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CHAPITRE I

4'° Classe ACÉPHALES

La classe des Acéphales est certainement celle de tous les Mollusques qui présente le plus d’homogénéité. L'organisation des animaux qui la composent est construite sur un plan bien défini, et peut toujours se retrouver dans ses traits essentiels, même lorsque l’animal paraît extrêmement déformé, comme c’est le cas par exemple des Tarets, des Arrosoirs, etc.

Nom. Synonymes. — Certains naturalistes donnent à la classe le nom de Lameliibranches (de Blainville) à cause de la forme en lamelle des branchies ; mais c’est là un trait d'organisation qui n'a rien de bien important. D'autres la désignent sous le nom de Bivalves (Linné), allusion à la dualité de la coquille. Goldfuss, suivi en cela par M. Fischer !, se sert du nom de Pélécypodes, par raison de symétrie, à cause de la terminaison en podes des autres classes de Mollusques. Mais l'apparence du « pied en forme de hache » à laquelle ce terme fait allusion ne se rencontre qu'assez rarement (Cytherea chione):ilne viendra jamais à l'esprit de personne qu'un pied de Solen, par exemple, ressemble à une hache. Aussi aimons-nous mieux garder le nom donné en 1798 par Cuvier, celui d’Acéphales. Ce terme parle à l'esprit beaucoup plus que les précédents, et indique en outre un caractère important et très constant dans le groupe, c’est-à-dire celui de l'absence de tête distincte ?.

Exrérigur. — L'aspect extérieur des acéphales est tout à fait caractéristique. Leur corps, dont l’ensemble a généralement une forme ovoïde, est en effet enfermé, à l’état de repos, dans une coquille dure et formée de deux

{P, lFiscuer, Manuel de Conchyliologie. Paris, 1887. ? Les avicules seules font exception,

valves s’articulant sur la face dorsale par une charnière. Ces deux valves sont habituellement symétriques et sont l’une droite, l'autre gauche, ce qui les différencie de celles des Brachiopodes qui sont, comme l’on sait, l’une ventrale et l’autre dorsale. Si l’on enlève la coquille !, le corps de l'animal se montre d'une mollesse excessive et enveloppé par une fine membrane à laquelle on a donné le nom de #anteau (fig. 1). Celui-ci tapisse toute la coquille, mais tandis qu'il est soudé à lui-même dans la région de l'articulation de la coquille, c'est-à-dire dans la région dorsale, il est généralement libre au niveau de l'entre-bâillement de la coquille ; souvent il se prolonge à la partie inférieure par un organe allongé et percé de deux canaux s’ouvrant librement à l'extérieur :

c'est le siphon. Si l’on écarte les deux lames du manteau qui sont absolument symétriques, comme la coquille, on aperçoit le reste du corps de l’Acéphale. Tout au centre est une masse volumineuse

Fi6. 1. — Acéphale théorique dont la coquille a été enle- Ce L£ E vée. Animal étalé sur la face dorsale, le siphon fendu. dont le plan méridien coïncide

M manteau. Br, Bri branchies. Av masse viscérale re : £ (déjetée à droite). P pied. $ siphon. #1, Mi musces avec le plan de symétrie de l’aniantérieur et postérieur. Æ bouche. A anus. G orifice à te . génital gauche. Z orifice excréteur gauche. mal 3 C est la masse viscérale qui porte en l’un de ses points le pied,

organe musculeux plus ou moins turgide. En outre, entre le manteau et la masse viscérale, à droite comme à gauche, on aperçoit tantôt une, tantôt deux lamelles à aspect pectiné, qui ne sont autres que des branchies. Toutes

ces parties sont réunies suivant une même ligne, qui correspond au dos de

1 Pour enlever la coquille à un animal vivant, voici comment l'on opère, On cherche un point faible del'entre-bâillement et l’on y introduit soit la lame d’un couteau, soil un morceau de bois tailléen biseau. L'objet étant ainsi introduit peu à peu, on lui fait opérer un mouvement de rotation autour de lui-même. Mais cette opération doit se faire très lentement car la contraction des muscles est souvent assez grande pour briser la coquille. Si on attend patiemment, les muscles se faliguent peu à peu etla coquille se laisse entre-bâiller, Lorsque l'ouverture a environ un demi-centimètre, on introduit entre les valves et le manteau le manche aplati d'un scalpel. On rompt peu à peu les adhérences, pour en arriver sur les muscles que l’ou détache en grattant à petits coups comme si l’on voulait entrer dans la masse de la coquille. Lorsqu'un muscle est détaché, on passe à l'autre et l'opération ne présente plus rien de difficile. Un peut aussi, quand il s’agit d'une moule, la plonger dans de l’eau légèrement chaude pour la tuer, ce qui la fait entre-bâiller et rend par suite plus facile l'extraction de l'animal,

} S « ACEPHALES 3

l'animal, tandis qu'elles sont libres du côté ventral. On voit donc que le corps d’un A céphale peut être comparé à un livre de cinq ou sept feuillets, suivant qu'il y a une ou deux paires de branchies. La couverture du livre est la coquille. Dans le cas fréquent où il y a deux paires de branchies, le

FiG. 2. — Coupe longitudinale théorique d'un Acéphale, montrant l’emplacement des principaux organes. L'animal est supposé couché sur le côté gauche. Le lobe du manteau et les deux branchies du côté droit ont été enlevés. AZ lobe du manteau du côté gauche. À muscle supérieur. X1 muscle inférieur. P pied. O bouche. TB tube digestif. # foie. À anus. C cœur. Z corps de Bojanus. OG organes génitaux. Z leur orifice. Br, Bri branchies gauches en partie cachées par la masse viscérale. SG ganglion cérébroïde. S V ganglion viscéral. SP ganglion pédieux.

premier feuillet estun lobe du manteau, le deuxième la première branchie,

le troisième la seconde branchie, le quatrième la masse viscérale, le cin-

quième une branchie, le sixième une autre branchie et le septième un lobe du manteau. La coupe transversale théorique de la figure 3 montre bien Û O

cette disposition.

Ainsi constitué, le corps est traversé de part en part par deux muscles (ou un seul quelquefois), dont chaque extrémité va s’insérer sur chacune des valves. L'anus est situé au-dessous du muscle inférieur ; la bouche est placée audessous du muscle supérieur, entre lui et la masse viscérale : c’est un simple orifice entouré de quelques palpes labiaux. On ne voit aucune formation qui rappelle ce que l’on désigne sous le nom de tête chez les autres animaux, c’està-dire un appareil contenant les ganglions dits cérébraux et partant des organes des sens ; c'est, comme nous l'avons dit, de ce fait que vient le nom d’Acéphales.

De cette rapide description de l'extérieur de l'animal nous pouvons déjà tirer les caractères

Fic. 3. — Coupe transversale théorique MA : r d'Acéphale. Co coquille. Chchar- principaux de la classe. Nous avons vu, en nière. M manteau. Br branchies. sÈ à ER L L P pied. MV masse viscérae. $ effet, qu'il y avait généralement une coquille à lan de symétrie. PE .

RL ee deux valves symétriques droite et gauche. Le corps est symétrique par rapport à un plan. Il n'y a pas de têle. Nous allons maintenant décrire en particulier chacun des organes et des appareils qui constituent un

Acéphale.

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