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PREMIER TYPE CLIO

La Clio borealis vit en quantités immenses dans les mers froides. C’est elle qui constitue la principale nourriture des baleines. C’est un animal pélagique dont le corps est limaciforme et divisé par un étranglement transversal en deux régions: l’une antérieure, arrondie, la tête ; l’autre se terminant en pointe, le corps proprement dit. En regardant l'animal par la face dorsale, on voit en avant la bouche, et de chaque côté deux tentacules allongés: en arrière de ceux-ci on voit encore deux tentacules beaucoup plus petits portant les yeux. Le corps porte latéralement deux expansions lamellaires qui permettent à l'animal de voler dans l’eau, comme le fait un papillon dans l’air. C’est de la présence de ces deux ailes que vient le nom de Ptéropodes. Scoresbry dit que la Clio nage en portant les extrémités de ses nageoires presque au contact, d’abord d’un côté et ensuite de l’autre. Brugnière dit que son mode de natation consiste à rapprocher les deux nageoires pointe contre pointe, et à les écarter hori-

zontalement sur une ligne droite, avec la plus grande célérité. La face

Fic. 243. — Clio, vue par la face dorsale. B bouche contractée. 7 tentacules. £ tentacules oculaires. A ailes. V région viscérale. C région cavitaire.

Fic. 244. — Clio, vue par la face ventrale. P propodium. 47 métapodium. Z orifice mâle. X orifice femelle. A anus. Z orifice bojanien. € bouche.

dorsale du corps n'est pas uniforme, elle présente deux teintes : l’une anté-

rieure représente la place des viscères, l’autre postérieure représente une

vaste cavité interne où le liquide cavitaire vient respirer. Retournons la Clio et examinons-la par la face ventrale. Nous verrons

F16. 245. — Clio, bouche, vue de face.

deux parties : l'une plus grande, bilobée, paraît correspondre au propodium ; l’autre postérieure, plus

de suite, juste en arrière de la tête.

une petite expansion charnue, aplatie de haut en bas, qui représente évidemmentle pied des Gastéropodes. Ce pied est divisé en

Fi. 246. — Clio. Schéma du

petite, quadrangulaire, paraît correspondre au méta- système nerveux. C gan-

glions cérébroïdes, P gan-

podium; quant au mésopodium, ce serait lui qui glions pédieux. /'ganglions

pleuraux. V ganglions vis-

constituerait les ailes, à moins que celles-ci ne cor- céraux. SG Stomatogastri-

respondent aux parapodies des Opisthobranches. A

que.

part la bouche, tous les orifices sont à droite (c'est-à-dire à gauche quand

Fi. 247. — Clio. Appareil reproducteur. 4 glandes hermaphrodites.

VS vésicule séminale. Orif orifice sexuel.

on examine la face ventrale). En avant du pied se trouve l’orifice mâle. Vers le milieu du corps est placé l'anus, ayant à côté de lui l'orifice bojanien, et en avant l’orifice femelle. L'orifice buccal est tout à fait en avant, entouré, lorsqu'il est en extension, de six digitations allongées, convergentes l’une vers l’autre, de grandeurs différentes.

Les tentacules ont un aspect verruqueux.

Elles sont couvertes de petits tubercules ponctués, granuleux. On a cru que c’étaient des ventouses. Mais il n’en est rien. Les parties

Fic. 248. — Clio. Appareil excitateur mâle.

surélevées de l’épithélium sont recouvertes d'un plateau criblé de trous, au-dessous desquels vont déboucher les conduits évacuateurs de nom-

breuses glandes mucipares sécrétant un liquide filant. Entre elles on trouve de nombreuses cellules sensitives remarquables par leur grande taille.

Tuse picestir. — La bouche est entourée par des organes préhensiles très puissants. Ce sont des mandrins chitineux couverts de dents mobiles et munis de muscles spéciaux qui les font mouvoir. Dans la bouche elle-même il y a une petite radula ne jouant pas un très grand rôle dans la mastication. L'œsophage qui descend conduit dans un estomac couvert de petites évaginations formées de cellules

hépatiques ; le foie est diffus. Il en part un intestin qui RE va s'ouvrir à droite de la face ventrale.

F16. 249. — Schéma d'une

Cho (ince rentrale). M SYSTÈME NERVEUX. — Îl est très simple : deux ganappareil mâle. Xorifice.

glions cérébroïdes volumineux, assez éloignés l’un de l’autre, deux petits ganglions pédieux, deux ganglions pleuraux, le tout

Fi6. 2:50. — Clio, face ventrale. Schéma de l'organisation. T'tentacule. Æ crochets préhenseurs. NV œsophage. Æ£ estomac et diverticules hépatiques. Z intestin. B organe de Bojanus. C cœur. V vésicule séminale. GH glande hermaphrodite. À aorte. X lacune cavitaire.

formant le triangle latéral. Des ganglions pleuraux partent deux connectifs

allant se jeter dans deux petits ganglions viscéraux. Le stomatogastrique ne présente rien de particulier.

