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SCÈNE VII

Les Mêmes, LE MARQUIS D'ENNIN, LE COMTE D'ORVAL.

LE MARQUIS, baisant la main de Manette. — Charmante I

MANETTE. — BonjouF, marquis.

LE COMTE. — Bonjour, chère amie. (Poignée de main.)

MANETTE. — Bonjour, comte. (Elle se tourne vers d'Origny.) Monsieur d'Origny, le marquis d'Ennin, le comte d'Orval. (Elle fait signe au comte de s^asseoir.)

LE MARQUIS, à d'Orignxj. — Du Volney, je crois? (D^Origny s'incline. Le marquis s'asseoit.) Diva, vous êtes plus jolie, plus jeune tous les soirs.

MANETTE. — Mais VOUS aussi, marquis, depuis que je vous connais, vous n'avez pas pris un jour.

LE MARQUIS met son monocle. — Qui est-ce qui vous a fait cette robe-là?

MANETTE. — G'cst Jacques.

LE MARQUIS. — Il a du goût.

LE COMTE. — Elle marche, votre revue?

MANETTE. — Nousavonslcveutdanslavoilc.

LE MARQUIS. — C'cst la galère de Gléopâtre...

LE COMTE. — Mais qu'est-ce que vous ferez après cela?

MANETTE. — Je chanterai d'autres chansons.

LE MARQUIS. — Et nous Viendrons vous applaudir.

LE COMTE. — Vous uc songcz pas à jouer la comédie?

MANETTE. — La comédic!... Vous n'y pensez pas ! . . . Qu'est-ce qu'on dirait, mon Dieu I le public et la critique... la grosse critique... Ils ne seraient pas longs à m'exécuter. Ils diraient : « Voyez-vous cette cigale qui veut chanter... plus haut que sa voix. » Et ils arriveraient sur moi avec leurs souliers lourds... et ils m'écraseraient dans l'herbe... Ah I pauvre cigale I

LE COMTE. — Vous avcz tort.

MANETTE. — Il faudrait rassembler un public d'indulgents... et encore.

LE MARQUIS. — Ce public-là , je m'en charge.

LE COMTE. — Et moi, j'ai une idée à propos de vous... une idée de pièce...

MANETTE. — Pour UU SaloU ?

LE COMTE. — Pour le cercle.

MANETTE. — Vous me faites peur.

LE MARQUIS. — Rassiirez-vous.

LE COMTE. — Voilà. C'est une idée que je crois originale. Tant qu'à vous faire débuter, il fallait trouver quelque chose de tout à fait neuf.

MANETTE. — Mon Dicu I

LE COMTE. — Oui... et, ma foi, je ne suis pas mécontent... Voilà le sujet en trois mots. . . Nous sommes au mois de septembre. . . dans un château, naturellement. Le mari, Jean, est grand chasseur. 11 bat les bois toute la journée avec ses fusils, ses chiens, ses gardes. Pendant ce temps-là, sa femme s'ennuie. Et il y a un ami de la maison, Paul, qui ne chasse pas et qui la console... C'est joli, n'est-ce pas?

MANETTE. — Oui.

LE MARQUIS. — Charmant!

LE COMTE. — J'avais d'abord trouvé un titre qui n'était pas mal, je n'en étais pas mécontent : Pendant la chasse. (Il répète.) Pendant la chasse.

MANETTE. — Pendant la chasse,.

LE COMTE. — Mais je me suis ravisé. J'ai trouvé mieux que ça, vous allez voir : Le meilleur gibier.

LE MARQUIS. — G'est parfait.

MANETTE. — Oui.

LE COMTE. — Ça a du ragoût.

MANETTE. — Eh bien 1 quel rôle est-ce que je joue-là?... Le mari?

LE MARQUIS, riant. — Charmant I

LE COMTE. — Vous faites la jeune femme qui s'ennuie.

MANETTE. — Moi, unc iiiarquise ? Vous n'y pensez pas.

LE MARQUIS. — Ma chèrc, ce qui fait la grande dame, c'est le naturel. Votre naturel est délicieux. Vous serez, sans effort, une très grande dame.

LE COMTE. — Et puis il y a des chansons dans ma pièce. Voulez-vous en voir une pour essayer?

MANETTE. — G'cst quc je suis un peu pressée.

LE COMTE. — Une, seulement, pour juger de la couleur...

MANETTE. —- Voyons. (Elle lit le titre Poi. et plume),

CHANSON

(Air : Eustach' me dit un matin) Poil et Plume.

Jean dit à Paul l'autre matin :

« Yiens-tu faire un tour au lapin, Tirer la bécasse à la brunie,

A la brume...

Nous battrons mares et taillis, Nous prendrons le lièvre au logis.

Poil ou plume ? »

Paul songeait: « Non, je n'irai pas...

Tandis que tu seras là-bas Je mettrai le fer sur l'enclume

Qui s'allume...

Après tout, chacun sa façon L'e dénicher dans le buisson

Poil ou plume... »

Paul répond : « Non, pas aujourd'hui... » Jean s'en va, son chien derrièr' lui.

Attraper tout seul ù la brume

Un gros rhume...

Dans son dos, Paul me dit : « Viens donc Sur la peau d'ours ou l'édredon..,

Poil ou plume... »

0 confident de nos amours, Baldaquin aux longs rideaux lourds Tu sais si son baiser me hume,

Et parfume !

Et que nous savons dans tes plis Chasser le lièvre et la perdrix...

Poil et plume...

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