‹ Les mondes causeries astronomiques: causeries astronomiquesChapitre 2 sur 9 · AVANT-PROPOS · texte numérisé non relu

AVANT-PROPOS

Les esquisses astronomiques dont nous publions aujourd'hui la seconde • édition, ont reçu du petit . nombre des personnes qui ont bien voulu prendre la peine de les lire, un accueil assez flatteur* pour que nous ayons considéré comme un devoir d'en reviser avec soin la rédaction.

Sans sortir du cadre que nous nous étions tracé, nous avons profité de cette révision pour donner plus de développements à quelques-unes des parties les plus intéressantes de notre sujet, et pour rendre plus claires la description et l'explication de quelques phénomènes complexes. Nous avons voulu nous approcher ainsi de plus en plus du but de ces causeries, qui est de servir d'introduction familière à la lecture des ouvrages techniques d'astronomie.

Mais nous nous sommes efforcé de résister à une tentation bien naturelle, celle d'élargir notre programme, en donnant à cet opuscule des proportions qu'il ne comporte point. Et, pour qu'on ne nous fasse pas le reproche d'être resté ainsi en deçà de ce programme, nous renverrons aux quelques pages d'introduction dont nous avons fait précéder la première

via AVANT-PROPOS.

édition de ces causeries, et que nous reproduisons ici sans y rien changer.

Toutefois, si nos prétentions, en fait d'initiation aux connaissances astronomiques, sont fort restreintes, ce n'est pas une raison pour dissimuler une des principales raisons qui nous ont décidé à écrire cet ouvrage.

Qu'on nous permette, à cet égard, quelques développements.

Quand on étudie l'astronomie ou une autre science quelconque, on peut et l'on doit retirer de cette étude un double profit. En premier lieu, on élargit de la sorte le cercle des connaissances positives que l'homme est arrivé à posséder sur le monde. C'est pour nous un moyen d'accroître, pour ainsi dire, indéfiniment, et la somme de nos idées cosmologiques et le champ de leurs applications pratiques.

D'un autre côté, l'esprit des méthodes qui servent à la découverte ou à la démonstration des vérités scientifiques, est de nature à fournir à l'intelligence la gymnastique la plus heureuse, c'est le plus sûr moyen de la mettre, en garde contre les défaillances dont notre époque de lumières est loin d'être préservée.

L'esprit humain, en effet, est enclin à une tendance qui peut être considérée comme un des plus grands obstacles aux progrès de la connaissance. Dans son ardeur à vouloir tout comprendre, tout expliquer, il ne se contente pas des faits acquis ni des lois démontrées, il n'est pas même satisfait par les vues que lui suggèrent ces faits et ces lois sur les progrès prochains de la science. Il faut qu'il aille plus loin. Abandonnant la méthode, trop lente au gré de ses aspirations, il substitue ses fantaisies, ses

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créations imaginaires à l'inconnu qui l'obsède. C'est ainsi que surgissent tous ces systèmes fondés sur des hypothèses surnaturelles et mystiques ; et parce que ce que Ton ne sait pas semble être du domaine du rêve, on l'y relègue en effet. Un peu de patience, ou même, s'il en est besoin, beaucoup de patience, voilà ce qu'il nous faut pour nous mettre. en garde contre ces débauches de la raison ou du sentiment. Soyons surtout bien convaincus que le flambeau de l'analyse peu à peu pénétrera tous les mystères, et montrera la loi là précisément où nos caprices avaient imaginé des interventions occultes.

Croit-on encore, à notre époque, aux règles de l'astrologie judiciaire?

Non, sans doute. Ces ridicules préjugés dont les plus grands esprits furent infatués chez les anciens cofnme chez les modernes, paraissent à jamais détruits; mais l'amour du surnaturel est si grand, notre crédulité semble avoir un tel besoin de miracles, qu'on voit reparaître sous une autre forme les superstitions d'un autre âge : le spiritisme, la croyance aux médiums, à l'âme de la Terre, aux âmes des autres astres, la prédiction de l'avenir, l'interrogation 'des tables, les phénomènes de magnétisme animal, interprétés ou dénaturés à plaisir, la chiromancie, font constamment encore, et dans les esprits les plus élevés, sinon les plus droits, des prosélytes passionnés.