Du ganglion pédieux part un nerf qui va innerver les ailes ; celles-ci sont donc bien d’origine pédieuse.

Du ganglion cérébroïde partent des nerfs pour les petits tentacules postérieurs qui portent à la fois l'appareil oculaire et l'appareil olfactif.

ORGANE ExCRÉTEUR. — L'organe de Bojanus est situé près de l'estomac et s'ouvre au voisinage de l'anus.

APPAREIL CIRCULATOIRE. — Le cœur présente son oreillette béante en arrière et son ventricule en avant. De celui-ci part une aorte qui se distribue aux viscères, aux ailes et à la tête. Le sang tombe dans | les lacunes interorganiques, 4e, Ç et se rassemble dans une \ Pan grande lacune qui occupe toute la ‘partie postérieure Fo 251 = Lo Radule: du corps. La paroi de cette lacune est très épaisse et creusée de nombreux sinus. C’est dans ces sinus que le sang passe, y respire et est ramené de là dans l’oreillette.

APPAREIL REPRODUCTEUR. — La glande hermaphrodite émet un canal qui vient se jeter dans une glande vésicule copulatrice, laquelle s'ouvre en avant de l’anus. L'appareil copulateur mâle est très éloigné de cet appareil. Il consiste en un pénis bifide : l’une des branches de bifurcation est épaisse et creusée d’une cavité s’ouvrant au dehors ; l’autre partie est très allongée et terminée à son sommet par une partie renflée et percée d’un orifice qui conduit dans un très long canal qui pénètre dans le corps, et se termine en cul-de-sac. Tout cet appareil mâle est complètement clos et n’a pas de rapport avec la glande hermaphrodite.

On croit que la fécondation exige le concours de trois individus. Un premier animal accumule ses spermatozoïdes dans sa vésicule séminale. Un second vient les y puiser, grâce à un appareil copulateur mâle, et va les porter à un troisième individu qui joue le rôle de femelle. Mais le fait est tellement bizarre qu’il demande encore à être confirmé.

Les œufs sont pondus sous forme de longs cordons qui flottent à la sur-

face de la mer.

DEUXIÈME TYPE HYALŒA

L'hyalæa tridentata (Cavolinia tridenta de quelques auteurs) vit dans les mers chaudes et tempérées. Sa constitution diffère sous de nombreux rap-

ports de celle du type précédent. Une première différence à noter est que la plus grande partie du corps esticirenfermée dans une coquille mince transpa-

Fic. 25?. — Hyalæa. Schéma de la coquille vue par la face ventrale. A orifice médian, Z orifices latéraux.

rente. Cette coquille est formée d'une seule partie globuleuse.

Elle a la forme d’un cône aplati, dont les deux faces bombées parallèles se seraient prolonœées en expansions arrondies à peu près de même grandeur.

La valve dorsale est cependant un peu plus bombée et plus longue. Ces deux expansions sont en outre réunies entre elles par deux ponts qui divisent ainsi l'ouverture en trois orifices, un médian et deux latéraux. Par celui du milieu sort la partie antérieure de

l'animal. Par les deux autres sortent deux appendices peu importants.

L'animal est beaucoup moins

Fi6. 253. — Hyalæa. Schéma de la coquille vue latéralement. 2) face dorsale. V face ventrale.

M orifice médian. Z orifice latéral droit.

gros que la coquille. Il est appliqué par sa face dorsale à l’une des valves, et son extrémité céphalique sort par l’ouverture médiane de la coquille.

Le reste de la cavité de la coquille est occupé par une cavité palléale, limitée dorsalement par le corps même de l'animal et ventralement par le manteau qui tapisse toute l’autre valve de la coquille. Ce sont les bords de ce manteau qui passent par les orifices latéraux de la coquille, et constituent deux prolongements qui, pense-t-on, jouent le rôle de balanciers.

Remarquons que la cavité pal-

Fic. 254. — Hyalæa.

Coupe théorique longitudinale antéro-postérieure. D face dorsale. V face ventrale.

V viscères. À ailes P cavité palléale, A manteau. € coquille.

léale est ventrale comme celle des Céphalopodes. La bouche, qui est placée à la partie antérieure de la tête, est entourée par trois prolongements : l'un ventral, tout petit, est le pied ; les deux laté-

raux, beaucoup plus grands, lobés, constituent les ailes. Mais ces trois parties ne sont pas distinctes les unes des autres. Ce sont trois lobes d’un même organe. [ci la tête n’est pas distincte du reste du corps, comme chez la Clio.

