‹ Les moines égyptiensChapitre 34 sur 34 · Co sont le? deux compagnon? de Schnoudi au concile · texte numérisé non relu

Co sont le? deux compagnon? de Schnoudi au concile

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ivcompeiise de la charité, ainsi que les frères qui viendront avec toi. » Ces paroles attristèrent j)rofondément Schnoudi ; mais il se soumit et, par un geste qui semble lui avoir été familier, frappant ses mains Tune contre l'autre, il dit humblement: « Que la volonté de Dieu soit faite. » Thomas lui baisa la main et dit : « Je te confie maintenant à Dieu : nous ne nous reverrons plus (jue dans l'assemblée des saints. » Sur cette heureuse espérance, ils se quittèrent. Trois mois après comme Schnoudi, ayant terminé sa prière, se tenait debout près de la pierre, il s'assit pour se reposer un peu. Aussitôt la pierre se fendit en deux. Schnoudi comprit aussitôt ce que signifiait le prodige. « En vérité, dit-il, Schinschif a perdu la lumière étincelante du monde ! » Mais déjà Tarchange Raphaël Tattendait, lui faisait signe et le pressait de se mettre en marche pour aller rendre les derniers devoirs au bienheureux Thomas. Il faisait nuit, et il fallait retourner au monastère pour prendre quelques frères. A son arrivée, Schnoudi passa près d'un moine fervent «|ui récitait le ])saume : « Je me lève à minuit pour chanter tes paroles, tes bénédictions et tes justices. » — « Suis-moi, » lui dit Schnoudi. Ils rencontrèrent bientôt frère Akhnoukh qui disait en priant : « Je m'abriterai à l'ombre de ses ailes et sa justice m'entourera comme une armure. y> — « Suis-moi, » lui dit encore Schnoudi. Ils arrivèrent enfin près du frère Jusab, le secrétaire de l'archimandrite. Jusab disait: « Nous faisons

hâte et, au nom de noire Dieu, nous nous levons. » — « Paix à toi, ô tVuit délicieux, lui dit Schnoudi. Suis-moi. •• La petite troupe ainsi formée entra dans le sanctuaire de l'église pour prier avant son départ ; puis chacun suivit l'archange qui les lit parvenir à Schinschif, sans qu'ils eussent eu besoin de barque ni de batelier pour traverser le Ml. En entrant dans la cellule du mort, Schnoudi s'écria : « Bénis-nous, ô père. » On lui rendit sa politesse et le roi prophète, David en personne, lui répondit : « Que béni soit celui qui vient au nom du Seigneur. » Schnoudi put alors baiser le Messie bouche à bouche: David saisit sa harpe et, de sa plus belle voix, chanta : « Nos bouches sont remplies de joie et nos langues d'allégresse. » Le Sauveur monta ensuite au ciel au milieu de toute sa cour. Schnoudi et les frères hâtèrent les préparatifs de la sépulture, enterrèrent avec soin le corps du défunt et retournèrent au monastère comme ils étaient allés à Schinschif. Personne n'osa dire mot: le sceptre de feu que portait l'archange remplissait la petite troupe dune religieuse terreur. Ce fut le dernier fait merveilleux de la vie merveilleuse de notre héros. Jusqu'à la lin il sut entourer ses actions de cette fantasmagorie d'emprunt qui sied si mal à la simple et véritable vertu.

flnlin le jour vint où il fallut céder à la destinée des mortels. Le vieux lutteur tomba pour ne plus se relever. Ce fut le premier jour du mois (rEpif)hi le 2:') juin iol (|ue Schnoudi sentit les

HISTOIRE DE SCHNOLDl .']oî)

alteintes d'une maladie qui allait l'emporter. Il dut garder sa cellule et s'étendre sur son lit. Malgré l'avertissement de son ami Thomas, il ne semble pas avoir cru sa mort aussi prochaine. i\ avait toujours caressé l'idée qu'il vivrait cent vingt ans : il lui restait encore deux ans avant d'atteindre ce chiffre qu'il regardait comme fatidique. Sa pensée se portait vers le concile qui allait se réunir à Chalcédoine, Il aurait voulu y assister et voilà que la maladie Ten empêchait. Malgré tout, il ne perdait pas espoir. Il fallut que le Sauveur vint lui-même le faire renoncer au long espoir et aux vastes pensées. Une nuit, raconta Schnoudi, Jésus descendit du ciel et s'assit sur le lit de Schnoudi pour lui tenir compagnie. « 0 mon Maître et mon Dieu, lui dit le malade, ne veux-tu donc pas me rendre la vigueur que j'avais autrefois afin que je puisse aller au concile, car le patriarche m'a envoyé chercher pour me faire connaître les blasphèmes qu'ont proférés les hérétiques contre la Trinité sainte et les imperfections qu'on lui a attribuées. » ^ Le Seigneur de sa plus douce voix lui répondit : (^ Gomment, ô mon élu Schnoudi, tu voudrais vivre encore à l'âge où tu es arrivé ! Tu as déjà vécu cent dix-huit ans et deux mois depuis ta naissance jusqu'à ce jour, tu t'es revêtu de la