Et notez qu'il ne s'agit pas pour eux, de démêler dans ces faits la part du charlatanisme et celle du réel; ils laissent volontiers de côté les sévères méthodes d'une investigation consciencieuse pour se livrer, sens et imagination à la fois, au charme des divinations inspirées. J'en connais qui prônent de

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bonne foi ces chimères comme des moyens nouveaux et féconds de découvrir les lois de la vie. Le quart de l'intelligence qu'ils emploient à tourner et à retourner ces créations spontanées de leur cerveau, suffirait largement, à augmenter le nombre et l'étendue des connaissances vraiment scientifiques» >

A nos. yeux, la méthode scientifique est éminemment propre à dissiper tous ces fantômes; elle est à la fois la morale et l'hygiène de l'intelligence.

Voilà pourquoi nous nous sommes efforcé, dans ces causeries, de faire ressortir dans une certaine mesure le côté philosophique de l'astronomie.

Mais nous ne voulons rien exagérer, et, si nous croyons que les vérités astronomiques ont, à bien des égards* une véritable importance sociale, si nous croyons que tout homme intelligent, que toute femme vraiment instruite doit connaître, au moins pour les faits les plus saillants, ce qu'on sait de l'univers, si de telles notions ont en outre pour résultat d'affranchir l'esprit des préjugés et des tendances maladives du mysticisme, ce n'est pas à dire que nous croyions l'astronomie ou toute autre science physique destinée à remplacer ni la morale ni les. sciences vraiment sociales. Mais l'Astronomie sera toujours — et c'est là sa vraie gloire — une des bases les plus importantes des connaissances humaines.

PKÉF1CB DE LA PREMIÈBE ÉDITION

Est-ce de la rêverie? Est-ce de ta science?

Telle sera, si je ne me trompe, là question de plus d'un lecteur, au moment d'ouvrir ce petit volume.

L'un et l'autre, réporidrai-je, ou, si l'on préfère, de la rêverie à propos de science. Mais comme il y a rêverie «I rêverie, qu'on me permette un mot d'explication.

Chaque année voit apparaître, mort-née, quoique nouvelle théorie astronomique, plus ou moins bizarre, pour ne pas dire plus, qui prétend réformer, renverser tout, et, sous prétexte de renouveler la science, la ramène tout bonnement aux naïves hypothèses de ses premiers âges : ajoutant ainsi un chapitre de plus au livre des erreurs et des préjugés.

D'autres, plus savants, se lancent dans le champ des conjectures, bâtissent des systèmes, et, devançant l'observation, renient expliquer tout par uûè formule : tace d'inventeurs quand même, qu'il ne faut pas condamner sans les entendre. Le dédain des savants officiels pour

xi PRÉFACE

tout ce qui n'est pas reconnu et breveté par eux, justifie trop souvent leur audace :

Croire tout découvert est une erreur profonde; C'est prendre l'horizon pour les bornes du monde,

a dit Je poète.

En deçà ou au delà des connaissances acquises, démontrées, tel est le double caractère de ces deux courants de production.

Or, j'avertis qu'on ne trouvera rien ici de pareil. La raison en est simple : je ne viens pas dévoiler les erreurs des astronomes, je ne réforme, je n'invente rien.

L'astronomie n'est point achevée, tant s'en faut, quelque avancée qu'elle soit.

Le système solaire lui-môme, pour ne parler que de la portion du ciel qui nous environne, la constitution physique de la Lune, du Soleil et des planètes, nous sont-ils bien connus? N'a-t-on pas, cette année môme ', découvert entre le Soleil et nous une planète restée jusqu'ici inaperçue malgré les perturbations que sa présence causait dans la marche de Mercure 2 ? Enfin, le monde des étoiles, des nébuleuses, déjà si riche en brillants phénomènes, combien ne nous promet-il pas encore de révélations?