Tue piGEsTIF. — La F16, 255. — Hyalæa. Coupe théorique transversale de l'animal, Mêmes bouche, dont nous velettres que dans la fig. 251.

nons de voir la position, donne accès dans un pharynx non renflé contenant une radula peu développée. Il n'y a pas de glandes salivaires.

Fic. 256,— Hyalæa tridentata.

L'œsophage rectiligne aboutit à un estomac tapissé en partie par quatre plaques chitineuses masticatrices.

Ici le foie n'est pas diffus ; il constitue une masse compacte, munie d’ane sorte de vésicule biliaire qui se jette dans l'intestin tout près de l'estomac.

L'intestin décrit une circonférence dans laquelle est englobé le foie, qui vient déboucher à l’anus placé à gauche dans la cavité palléale.

Brancie. — Contrairement à ce qui avait lieu chez la Clio, nous trou-

Fic. 257. — Hyalæa. Bouche vue de face (B). A ailes. P pied.

Q En

Ty

Fic. 258. — Hyalæa. Schéma du système nerveux vu sur la face ventrale (A) et de côté (B). GP ganglions pédieux. Z ganglions pleuraux. G V ganglion viscéral. GC ganglions cérébroïdes. Æ commissure dorsale,

vons ici une branchie. C’est un épaississement de la face dorsale de la cavité palléale. Elle a la forme d’un fer à cheval à concavité supérieure et est couverte de nombreux cils vibratiles; mais elle n’est pas comparable aux vraies branchies des Gastéropodes.

ExcréTion. — Le corps de Bojanus a la forme d’un croissant situé en

Fic. 259. — Hyalæa schématique, vue couchée sur le dos, le manteau enlevé. bouche. SN système nerveux. ÆE estomac. F foie. À anus. Pr branchie, ? péricarde. Z corps de Bojanus,

arrière des viscères. Il s'ouvre d’une part dans le péricarde et de l’autre dans la cavité palléale.

SYSTÈME NERVEUX

— Les ganglions nerveux sont tous situés à la face ventrale, Mais les ganglions céré-

Fi6.?261.— Hyalæa. Radula.

broïdes sont réunis entre eux par une longue commissure qui passe par-dessus l'œsophage.

Dans l’amas de ganglions ventraux (fig. 258) on peut y reconnaître assez facilement des ganglions pédieux presque fusionnés, les ganglions pleuraux et les ganglions asymétriques viscéraux.

Muscres. — Les fibres musculaires qui constituent les ailes se réunissent entre elles

F16. 260.— Hyalæa. Schéma des organes

génitaux. gh glande hermaphrodite, U : 1Ge S à 1 LS LS 2 PER pa A 0 A seul faisceau, le muscle columellaire,

cule copulatrice. qui va se fixer au fond del’appendice médian et postérieur de la coquille qu'il remplit complètement.

ORGANES DES sens. — Les yeux forment deux petites taches pigmentaires de chaque côté du cou. Ilexiste deux otocystes. L'organe de Spengel paraît représenté par une ligne ciliée qui occupe le côté droit de la cavité palléale.

APPAREIL CIRCULATOIRE. — L'oreillette largement béante reçoit le sang de la branchie. Le ventricule est en avant d'elle, et émet une artère viscérale et une aorte.

ORGANES GÉNITAUX. — L'Hyalœa est hermaphrodite. L’orifice sexuel vient s’ouvrir à la face dorsale de la base de l’aile droite. La glande hermaphrodite denne un canal qui va se jeter dans une grosse vésicule, l'utérus, qui s'ouvre au dehors et qui émet un long tube terminé par une vésicule copulatrice. Il existe en outre un pénis dévaginable, sans relations aucunes avec le système précédent, et qui se trouve sur la face dorsale du cou.

CARACTÈRES GÉNÉRAUX

Comme il est facile de le voir par la comparaison des deux types que nous venons d'étudier, les caractères anatomiques des Ptéropodes sont peu constants. Ce sont cependant toujours des animaux marins, menant une vie pélagique. Leur corps présente ou non une tête distincte, le manteau existe ou fait défaut. Les uns sont nus; les autres, pourvus d’une coquille tantôt droite, tantôt enroulée en spirale.

La bouche est souvent pourvue de bras, de tentacules munis de ventouses. Toujours il y a une radula.

La branchie manque ordinairement.

Le système nerveux rappelle celui des Opisthobranches, c'est-à-dire qu'il est assez concentré et orthoneure.

Ils sont toujours hermaphrodites. Les orifices mâle et femelle sont éloignés l’un de l’autre.

Enfin leur principal caractère est d’avoir deux ailes d’origine pédieuse, servant à la natation.

On peut donc résumer ainsi les caractères généraux des Ptéropodes :

1° Marins, pélagiques ;

2° Deux ailes pédieuses ;

3° Hermaphrodites ;

4° Système nerveux condensé.

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