Atiialarici epist. ap. Cassiod., Fariar. lib. ix,ep
caractère civilisateur et protecteur qu'elle conserva quelque temps. Il ne négligea rien pour régénérer Rome et l'Italie par l'infusion d'un sang nouveau, quoique puisé dans cette vieille race des rois goths, aussi antique et aussi belliqueuse que les plus illustres races patriciennes.
C'est à lui qu'il faut attribuer la plus belle part dans le grand règne de Tliéodoric f493-526), en qui semble poindre le génie de Gharlemagne, et qui eût mérité d'être son précurseur, s'il avait pu contracter avec l'Église l'alliance qui pouvait seule alors garantir et féconder l'avenir. Mais, quoique arien, ce grand prince sut longtemps protéger la liberté religieuse des catholiques, et, pendant la plus grande partie de son règne, l'Église eut bien plus à se louer de son indifférence bienveillante que de l'intervention oppressive et vétilleuse des théologiens couronnés qui régnaient à Byzance. Inspiré par son pieux et orthodoxe ministre, il disait noblement et sagement que, comme roi, il respectait ce qui était de l'Église et ne s'en mêlait pas autrement. Gassiodore, qui remplissait auprès de lui les fonctions de chancelier, faisait passer dans ses actes officiels les grands principes dont il était pénétré, et qu'avaient toujours invoqués jusqu'alors la plupart des docteurs chrétiens. « Nous ne pouvons, » faisait-il dire à Théodoric, « commander la religion, car nul ne
(( peut être forcé de croire malgré lui* ; » et à l'uu de ses successeurs : « Puisque la Divinité souffre (( plusieurs religions, nous n'osons pas en imposer (( une seule. Nous nous souvenons d'avoir lu qu'il (( faut sacrifier à Dieu volontairement, et non par « la contrainte d'un maître. Celui-là donc qui tente (( d'agir autrement s'oppose évidemment aux or- (( dres divins ^ » . Deux siècles après la paix de l'Église, il restait ainsi fidèle à la tradition des grands apologistes du temps des persécutions impériales : à Tertullien, qui avait dit : « La religion (( défend de contraindre à être religieux ; elle veut (( être consentie et non contrainte ^ ; » et à Lactancc, selon lequel, a pour défendre la religion, il « faut savoir mourir et non tuer y) .
Plus tard, lorsque, infidèle à sa politique antérieure, Théodoric se fut arrogé le droit d'intervenir dans l'élection du pontife romain; lorsqu'il eut déshonoré la fin de sa carrière par les cruautés dont Boëce, Symmaque et le saint pape .Tean P"^ furent victimes; lorsque sa fille, Amalasontlie, dont le règne fut si heureux pour Tltalie, eut péri assassinée, Gassiodore, qui, entre tous ces crimes, avait consacré sa persévérance et son énergie à préser-
1. Lettre de Théodoric à des Juifs, ap. Cassiod., lib. ii, epist. 27.
2. Lettre de Théodat à Justlnien, ap. Cassiod., lib. x, epist. 26.