Mais telle qu'elle est aujourd'hui, néanmoins, je ne sache pas qu'il y ait au monde une science dont les enseignements offrent un aussi merveilleux ensemble, qui

2. C'est un docteur en médecine, M. Lescarbault, qui a le premier constaté et décrit les circonstances du passage dé cette nouvelle planète, devant le disque du Soleil, le 23 mars 1860. Elle n'a pas été revue depuis.

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frappe plus vivement L'imagination par la poésie grandiose de ses découvertes, et l'intelligence par la généra* lité de ses lois.

Il suffit, pour s'en convaincre, de s'en tenir — et c'est ce que je ferai — aux résultats de l'observation et du calcul, sans dépasser en rien les conclusions de la science. Je laisse à d'autres la satisfaction de présenter au public ébahi les débauches de leur imagination pour les conceptions du génie.

Ce que je propose ici, (t'est une promenade pittoresque à travers les espaces; une pérégrination par la pensée dans l'abîme où notre vue plonge de toutes parts, quand elle perce et dépasse les limites de notre atmosphère;

Puis, ça et là, quelques causeries sans prétention, sur les étonnants phénomènes dont nous sommes les spectateurs quotidiens ;

Sans beaucoup d'ordre, j'en préviens, ou du moins sans un plan méthodiquement arrêté.

Ce petit livre n'est donc pas — son titre l'indique assez — un cours de cosmographie, môme élémentaire, encore moins un traité d'astronomie.

Cependant, qu'on n'y cherche pas non plus la science déguisée sous d'aimables fleurs de rhétorique, entremêlées d'épltres versifiées, en l'honneur de la déesse Uranie ou de toute autre divinité mythologique.

Tout cela est fait; les traités abondent : «depuis la simple description du monde, enseignée aux écoles, jusqu'aux savants traités d'astronomie mathématique; depuis les ouvrages lumineux et riches de détails d'Herschel et d'Arago, jusqu'à l'œuvre monumentale de Laplace.

Eh bien, il n'en est pas moins vrai que nous sommes

Kit PRÉFACE

fort ignorants en astronomie, hommes et femmes, jeunes et vieux.

Cette ignorance a plusieurs causes.

En premier lieu, l'aridité des études préliminaires, géométrie, mécanique..., etc. Quel est l'homme d'affaires ou l'homme du monde, quelle est la femme dont la bonne volonté n'est point rebutée par la sécheresse d'un travail méthodique, qu'on présente comme indispensable?

Une seconde cause, dans notre société si agitée, si préoccupée des événements politiques, de la Bourse et des affaires, des chroniques de salon ou de théâtre, c'est le manque de temps, le défaut de loisir.

Interrogez le premier venu l II brûle» à l'entendre, de s'initier aux principales données de l'astronomie, à ces magnifiques connaissances accumulées par deux mille ans d'observations et de découvertes, perfectionnées et agrandies pair les travaux de soixante générations de savants.

Mais il n'a pas le temps t

Qu'en étudie soigneusement la tenue des livres en partie double, le code, l'escrime et la pisciculture, rien de mieux. Ce ne sont point choses A, dédaigner ; et, pour mon compte, je fais grand cas de la justice, de l'économie politique et domestique, et de l'art gracieux d'éventrer ses semblables* Mais est-ce bien là toute la vie, la vie intellectuelle et morale, s'entend?

Savoir quelle figure nous faisons dans l'Univers infini, nous autres chétifs et orgueilleux habitants de la Terre, où nous sommes, où nous allons, ce que nous fûmes et ce que nous deviendrons un jour ; faire connaissance, au moins une fois en notre vie, avec les mondes nos voisins,

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avec ces voyageurs enflammés dont les longues pérégrinations et les retours périodiques ou imprévus nous paraissent si étranges ; ne voilà-t-il pas bien des points qui méritent un peu notre attention et notre curiosité? Ce sont des distractions, je le veux; mais, prises modérément, elles peuvent servir de diversion heureuse aux préoccupations du jour, aux péripéties du cours de la rente.