1. Il faut observer que le concile de Chalcédoiue u'eut rieu à faire avec le dogme de la Trinité : ce passage est une preuve de la manière dont Schnoudi ou ^es moines étaient au courant do la controverse.

robe aii^éliqiu' alors que lu avais noiit" ans. et tu as passé cent neuf ans et deux mois dans la vie monacale. Le septième jour du mois d'Epiphi. qui est un jour saint, tu viendras dans mon royaume, le séjour du repos, pour Vy j eposer éternellement. Sache que dans ce concile on me blasphémera comme Arius Ta fait autrefois, lorsque je me suis montré au saint archevêque Pierre le dernier des martyrs d'Alexandrie : ^ ma robe était déchirée et j'en retenais les deux parties atin de cacher ma nudité. Mon serviteur fidèle, Pierre, me dit : « Qui a déchiré ta robe, ô mon Seigneur ? » — Je lui dis : « C'est Arius qui Ta déchirée, en me séparant du Père et du S^ Esprit. » Alors Schnoudi s'écria dans l'ardeur de son zèle : « Que n'était-il près de moi ! je l'aurais frappé de ce bâton que j'ai à la main, si bien qu'il serait mort avant d'étendre vers ta robe sainte cette main qu'on eût dû lui couper jusqu'au coude ; je lui aurais coupé la langue jusqu'à la racine pour l'empêcher de te blasphémer, toi. le Créateur du ciel et de la terre. » Le Seigneur fut sans doute charmé de cette protestation de dévouement si bien en accord avec tout ce que nous connaissons du caractère de Schnoudi. et il lui répondit : « Que le bonheur soit avec toi. ô mon élu Schnoudi ! ta piété sera récompensée puisque tu as souffert pour moi. >)

1. Selon les traditious coptes ce fut eu effet le patriarche Pierre qui fut 1p dpruier martyr de la persécution de Dioclétieii l'ii Kiryptp.

II1ST0IHI-: DE sr.ii.Norin :{i;

(^('tte récompense devait être que le corps de Schnoiidi serait, après sa mort, enseveli dans l'une des parties de la tunique sans couture du Christ: ^ les anges l'apporteraient à Akhmim. I;i déposeraient aux mains de Yisa qui rendiail les derniers devoirs à son père spirituel. Le Messie recommanda encore à son serviteur de nommer Visa chef du monastère : seul, il pouvait lui succéder. Puis au milieu de son cortège angélique, au chant des hymnes de louange, Jésus remonta vers les cieux.

Schnoudi prit grand soin de raconter toutes ces merveilles à Visa qui nous le confesse : jusqu'à la lin lidèle aux idées qui avaient dirigé sa vie entière, il entourait déjà sa mort et ses dernières volontés de tous les prodiges qui pouvaient le plus agir sur rimagination et le co'ur de ceux qui Tenvironnaient. (tétait pousser un peu loin la vie factice qu'il s'était créée: il fallut toutefois descendre de ces hauteurs et se reconnaître homme et mortel. Le second jour de sa maladie, il eut envie démanger quelques légumes bouillis ; il dit à Yisa : « Je désire que tu me donnes quelques légumes cuits à l'eau. » Yisa se hâta de faire ce qu'on lui demandait. Quand il eut fait cuire les légumes, il les apporta au malade. Mais déjà sans dout(^ Schnoudi s'était reproché cette

1. Cette h'gende ne se retrouve p.B ailleur^^. Je âcn^ faire i.b.server aussi ffue la tuniquf sans couturo, d'après les Kvanffiles no fnt pas partagée, mais tirée au sort. Les ailleurs coptes ne s*urr(H<"nt pas on q] l)onu ehomin pour si peu.

