COMPARAISON DES DEUX VALVES
D'UNE COQUILLE. — La similitude ‘absolue des deux valves d’une même coquille est un fait relativement rare, cependant elle existe chez les Arca et les Anodonta. En général, la similitude est seulement extérieure ; c’est
Fio. 8. — Requienia ammonia (Crétacé).
ainsi, par exemple, que les valves d’une coquille de Vénus ou de Mye paraissent, au premier abord, absolument identiques, mais diffèrent, en réalité, entre elles par leurs dents qui ne sont pas symétriques. Ailleurs, la dissemblance des valves est bien accusée ; c'est le cas de l’ÆZuitre et encore plus celui des Gryphées. Enfin, chez les Requiena, qui vivaient pendant la période crétacée, la différence est poussée à l’extrême. L'une des valves est enroulée en spirale à la manière de celle des Diceras, tandis que l’autre est aplatie et oblitère exactement l'orifice laissé par l’autre; dans ce cas, cette dernière valve ressemble
étonnamment à ce que nous décrirons plus tard chez les Gastéropodes
sous le nom d’opercule {fig. 8). Dans la classification, nous parlerons aussi
des ZJippurites où la dissymétrie est encore plus grande.
La dissemblance existe souvent chez les Acéphales qui sont fixés par l’une de leurs valves, et alors la dissymétrie est facilement explicable. Mais
on la rencontre aussi chez les formes libres (Pandora, Corbula). Il est remarquable de constater que, chez les formes libres, c’est toujours
l’une des valves d’un même côté qui est plus développée que l’autre. Au contraire, chez les formes fixées, c'est tantôt la valve droite, tantôt la valve gauche qui est fixée et qui présente des caractères spéciaux de la charnière, soit dans le même genre (Chama), soit dans la même espèce (Œthiera).
Enfin les valves sont toujours absolument appliquées l’une sur l’autre. Elles peuvent cependant laisser des orifices soit pour le siphon (Mye), soit pour le pied (Solen).
Mise EN posiTrion. — Une coquille étant donnée, il faut savoir la mettre dans sa position morphologique, c’est-à-dire telle qu’elle est sur l'animal supposé placé dans la même position qu'un homme debout, c’est-à-dire la bouche en haut, l’anus en bas et la face ventrale en avant. Cette mise en position ne souffre aucune difficulté, en se basant sur les faits que nous avons établis déjà. La charnière est dorsale, le bord libre ventral. Les crochets sont dirigés vers la bouche, le ligament est postérieur par rapport à eux, de même que la lunule est en avant. Enfin, le plus souvent, si on divise la coquille par un plan horizontal passant par le crochet, celle-ci est divisée en deux parties inégales, dont la plus petite correspond à la bouche. Enfin, lorsqu'il y a un sinus, celui-ci doit être placé en bas. La figure 5 montre une coquille vue dans sa position morphologique et supposée regardée par la face dorsale.
ARTICULATION DES VALVES. — Les valves dont les dents engrènent les unes dans les autres sont réunies entre elles d’abord par le ou les muscles adducteurs, qui, par leur contraction, tendent à les rapprocher, et ensuite par le ligament qui agit passivement en les écartant. Chez l'animal vivant, la coquille est fermée grâce à la contraction longtemps soutenue des muscles. Mais lorsque l'animal meurt, la coquille est entre-bâillée grâce au jeu du ligament. Celui-ci agit de deux manières différentes :
ou bien il est fixé sur les deux F16.9.— Coupethéorique valves en arrière de la charnière, et Fi6. 10. — Coupe théo-
transversale d'une co- ; : rique transversale d'une quille à ligament ex- il agit alors par une force de trac- coquille à ligament in-
terne. Z ligament. C , A : ; : 3 terne. Z ligament. C crochets. A7 muscle. ton, grace au point d appui qu il crochet. A muscle.
trouve dans la charnière (Cardium, Cytherea) : ou bien il se trouve compris entre la charnière et le muscle. Dans ce cas, lorsque les muscles sont contractés, le ligament est comprimé ; mais lorsqu'ils se relâchent, il tend par son élasticité à reprendre son volume primitif, ce qui a encore pour résultat d'écarter les valves (Pecten, Spondylus). Dans ces deux cas (fig. 9 et 10), le ligament agirait done tantôt par l'élasticité de traction, tantôt par l’élasticité de com-
pression. Cependant certains auteurs disent que, dans le cas du ligament externe, celui-ci agit par son élasticité de compression ; le ligament serait composé d'une enveloppe externe inextensible qui s’insère sur la cequille, tandis que la partie interne est seule élastique. Dans ces conditions, lorsque les valves se rapprochent, la partie inextensible comprime la partie centrale qui réagit plus tard, lorsque les museles se relächent.