Si telle est votre pensée, cher lecteur, nous passerons quelques heures ensemble à deviser Soleils, Terre, Étoiles, Comètes ; à suivre ces êtres gigantesques dans leurs routes mystérieuses.

Nous laisserons de côté l'attirail des démonstrations scientifiques. On peut s'en passer, soyez-en certain, pour arriver à se faire une idée juste des grands mouvements qui font de l'Univers visible la plus admirable de toutes les harmonies.

Pour un tel voyage, quel sera notre guide? Je vous le répète, un guide sûr, expérimenté, contrôlé par la pratique des observations, par la rigueur des raisonnements et la précision des calculs : la science astronomique, telle qu'elle est aujourd'hui enseignée et démontrée.

J'aurai besoin, il est vrai, du concou rs de votre bonne volonté et de votre indulgence. Mais avec votre aide je ferai merveille. Puissiez-vous seulement lire ce volume, comme je l'ai composé : avec plaisir! Puisse-t-il vous faire goûter la science, vous en inspirer l'étude passionnée, surtout vous en faire exprimer le suc, pour ainsi dire, et la philosophie !

Décembre 1860.

PREMIÈRE CAUSERIE

Utilité de 1* Astronomie. — Influence des découvertes modernes sur les idées religieuses et morales; nouvelle conception de l'Univers. — Comme quoi les éclipses des lunes de Jupiter peuvent influer sur le prix du café, du sucre et du coton. — Aux grands astronomes la civilisation reconnaissante.

Interrogez au hasard cent personnes. Demandezleur à quoi sert l'Astronomie.

Ou je me trompe fort, ou la majorité — j'entends la grande majorité — sera fort embarrassée de répondre à votre question d'une façon quelque peu précise.

Si vous ayez affaire à des illettrés, comme disent les gens instruits ou se piquant de l'être, il n'y aura, dans ce résultat, rien qui doive vous étonner beaucoup. Mais si, vous adressant aux professions dites libérales, vous n'oblenez guère mieux, qu'en devrezvous conclure ? Tout au moins qu'il reste quelque

chose à faire, en plein dix-neuvième siècle, avant que nous puissions nous vanter de nos lumières, et que, fiers de notre civilisation, nous ayions le droit de nous proclamer le peuple éclairé par excellence.

On dira que j'exagère. Vraiment, je ne le crois pas. Mais il faut dire, à notre décharge à tous, que nous rachetons le plus souvent notre ignorance, vis-à-vis de l'Astronomie, par un vif désir de savoir. En tout cas, voici l'expérience que j'ai faite bien des fois. Lorsque, dans une de ces conversations familières, de ces conversations comme on n'en voit pas assez, quelqu'un vient à entamer une question astronomique, tous les auditeurs prêtent aussitôt l'oreille : la curiosité générale est à l'instant surexcitée. Qu'il s'agisse d'une éclipse de soleil ou de lune, de l'apparition d'une comète ou de tout autre phénomène céleste, il n'importe. On écoute quand môme, on saisit avec avidité, on recueille précieusement le récit, vrai ou faux, de l'astronome improvisé.

Tant l'inconnu a de charme pour nos imaginations blasées t

Nous aimons tous, à nos heures, l'indéfini, le sentimental ; mais quand, à la poésie que nous évoquons alors, vient se joindre la certitude du vrai, du réel, qui est le caractère propre des sciences positives, toutes nos facultés se trouvent également satisfaites.

Sur la foi du narrateur, nous nous élançons dans l'espace, nous suivons en pensée les soleils, les planètes et les comètes; nous les voyons dérouler devant notre imagination ébahie leurs orbes immenses. La folle du logis s'enfonce, et la raison avec elle, dans l'infini !

C'est qu'il y a dans l'étude, si superficielle qu'elle soit, de l'Astronomie, un charme qui pénètre et entraîne. Ce charme dure peu sans doute; et, la conversation finie, chacun retourne à ses affaires, aux préoccupations du moment. Mais l'impression subsiste, et, toutes les fois que l'occasion se présente, suscitée, soit par un phénomène nouveau, soit par une pensée intime, les mêmes questions involontairement se posent.