'M\'2 l.KS MOIMCS KliYl'TlKNS

iail)lesso, il refusa de manger et dit à son disciple : « Prends-les et dépose-les en haut sur la terrasse, jusqu'à ce que je te les redemande. » Le lendemain, il les redemanda en disant à Visa : « Va, apporte-moi les légumes bouillis. » Visa les apporta ; mais ils navaient pas été vainement exposés pendant vingt-quatre heures au soleil de la Haute Egypte pendant les derniers jours d'avril. Ouand on eut enlevé le couvercle du vase qui les renfermait, une odeur fétide s'en exhala : « Voilà donc, ô mon àme, ce que tu désires ! ditSchnoudi. Tu peux les manger à présent î » Et il ne voulut rien goûter. A ce spectacle, la douleur envahit l'àme de Visa : il aimait Schnoudi, et il ne pouvait se dissimuler que la mort approchait inévitable. Trois jours encore, la maladie s'aggrava, sans que rien d'extraordinaire n'arrivât. Le sixième jour, soit sur la demande de Schnoudi, soit de son initiative privée. Visa réunit les membres les plus iniluents du monastère et les conduisit près du moribond. (^ Je vous confie à Dieu, mes enfants, leur dit le vieillard : la volonté de Dieu exige que je quitte cette demeure et que mon âme se sépare de mon misérable corps. Ecoutez dorénavant votre père Visa : c'est lui qui vous servira de père et de pasteur après moi. » A ces paroles, le visage en larmes, Visa répondit : '(Pardonne-moi. mon père, je ne le peux pas. ^) — « En vérité, reprit Schnoudi. c'est le Seigneur Messie lui-même qui t'a nommé père de cette communauté : personne ne te fera opposition.

lUSTOlUE DE SCHNOLDl 3(3 '>

Que le Seigneur fasse durer sa bénédiction sur toi et sur ces saints lieux : ô mon fils, afrermis-toi chaque jour dans sa paix ; après ta mort, que Ton dépose ton corps prés du mien. Prends bien garde de laisser mon corps à Tendroit où on le déposera, de peur qu'il n'acquière par la suite une mauvaise réputation ; mais fais-le mettre à Tendroit où tu m'as plusieurs fois entendu parler au Messie. » A ces paroles, les cœurs des assistants éclatèrent à la fois : tous, disciple et moines, se jetèrent sur le cou de Schnoudi, pleurant amèrement, exhalant les plaintes les plus déchirantes, le conjurant de rester encore parmi eux et de leur dispenser la nourriture divine plus encore que la nourriture humaine. Schnoudi fut ému de ces témoignages d'affection : peut-être ce moment lui fit-il oublier toutes les heures de haine qui avaient rempli sa vie ; il les exhorta tendrement à suivre ses règlements, à s'aimer les uns les autres, à faire l'aumône aux pauvres et aux étrangers, à ne repousser personne. « Son âme, leur promit-il, reviendrait parmi eux : il leur apparaîtrait, ils ne seraient pas orphelins. »

Enfin le troisième jour du mois d'Epiphi, la maladie avait fait de tels progrès que la mort ne pouvait plus tarder que quelques heures. Un peu avant midi. Visa, qui se trouvait seul avec le mourant, lui dit: u 0 mon père, je suis bien triste à ton sujet aujourd'hui ! je suis bien malheureux ! » En ce moment, Schnoudi eut comme une défaillance morale, l'assurance qu'il avait de son salut

•iOi l.i:s MOINKS KtiVI'IlKNS

sembla l'abandonner : « Le chemin est long, dit-il, et la marche ditîicile. Sur la route, il y a des dithcultés ellVoyables et des puissances pleines de violence. Malheur à moi ! Comment arriverai-je jusqu'à mon Seigneur? » Visa le rassura. « La miséi'icorde de Dieu est grande, reprit Schnoudi ; \v salut de chacun est entre ses mains. » Le silence régna quelques temps après ces paroles ; puis le mourant pâlit et, dans le délire de son imagination mourante, il vit venir à lui le ciel entier, Antoine, Macaire, Bgoul, Bschai, Pakhôme. tous les grands moines et les grands ascètes. Il leur adressa la parole avec exaltation, les pria de s'asseoir dans sa cellule, et, quand en dernier lieu, il vit le Seigneur Jésus arriver, il voulut se lever. Ses forces le trahirent en ce moment extrême ; il retomba sur son lit. Il était mort au milieu de ses enfants et de ses idées. On était au septième jour du mois d'Epiphi, à la sixième heure, c'est à dire à midi, le 2 juillet de Tannée 451.

Au spectacle de cette mort, la douleur des assistants fut bruyante : « Ce jour, s'écrièrent-ils, selon le récit de Visa, nous a enlevé le bras droit de notre monastère ; une grande colonne est tombée de cet édifice ! Ce jour nous a privés d'une grande lumière ! Nous avons perdu le flambeau resplendissant qui éclairait cette sainte demeure ! » Soudain des hymnes ravissants se firent entendre: aux portes du Paradis, les anges souhaitaient la bienvenue à Tàme de Schnoudi, et Técho de leurs

IIISIUIKL DE SCH.NULIJI Mh)

chants parvenait sur terre jusqu'aux oreilles des enfants orphelins. Sans doute, dans l'ombre, il y eut d'autres chants et d'autres cris : plus d'un ('(iMir (hit se sentir débarrassé d'un poids bien lourd (jue tous les efTorts avaient été impuissants M souh'V(M' tant que le terrible homme avail vécu, (lomme \o climat et la température n'admettaienl pas qu'on pût conserver longtemps le cadavre, on dut se hâter et achever promptement les préparatifs des funérailles. La nouvelle s'était répandue bien vite dans le pays environnant. On accourut de tous côtés assister au sacrifice divin que Ton célébra en présence du cadavre A la fin de cette première partie de la cérémonie, une grande foule était 7vunie. ElJe s'achemina le long de la montagne jusqu'à l'endroit où l'on devait déposer le corps. La triste cérémonie s'accomplit au milieu de la plus grande douleur et de la plus profonde désolation. Au coucher du soleil, tout était terminé et les frères étaient rentrés dans leurs cellules.