STRUCTURE DE LA COQUILLE. — La coquille sur une coupe transversale se montre toujours composée d'au moins trois couches. Extérieurement une couche cuticulaire, le periostracum ou épicuticule!, très mince et formée d’une substance rappelant beaucoup la chitine. C’est cette couche qui donne sa coloration à la coquille. Lorsque la coquille est desséchée, on voit souvent cette couche se fendiller en petits fragments. Elle porte des ornements divers. — Au dessous vient une couche calcaire formée de granulations calcaires étroitement serrées les unes contre les autres. Enfin, tout contre le manteau sont deux couches calcaires de structure très variable. Ce sont toujours des lamelles calcaires alternant avec des couches membraneuses d'une substance organique, appelée la conchyoline *. Mais ces lamelles sont disposées de diverses façons : tantôt, suivant une zone, elles sont obliques à 45 degrés dans un sens; dans la zone suivante, elles sont à 45 degrés en sens inverse, et ainsi de suite. D’autres fois, elles forment une série de zônes dans chacunes desquelles les lames sont perpendiculaires à la surface ; ailleurs, les lamelles sont parallèles à la surface, etc. Il paraît que la première couche calcaire provient de la désorganisation progressive de la seconde, ce qui explique un accroissement d'épaisseur lorsqu'on la suit depuis la région des crochets jusqu'au bord libre de la coquille.
C'est la structure variable de la couche interne qui donne un aspect tantôt nacré (Huiître), tantôt porcellané (Mye) à la coquille, quand on la regarde par sa face interne. Les coquilles nacrées paraissent plus anciennes que les coquilles porcellanées, comme cela a lieu chez les Psorobranches.
Chez quelques coquilles (Cyprée), on a en outre extérieurement une autre couche, le drap marin.
Il faut aussi noter que le calcaire de la couche externe n’est pas toujours le même que celui de la couche interne. C’est ainsi que, chez les Pinna, la couche externe est formée de spath, tandis que la couche interne est composée d’aragonite.
Cette dernière résiste beaucoup mieux aux acides que le spath ; aussi arrive-t-il souvent que, dans les coquilles fossiles (Znoceramus, Spondy-
{ Le nom d’épiderme qu'on lui donne aussi quelquefois est trop impropre pour lui être conservé.
2 Lorsqu'on traite une coquille par un acide, le calcaire disparaît complèlement, mais la conchyoline n'est pas attaquée et conserve plus ou moins fidèlement la forme de la coquille.
lus, etc.), la couche interne fait défaut. Chez les Ostrea, les deux couches sont formées de spath.
AccroissemENT. PerLes. — La coquille est un produit formé par le manteau ; elle s'accroît d’abord en épaisseur, puis en surface. L’accroissement en épaisseur est dû à ce que de nouvelles couches de nacre sont constamment sécrétées par le manteau et viennent s’adjoindre à celles qui existent déja. L'accroissement de la surface se fait par le bord libre du manteau qui dépose sur le bord de la coquille des couches calcaires et du périostracum. Des recherches récentes ont montré que le bordlibre de chaque lobe du manteau présentait deux épaississements, limitant entre eux un sillon longitudinal. Les cellules des bourrelets externes sont très longues et sécrétent la partie calcaire de la coquille. Quant au périostacrum, il prend naissance dans le sillon longitudinal, passe par-dessous le bourrelet externe et vient s'étaler à la surface de la coquille. C’est l’'adjonction des couches d’accroissement qui donne les stries concentriques, si visibles dans la plupart des coquilles.
Sientre le manteau et la coquille s’introduit un corps étranger, tel qu’un grain de sable, ou même un fragment du corps même de l’animal, il se produit autour de celui-ci un dépôt abondant de nacre : c'est ce qui constitue une perle. Ces formations accidentelles se forment particulière ment chez l'Huiître perlière (Avicula margaralifera) en Orient et chez les Moules perlières (Unio margaritiferus) en Europe. Les Chinois obtiennent des perles à volonté en introduisant artificiellement divers corps étrangers dans des Dipsas vivantes. Il y a de véritables manufactures où se fait cette culture.