Qu'est-ce que le monde?

Qu'est-ce que l'univers, au moins dans sa partie visible, et quel rôle y jouons-nous ?

Ce vif intérêt pour une science dont les faits et les lois sont encqre si peu répandus, la facilité avec laquelle les uns et les autres sollicitent nos rêveries, tout cela ne vient-il point de ce que nous sentons instinctivement le lien qui rattache de telles questions au problème de nos destinées ? C'est à chacun de décider ici selon ses aspirations et ses sentiments.

Mais si, au lieu de vous borner aux généralités de

la science, vous vous avisez d'entrer dans quelques détails plus techniques; si vous abordez le côté rationnel de l'Astronomie, ses lois ; ou si vous essayez d'expliquer certains des travaux auxquels se livrent les astronomes de profession, de décrire leurs instruments si ingénieux et si précis, oh ( alors, c'est autre chose. On ne vous écoute, on ne vous suit plus. Il s'en faut de bien peu, si l'on ne pense tout bas qu'astronome et monomane, astronomie et ennui, sont autant de mots synonymes.

Tout au moins lirez-vous, écrite sur tous les visages, la question que je vous priais de poser tout à l'heure : « A quoi sert l'Astronomie ? »

Ce qui veut dire en bon français : Ces curieux résultats de l'observation et du calcul, que vous faites passer sous nos yeux, qui récréent notre imagination et nous font faire à peu de frais un voyage dans le Ciel, nous voulons bien y croire. Nous ne vous chicanerons pas trop sur les preuves. Nous avons la presque certitude que vous ne vous moquez pas de nous. Mais, en dehors de la pure curiosité, à quoi tout cela serUil? Qu'on nous parle lunettes et télescopés, passe encore! Pour deux sous, au Pont Neuf, nous comprenons qu'on ait la fantaisie d'examiner comme Arago lui-même les satellites de Jupiter et les taches du Soleil. Mais ces observations si difficiles

et si précises, mais ces observatoires si coûteux, et ces calculs arides, et tout le grimoire des formules mathématiques, à quoi bon tout cela? je vous le de* mande 1 .

C'est à cette question que je me propose (prenant la cause des astronomes, en de bien faibles mains sans doute) de répondre dans cette première causerie.

Tout d'abord je ferai observer que la question est complexe; qu'elle est double, tout au moins.

Chez les esprits méditatifs et philosophes, elle signifie : Quel est l'intérêt de l'Astronomie, au point de vue intellectuel et moral? Les vérités qu'elle enseigne servent-elles aux progrès de l'humanité sous ces deux aspects ?

De la part des esprits positifs et utilitaires, la question présente un autre sens; elle peut se traduire en ces termes :

Étant donnée telle somme d'argent, efficacement employée aux progrès de l'Astronomie, combien pour cent cette somme rapporte-t-elle à la société qui en fait l'avance? Problème assez intéressant, comme

1. Si le scepticisme auquel je fais allusion ne se formule pas toujours d'une manière aussi naïve, du moins il est encore bien des gens qui regardent la science astronomique comme une science de luxe, bonne tout au plus à satisfaire une vaine curiosité.

Bien plus, le système solaire, avec ses prodigieuses dimensions, s'évanouit bientôt lui-même: il ne fut plus qu'un point, comparé aux distances immensurables qui le séparent des cortèges éblouissants des autres mondes et des autres soleils '.