Quand les ombres de la nuit se furent épaissies et que tout bruit se fut éteint, Visa qui s'était, dit-il, nourri de cendre au lieu de pain et s'était abreuvé de ses larmes, se mit en devoir d'accomplir les dernières recommandations de Schnoudi. A la dérobée il prit avec lui trois frères^ Jusab, Akhnoukh et un autre dont le nom n'est pas connu avec certitude : tous les quatre, ils se rendirent à l'endroit où avaient été déposés les restes misérables de cet homme qui, le matin encore, inspirait tant de terreur. Ils mirent le

'Mi\ LKS .MUi.NES ÉGYPTIENS ■

cadavre dans un sarcopliage tout préparé, le rapportèrent au monastère à l'insu de tous et l'enterrèrent dans cette Jérusalem céleste où le Seiofneur avait tant de fois condescendu à converser familièrement avec son serviteur, c'est à dire, si nous ne nous trompons, sous l'autel, dans le sanctuaire. ' m

Sept jours durant le deuil fut profond. Sans J doute les frères étaient si surpris de ne plus sentir la verge de fer de leur père qu'ils n'osaient peutêtre pas croire à leur délivrance. Peut-être n'étaitil qu'absent et reviendrait-il les surprendre comme il avait fait autrefois 1 D'ailleurs n'avait-il pas dit lui-même qu'il reviendrait ? Et il revint en effet, ainsi que le raconte Visa. Le malheureux Visa eut besoin sans doute de cette ineffable consolation pour y trouver la force factice de résister à toutes les difficultés premières de la succession qu'il avait recueillie. Depuis bien longtemps déjà le soin de la communauté entière était retombé sur lui ; mais il avait toujours senti derrière lui l'appui de son père : maintenant qu'il était livré à ses propres forces, qu'allait-il advenir? 11 suivit, à tout événement, selon ses petites forces, la politique de son père, usa et abusa du merveilleux. Du reste, on se soumit à son autorité tout au moins nominale; mais les cœurs ne changèrent point. Les défauts furent tout aussi nombreux, les vices

1. CV?t la .ioule manière, je crois, de comprendre les paroles' obscures du texte, puisque c'était l'Eglisf bâtie par Schnoudi qui avait été si souvent désignée de ce nom i^ar lui-même.

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tout aussi horribles. Lui-même, dans une lettre que nous avons citée dans le cours de cette vie^ a pris soin de nous instruire. Après lui, la nuit se fait sur rhistoire de ce monastère de Schnoudi qui eut un moment tant de célébrité ; on ne connaît pas le nom d'un seul des successeurs de Visa. L'o'uvre était condamnée à périr : le monastère seul est resté debout, mais combien déchu de son antique splendeur. Où les pieds de tant de saints, du Messie lui-même, s'étaient posés si souvent, le pied impur de la femme se pose aujourd'hui ; les derniers enfants de Schnoudi se sont mariés et ont ainsi introduit dans le sanctuaire de Dieu une abomination de la désolation à laquelle n'avait sans doute point songé le prophète Daniel. Ces pauvres ménages vivent des maigres revenus de rares feddans, pèle mêle avec les bestiaux qui leur appartiennent. Ils ont toutefois conservé le souvenir de rhomme terrible dont ils croient que Fombre liante toujours leur demeure. De nos jours on s'y rend encore en pèlerinage ; mais de nos jours aussi, comme au temps de vSchnoudi, les pèlerinages religieux sont trop souvent l'occasion d'orgies aussi primitives que répugnantes. Un jour, lit-on dans la vie du grand Antoine, on demanda à ce saint homme quand arriverait la tin du monde : « Quand les moines se marieront », répondit-il. A ce compte-là, la fin de l'Egypte est depuis longtemps arrivée.

