte de la majesté impériale dans Rome dégénérée, et qu'un fatal présent fait à l'Europe pour énerver ses vertus mêmes* ! Non, ce n'est pas là un produit de la décadence sociale, ni un signe de la servitude religieuse. C'est, au contraire, le triomphe de cette liberté morale et spirituelle, dont la Rome impériale avait perdu toute notion, que le christianisme avait seul pu restituer au monde, et dont le règne, propagé et assuré surtout par les enfants de saint Benoît, a retiré l'Europe de l'anarchie, de l'asservissement et de la décrépitude où Fempire romain l'avait précipitée. Sans doute cette obéissance passive et absolue, dans l'ordre temporel et sous des chefs imposés du dehors, qui commandent au gré de leurs intérêts ou de leurs passions, constituerait une intolérable servitude. Mais, outre que chez les bénédictins elle devait être toujours et pour tous le produit d'une libre détermination, elle demeure à la fois sanctifiée et tempérée par la nature et l'origine du commandement. L'abbé tient la place du
1, M. Glizot, Cours dliistoire moderne, 14*^ leç. Comme antidote de ce passage échappé à la plume d'un si grand historien, presque toujours si bien inspiré, il faut lire le Panégyrique de saint Benoît , par Bossuet, qui est en même temps le panégyrique éloquent et profond de l'obéissance volontaire du chrétien.
(]hrist : il ne peut ordonner que ce qui est conforme à la loi de Dieu. Sa charge est celle du père de famille et du bon pasteur. Sa vie doit être le miroir de ses leçons. Chargé de la redoutable mission de gouverneur des âmes, il en doit à Dieu le compte le plus sévère, et presque à chaque page la règle lui enjoint de ne jamais perdre de vue cette responsabilité terrible. Il ne doit pas seulement les régir, mais les guérir; non seulement les conduire, jnais les supporter, et se faire le serviteur de tous ceux à qui il commande, obéir à tous pendant que (chacun lui obéit. Il lui faut s'accommoder aux humeurs, aux caractères les plus divers, mais en même temps ne faire aucune acception de personnes entre les nobles et les plébéiens, les hommes libres et les esclaves, les riches et les pauvi^es qui se sont rangés sous son autorité' .
L'exercice de cette autorité absolue est en outre contenu par l'obligation de consulter tous les moines assemblés en conseil ou en chapitre sur toutes les affaires importantes. Il doit proposer le sujet et demander l'avis de chacun, en se réservant le droit de décider en dernier ressort ; mais
1. Reg., c. 2. — Cf. c. 3. — C. 62. — C. 64. Non prseferalur ingenuus ex servitio converlenti, iiisi alia rationabilis causa existât... quia, sive servus, sive liber, omnes in Christo unum sumus, et sub uno Domino œqualem servitutis militiam bajulamus. Reg.^ cap. 2.
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les plus jeunes doivent être consultés comme les autres, parce que Dieu leur révèle souvent le meilleur parti à suivre. Pour de moindres intérêts, il peut se contenter de Ta^ds des principaux du monastère, mais ne jamais agir sans conseil'. Son conseil permanent se compose de doyens ou de dizainiers", choisis par les religieux eux-mêmes, non par ordre d'ancienneté, mais par leur mérite, et chargés d^assister Tabbé en partageant avec lui le poids du gouvernement. 11 peut aussi, sur l'avis de ses frères, désigner un prieur ou prévôt, pour lui servir de lieutenant ^ . Enfin Fabbé est luimême élu par tous les religieux du monastère ; ils peuvent choisir le dernier venu d'entre eux pour en faire leur chef; une fois élu, son autorité ne cesse qu'avec la vie'. Mais, dans le cas où l'élection désignerait un sujet manifestement indigne, Févêque diocésain ou les abbés voisins, et même les chrétiens des environs, sont invités à empêcher un tel scandale^