SCÈNE XII D'OIUG.NY, MADAME D'ORIGNY
d'origny, les bras croisés devant sa femme. — J'ai laissé la plaisanterie aller au bout
parce que je voulais savoir le iiu mot de votre démarche... A quoi avez- vous pensé quand vous êtes venue ici ?
3IADAME d'origny. — Édouard !
d'origny. — Ma parole d'honneur vous avez perdu la raison ! Depuis quand est-ce la mode que les femmes du monde courent de nuit les coulisses du café-concert et entrent dans les [loges des chanteuses pour leur faire des scènes de jalousie.
MADAME d'origny. — Je VOUS en prie...
d'origny. — Vous vous déconsidérez et vous me rendez ridicule !
MADAME d'origny. — G'est la seule chose qui vous touche...
d'origny. — Je vous dis que votre place n'est pas ici.
MADAME d'origny, se fâchmt. — Ni la vôtre î
d'origny. — Comment?
MADAME d'origny. — Nou î iii la vôtre. Car c'est trop fort aussi, je viens ici à votre recherche et vous vous donnez des airs de me prendre en flagrant déht!
d'origny. — Ça viendra.
MADAME d'origny. — Oli ! le lïionstre.
Quand vous devriez implorer mon pardon, là... à genoux.
d'origny. — Ce n'est pas demain que vous m'y verrez. (Entre ses dents.)
MADAME d'origny. — Assez, Édouard, ou dites -moi que vous n'avez pas entendu toute ma confession, là, derrière le paravent, que vous n'avez pas surpris le secret de mon cœur... de mon lâche cœur I (Elle sanglote.)
d'origny. — Hélène!
MADAME d'origny. — Laissez-moi !
d'origny. — Voyons, ma petite Hélène, ne rougissez pas vos yeux, je vais vous dire pourquoi je suis venu ici...
MADAME d'origny. — Pour voir Manette...
d'origny. — Non! pour faire une surprise, na ! (Madame d'Orujny relevé visage.) Pour lui demander le patron de son corsage noir.
MADAME d'origny. — Je n'en veux plus...
LA LOGt: DE LA DIVETTE 313
d'origny, gentil. — Alors, c'est que vous êtes une petite capricieuse.
MADAME d'origny. — Nou , Édouarcl, mais j'ai réfléchi, c'est un peu trop dangereux... Entrer dans le rôle d'une personne comme Manette ! Si, pour l'amour de vous, j'allais finir par lui ressembler, moi, votre femme, est-ce que cela vous ferait plaisir?
d'origny. — Empruntez-lui seulement son ragoût de modernité.
MADAME d'origny. — Oh! Édouaixl, que c'est donc difficile d'être la femme d'un homme comme vousl
d'origny. — Ah bah!
MADAME d'origny. — Ne plaisautcz point. Vous êtes féroce et maladroit sans vous en douter. Parfaitement î ce n'est pas d'hier que je vous vois tourner autour des femmes, que vous appelez « capiteuses ». Les hommes assiègent ces créatures comme les bourdons font pour les pêches gâtées. Et qu'est-ce qu'elles deviennent pendant ce temps-là, les pauvres petites honnêtes femmes comme la vôtre. On les laisse dans leur
coin. Ces messieurs ne les trouvent pas amusantes I Certes, on ne regrette pas leurs hommages. Mais si le mari lui aussi s'éloigne : oh! alors, la tête tourne! on ne comprend plus, on se demande : Est-ce qu'il m'en voudrait de me garder si fièrement, {)0ur lui seul (Tendrement.) Dis-moi donc, est-ce que ce n'est rien pour un homme qui aime de se dire : Ces yeux-là n'ont jamais regardé que moi, ce cœur-là n'a jamais battu que sur le mien, ces lèvres-là ne se sont jamais pâmées que dans mon baiser.
d'origny. — Hélène! (Il est tombé à genoux et il lui tend les bi^as. Elle V arrête par les épaules et jette autour d'elle un regard effaré.) Non ! non ! pas ici !