.*>08 LES MOINES ÉCtYPTIEXS

Toiles furont l'œuvre et la vie de Schnoudi. Le lecteur qui nous aura suivi jusqu'ici peut maintenant se prononcer en connaissance de cause, il connaît l'iiomme, ses vertus, ses défauts, ses passions, ses paroles et ses actions. S'il sulfisait pour avoir droit à l'admiration respectueuse de l'histoire d'avoir élé animé d'intentions aussi ardentes qu'elles semblaient éloignées de tout but personnel, Schnoudi pourrait revendiquer pour lui cette admiration et ce respect. Mais l'histoire ne doit l'un et l'autre qu'aux hommes qui ont vraiment servi l'humanité de quelque manière que ce soit. Malheureusement ce n'est point ici le cas. Xé de parents obscurs, doué d'une merveilleuse organisation. Schnoudi s'éleva par ses seuls efforts jusqu'à une hauteur qui paraissait à ses contemporains et à ses compatriotes l'une des plus élevées qu'il soit donné d'atteindre à l'homme ; mais il fut peu scrupuleux sur les moyens (ju'il employa pour arriver à son but. Au lieu de chercher à relever le niveau moral en relevant d'abord le niveau intellectuel de ses moines, il s'appliqua seulement à abaisser le second pour élever le premier. Il comprit au premier coup d'œil quel parti il pouvait tirer de la superstition immense qui l'entourait : il ne fut plus dès lors préoccupé ([ue de la rendre plus profonde encore et de la diriger à son profit. De là cette profusion de mensonges, de supercheries, dont les exemples remplissent le récit de sa vie. Peut-être ne faut-il pas trop l'en rendre responsable, car le milieu

msTuim: dl scunuldi oGO

(ians lequel il vivait suiiirail à Texcuser, si sa réelle intelligence n'eût pu lui montrer qu'il faisait fausse route. Les idées (jui avaient cours de sou temps nous font comprendre aussi Timpétuosité c^vcc laquelle il se jeta dans les dernières luttes entre le Paganisme et le Christianisme ; mais elles ne l'excusent d'aucune façon. Dieu n'a pas donné une plus grande intelligence à certains hommes d'élite pour qu'ils précèdent la foule dans ses erreurs : une plus grande raison doit toujoiu's être accompagnée d'une plus grande vertu.

Cette vertu, Schnoudi crut la posséder et c'est en son nom qu'il se dit et se lit le justicier de Dieu. Le crime sous tous ses aspects, ou du moins ce qu'il regardait comme crime, exaspérait son être : il ne put jamais le contempler sans sentir aussitôt son ànie envahie par le désir de le réprimer. Toutes les fois qu'il en eut la possibilité, il le réprima avec emportement. Ce fut un tort. 11 ne se douta jamais que Dieu n'a départi à (x'rsonne ici bas le soin de punir ceux qui l'offensent. La justice ici bas ne peut être qu'humaine : elle résulte d'un contrat tacite passé entre l'individu et la société. Plus elle est conforme aux règles de la morale, plus elle est grande : jamais elle n'est divine. L'autorité byzantine eût pu lui confier ujie petite part dans l'administration de cette justice qui lui tenait tant à cœur, il semble même qu'elle l'ait fait ; mais dès lors Schnoudi était tenu de se conformer aux lois qui régissaient

son temps et sou pays. Il ne le lit jamais. Au lieu de chercher à s'éclairer, il refusa toujours d'écouter toute raison (jui allait à j'encontre de ses sentiments personnels : Téquité et la justice n'étaient plus rien pour lui. dès que son esprit s'était arrêté à une décision dont il ne se demandait jamais si elle était conforme à cette justice qu'il voulait honorer. Les recueils des actes administratifs, des lois et des décrets des empereurs ne lui inspirèrent aucun de ses jugements : son code à lui, c'était la Bible. Il y trouvait les raisons de sa conduite et quand il n'avait aucun autre motif à alléguer pour justifier les moins pardonnables de ses actions, il avouait avec une assurance qui ne manquait pas de naïveté qu'il avait simplement agi comme le prophète Samuel. 11 eut le tort plus i>rave encore de se faire lui-même l'exécuteur de ses sentences. La justice humaine, quand elle est obligée de frapper l'un de ces grands coups qui doivent rappeler au respect de la loi, se voile la face pour cacher sa pudeur et ses regrets : Schnoudi ne connut pas de plus grand plaisir que d'exécuter lui-même le coupable condamné. S'il s'était borné à ces châtiments corporels qui furent en usage constant dans son pays, s'il n'avait fait qu'user modérément de la verge et du bâton, il ne faudrait pas trop sévèrement l'en blâmer, quoique le Maître qu'il prétendait suivre soit venu sur la terre remplacer la terreur par l'amour ; mais trop souvent il ne recula pas devant le meutre, et pour des causes légères.

HISTOIRE DE SCHNOUDI .'H l

L'avoii qu'il a fait lui-même de ces actions criminelles au premier chef, les remords qu'il semble avoir eus de quelques-unes d'entre elles, les soulèvements (lu'elles occasionnèrent parmi ses moines nous montrent clairement (jue luimême en eut conscience. Sa responsabilité n'en est donc que plus grande, et la sévérité de l'histoire à son égard doit en être augmentée. De son vivant il aurait pu lire dans les sentiments de ceux qui l'entouraient le jugement de la postérité. A ne lire que le panégyrique de son disciple Visa, on croirait que jamais homme ne fut plus tendrement aimé et plus généralement respecté : la piété liliale a pris soin de voiler la vérité, mais la passion deSchnoudi n'a pas connu ces subterfuges et les œuvres du personnage lui-même nous ont fait connaître les sentiments de la majorité des jmoines d'Athribis pour leur supérieur. On ne lui épargna aucun déboire, aucune tristesse, aucun reproche, aucun tourment : il fut le but de la vengeance de chacun. Cette vengeance dut longtemps s'en tenir à des paroles, mais elle en vint à des actes et les débordements de toute sorte dont nous avons entendu Schnoudi accuser ses moines et ses religieuses ne sont pas Tune des moindres preuves de la résistance générale que l'on opposait à ses règlements. Ici encore l'on en doit faire retomber sur lui la plus grande part de responsabilité. S'il n'eût pas été possédé du désir d'élever sa communauté au premier plan, s'il n'eût pas admis quiconque à Téminente vocation qu'il regardait

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comme l<i première au monde, s'il n'eût pas en un mot cherché à contenter son oro^ueil sous le couvert du service de Dieu, il eût a})porté une irrande prudence dans l'admission des novices, il i eût vu que le trop ^rand nombre dans une communauté mène tout autant à la ruine de l'institution qu'à la ruine de la ferveur, et il eût ainsi pu prévenir les crimes énormes qui se commirent dans l'enceinte des couvents ou des cellules rangés sous son obédience. Mais, quoique ces crimes fussent pour lui la source des plus amères alilictions. quoi(}uil chargeât les moines récalcitrants des plus sonores malédictions, il ne put jamais s'avouer à lui-même que sacongrégagation ne marchait pas en tète de ces chœurs angéliques. de ces moines bénis qui donnaient à la terre le spectacle de la vie des Anges. Etrange aberration mentale, lille d'un orgueil indomp- ])tablo :

Makré ces défauts si graves . on doit reconnaitre que Schnoudi s'était fait de la vie monastique un idéal assez élevé. Si les moines eussent observé les règlements si précis (ju'il leur avait donnnés, nul doute ([ue nous n'eussions à leur reprocher aucun des crimes atroces qu'ils commirent : mais cet idéal était à la fois trop élevé et trop étroit; trop .''1('V(''. il ne s'adressait qu'à un petit nombre dames (jui peuvent seules se dégager des soucis et des ])assions de la terre : trop étroit, il ne laissait pas assez d'initiative à la vertu individuelle, il ne reposait que sur la crainte et non sur

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l'amour de Dieu. Il y u lieu d'avoir beaucoup d'indulgence pour les fautes cliarnelles sous un ciel de feu ; mais on a toujours montré beaucoup de sévérité pour ceux qui, après avoir pris des engagements solennels, ne les ont pas tenus. Si les moines et les religieuses de Schnoudi n'avaient la il que céder à la faiblesse de leur chair, on ne saurait pas les en blâmer trop rigoureusement, car ce serait aflaire de conscience individuelle, et Dieu seul en est le juge ; mais ils s'emportèrent malheureusement à des crimes que la morale universelle réprouve et stigmatise. Dans ces crimes Schnoudi vit seulement deux choses, rolTen- Ise faite à Dieu et le déshonneur qui en rejaillissait sur lui-même ; la seconde était de trop et la première n'était pas assez. Il fallait de plus tenir compte de l'injure grave faite à l'humanité et à lia société. Mais lui-même, il prenait peu de souci de ces sortes d'injures: n'en faisait-il pas journellement de semblables ([uand il tuait ses moines ou des étrangers, quand il saccageait des villes et des villages, brûlant les prêtres grecs et anéantissant les temples ? l'exemple du crime est chose contagieuse : Tàme vulgaire ne sait point discerner entre telle ou telle manière de violer les lois divines et humaines, elle suit ses désirs mau- Ivais et trouve dans les exemples d'autrui l'approibation qu'elle est toujours prête à se donner.

S'il fallait chercher la raison première de la vie entière de Schnoudi, nous la trouverions dans ridée qu'il se fit de la divinité. Personne, après

.'ni LES MOINES ÉGYPTIENS

avoir lu sa vie, no (ioutcra ([u'il n'ait aimé Dieu do toute sou Tune et que son premier désir n'ait été de s'élever jusqu'à celui qu'il aimait. Certes il le voulut ; mais pour s'élever jusqu'à Dieu, il abaissa Dieu juscpràlui. Il le dota de toutes les passions (jui remplissaient son cœur, sans voir qu'au fond de son âme, c'était à lui-même qu'il élevait des autels, c'était lui-même qu'il adorait. Il n'avait pas dégénéré ; fils de l'antique race égyptienne, il conservait les traditions de ses pères. Mais le peuple égyptien n'avait jamais eu des idées très élevées sur la divinité ; les doctrines sublimes étaient rigoureusement restées cachées du vulgaire au fond des temples de Thèbes et de Memphis, pendant que la foule se prosternait devant les symboles : Schnoudi, fils de fellahs, avait, sous l'impulsion de la foi nouvelle, impétueusement arraché, détruit et anéanti tous les symboles, mais il avait conservé, sans le savoir, l'idée qui leur avait donné naissance. Cependant il crut à la vérité ; mais cette vérité, il la fit à la mesure de son étroit cerveau. Il eut le cœur grand, mais à tort il se persuada qu'aimer Dieu, c'était presque haïr les hommes . Toutes ses grandeurs furent mêlées de petitesses étonnantes. Sonj orgueil seul fut immense. Exemple éclatant que la nature humaine ne se compose que de qualités contradictoires et qu'au fond des cœurs les plus détachés en apparence de la terre et de ses biens, l'égoïsme, un froid et insatiable égoïsme, apparaît en dernière analyse ! De là vient que jamais

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Schnoiidi ne travailla pour le bien universel, pour la raison immanente des choses, et qu'il ne connut pas Tidéal. Il exigeait un dieu pour lui seul: au reste des hommes il laissait les pensées étroites dont ils ont besoin. Oubliant, par l'eiret de sou égoïsme, que la divinité ne peut se plaire à l'injustice et au crime sous quelque forme qu'ils se manifestent, il s'était fait un Dieu passionné, avide, méchant, égoïste, toujours prêt à vendre sa justice à la dernière et plus grande flatterie. Il ne se doutait pas que Dieu étant la perfection même, le sien n'existait pas et que par conséquent il n'était qu'un athée adorant sa propre personne. Au fond l'amour de Dieu n'eut aucune prise sur lui : sous le beau ciel d'Egypte, il n'enseignait aux hommes que la crainte et non ce filial abandon des âmes qui adorent en esprit et en vérité. Ce respect, cet amour ineffable dont l'on doit entourer la divinité n'étaient pour lui que crainte et tremblement. S'il osait s'approcher de la divinité dans la prière et se mettre en communication avec elle dans ce commerce d'autant plus doux qu'il est plus secret, c'était toujours avec l'arrière pensée qu'il avait le privilège de la corrompre ou de la gagner en l'importunant. Il ramena tout à la terre sous le faux prétexte de travailler pour le ciel : ses larmes elles-mêmes ne furent pas le sacrifice de son cœur humilié, mais l'écoulement de son orgueil.

Et maintenant qu'on nous permette de rapprocher de ce portrait moral de Tun des plus grands

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o{ dos plus célèbres moines de la ïhéhaïde cette autre peinture tombée de la plume la plus sainte peut-être qui ait été tenue par une main humaine. L'Eglise chrétienne tout entière, sans distinction de communion, n'a pas eu assez de louanges, de respects et d'admirations pour ces illustres solitaires, moines ou cénobites qui tirent tleurir le désert ; mais jamais un auteur n'a prononcé leur éloge d'une manière plus touchante que le pieux auteur de Vlmitatioïi. « Oh ! quelle vie stricte et pleine de renoncement les Saints Pères n'ont-ils pas menée dans le désert ! que de longues el pénibles tentations ils ont supportées î que souvent l'ennemi les a tourmentés î (jue de nombreuses et ferventes prières ils ont offertes à Dieu ! que de rigides abstinences ils ont pratiquées ! que leur zèle et leur ferveur ont été grands pour leur avancement spirituel ! quelle courageuse guerre ils se sont faite pour dompter leurs passions î Combien était pure et droite Fintention qu'ils dirigeaient vers Dieu I Le jour, ils travaillaient; la nuit, il se livraient à de longues prières, bien que leur travail ne les eût aucunement distraits de la prière mentale. Ils utilisaient tous leurs moments ; toute heure leur paraissait trop courte pour s'occuper de Dieu, et la grande douceur de leur contemplation leur faisait oublier le soin de leur réfection corporelle. Ils renonçaient à tout, aux richesses, aux dignités, aux honneurs, aux amis, aux parents, ils ne voulaient rien avoir du monde, en prenaient à peine le nécessaire à la

HISTOIUK T)i: SCIINOIDI .{ / /

vie : ('"«'tait pour eux une afiliciion de servir le corps, même lorsque la nécessité l'exigeait. Ils ("laienl donc pauvres des choses terrestres, mais extrêmement riches en grâce et en vertus. Pour le dehors ils étaient dans l'indigence ; mais à rintéri(Mii' ils étaient ranimés par la grâce et la consolation divine. Us étaient étrangers au monde ; mais proches de Dieu et ses amis i'amiiiers. Ils se regardaient comme des néants et le inonde les méprisait ; mais ils étaient sans prix cl chers aux yeux d(^ Dieu. Us se tenaient dans la vraie humilité, ils vivaient dans la simple obéissance, ils marchaient dans la charité et la patience : c'est pourquoi chaque jour ils faisaient des progrès dans leur esprit et obtenaient de Dieu une 2;râce immense. Ils ont été donnés en exemple à tous les religieux, et ils doivent plus nous exciter au progrès que le nombre des tièdes ne doit nous provoquer au relâchement. » ^

Nous devons l'avouer en toute franchise, la vie de Schnoudi ne répond guère à cet éloge enthousiaste, et cependant si le hasard eût fait tomber sa vie entre les mains des auteurs grecs qui ont trompé l'Occident tout entier, il est plus que probable qu'il eût été placé sur les autels en compagnie des Antoine, des Pakhôme et des Macaire. Le hasard seul a empêché cette profanation au cin(juième siècle : la prudence de la cour romaine^, rarement mieux inspirée, l'empê-

]. ])e Jtiiitatlone ChristlWh. 1 cap. XVII u^s 2-4.

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clia de nouveau à une époque plus rap[)rochée de nous. Mais dans son pays la sainteté de Schnoudi a été reconnue, fêtée en tout temps et de toute manière : on iHe aussi Macaire, Pakhôme, Antoine ; mais on n'a pas d'eux cette crainte prodigieuse qui entoure encore le nom de Schnoudi et ([ui seule peut-être a conservé intact le monastère qu'il bâtit.

La mort lui fut clémente : elle l'enleva de cette terre d'Egypte au moment où l'abomination de la désolation allait y faire son entrée. Il ne vit point les profanations sans nombre qui se multiplièrent par le plus aveugle fanatisme sous le prétexte de conserver pure la foi en Dieu ; il ne vit point la majesté des patriarches violée, traînée dans l'exil quand elle ne l'était point dans la boue ; les sanctuaires ruisselant de sang ; les frères se livrant des guerres fratricides ; la vie se retirant peu à peu de cet arbre «randiose et merveilleux dont les rameaux avaient ombragé la vallée du Nil tout entière. Il n'apprit point dans sa solitude que des mercenaires impies avaient envahi les demeures angéliques, violé les clôtures les plus sacrées, dispersé les frères les plus unis. Comme ses frères, il n'eût pas manqué de se tenir fermement à la confession de son patriarche, comme eux il eût chargé les dissidents d'anathèmes et les eût voués à la perdition éternelle. (Jue n'eùt-il pas fait en de telles conjectures, lui qui regrettait de n'avoir pas vécu au temps d'Arius pour lui arracher la langue et le tuer à coups de bâton ? Sans

iiisTOiHE hK sr.iiNorDi .'{7!)

rien comprendre à des discussions théologiques où l'on ne se comprenait d'aucun côlé, il n'eût certainement vu (jue le canon du concile de Nicée ordonnant à l'Egypte de s'en tenir à la foi de son patriarche, et il se serait jeté dans la mêlée avec l'ardeur de son premier âge. Mais la mort vint à la veille de ces déplorables événements, il ne joua aucun rôle dans ce grand schisme, il s'endormit dans ses craintes ; on ne peut avec justice lui reprocher d'avoir précédé et inspiré un schisme dont \es résultats devaient être si funestes pour ce pays d'Egypte qu'il aimait à sa manière, mais (ju'il chérissait profondément.

Depuis quatorze siècles il était resté enseveli dans l'ouhJi du tombeau : un heureux hasard le rend aujourd'hui à la connaissance des hommes. Il n'aura peut-être guère à s'en féliciter, s'il a conservé par derrière la tombe les idées étroites qui ont animé sa vie ; mais s'il s'est enivré aux torrents de vérité, il se réjouira de voir que les leçons de sa vie peuvent être enfin comprises. S'il y a place pour le deuil en son cœur, il doit amèrement regretter certaines actions de sa vie ; mais il n'est plus pour les saints de tristesse, plus de soupirs, plus de douleurs ; toute larme a été étanchée de leurs yeux, tout ce qui fut précédemment s'est évanoui. Ils moissonnent dans l'allégresse ce qu'ils ont semé dans les pleurs. Pour nous qui n'en sommes encore qu'aux semailles et aux tristesses de la vie, qui devons toujours chercher cette vérité qui ne se découvre que faible-

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ment, peu à pou et tardivomont h nos yeux sans puissance, il sera bon de la reconnaître telle qu'elle se montre à nous, malgré les préjugés qu'elle peut blesser, et d'avouer que jamais le fanatisme n'a pu honorer Dieu, que la plus parfaite adoration de la divinité est l'emploi judicieux de notre raison pour parvenir jusqu'à elle (^t mériter son approbation.

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