En présence d'un tel spectacle, comment ne pas abandonner à tout jamais ces conceptions chimériques et étroites qui prétendent faire de l'Univers entier un panorama destiné simplement à la récréation de la vue de l'homme? Que d'idées fausses détruites, que d'erreurs superstitieuses détrônées! La grande et rationnelle idée de loi substituée, dans les esprits, soit à l'idée qui soumet tout aux caprices d'une volonté arbitraire, soit à celle qui prétend tout expliquer par l'aveugle hasard , cela seul doit suffire à

1. Pendant longtemps on ne put calculer d'une manière appréciable la distance qui nous sépare de l'étoile prétendue fixe la plus voisine de notre système solaire. Le perfectionnement des mesures micrométriques a permis depuis d'obtenir approximativement cette distance. Comme les nombres qui dépassent une certaine limite n'offrent plus guère de sens à notre imagination, je préfère, pour donner à mes lecteurs une idée un peu nette des résultats obtenus, employer la comparaison suivante :

Un boulet de canon, se mouvant sans interruption avec la vitesse 'de 400 mètres par seconde, mettrait, pour franchir l'intervalle moyen qui nous sépare du Soleil, plus de douze années!

Or, l'étoile la plus voisine du système solaire est au moins 200,000 fois aussi loin de nous que nous le sommes nous-mêmes du Soleil, n faudrait donc au boulet deux millions cinq cent mille années pour y parvenir !

faire comprendre quelle immense portée morale ont eue déjà, mais surtout auront dans l'avenir, les enseignements de l'Astronomie.

Je ne crois pas devoir insister plus longtemps sur l'utilité, sur l'influence de cette belle science au point de vue moral et intellectuel. D'ailleurs, ces simples causeries ne peuvent avoir qu'une prétention : solliciter la pensée. Les faits parlent assez haut d'euxmêmes pour que je laisse à chacun le soin d'en tirer, à son gré, toutes les conséquences.

Un mot de réponse maintenant à la seconde question : Quelle est l'utilité de l'Astronomie au point de vue des intérêts purement matériels?

Certes, s'il me prenait la fantaisie de publier, comme, tant d'autres l'ont fait dernièrement, ma brochure ! , et de lui donner ce titre paradoxal :

Influence des Éclipses des satellites de Jupitek sur le prix du coton, du sucre ou du café,

Je risquerais fort de passer pour un fou, et plus d'un lecteur charitable serait tenté de solliciter mon entrée aux Petites-Maisons. Et cependant je ne dirais pas toute la vérité sur ce sujet, mais à coup sûr je dirais la vérité.

1. La première édition de cet opu&cule a été publiée en 1861.

Maintenant, que je transforme ma proposition en cette autre :

Du perfectionnement de la navigation au long cours, dans ses rapports avec les intérêts commerciaux des Deux Mondes,

Et tous ceux qui riaient si fort tout à l'heure m'auront bientôt compris. Or ces deux propositions sont corrélatives, et la première n'est qu'un cas particulier de la seconde. Veuillez pour vous en convaincre me suivre un instant.

La première condition de sécurité d'un navire en pleine mer, abstraction faite des intempéries de toute sorte, c'est — tout le monde le comprendra — la nécessité de connaître sa route aussi exactement que possible; dès iors, de déterminer à chaque instant le lieu précis du globe où il se trouve. Or, comme l'uniformité des plaines maritimes n'offre le plus souvent aucun point distinctif ou saillant, c'est dans l'aspect varié des phénomènes célestes qu'on a dû chercher un point de repère.

La position d'un lieu sur le globe terrestre est déterminée par deux éléments : la longitude, occidentale ou orientale, comptée a partir d'un méridien fixe, celui de Paris, par exemple ; la latitude, boréale ou australe, comptée à partir du cercle de l'équateur. Tout cela s'apprend en géographie.

Un marin doit done à chaque instant connaître sa longitude et sa latitude.

Eh bien, c'est, en premier lieu, par la mesure de la* hauteur des étoiles au-dessus de l'horizon qu'il pourra calculer sa latitude. C'est par la position relative du Soleil, de la Lune et de certaines étoiles dé-

terminées, jointe à la Connaissance de l'heure de Paris ou d'un autre point déterminé du globe, donnée par un bon chronomètre , qu'il arrive à calculer sa longitude. Tous les phénomènes dont l'Astronomie apprend à déterminer avec précision l'époque, comme les éclipses de soleil ou de lune, le passage derrière le disque lunaire d'étoiles ou de planètes, — ce qu'on nomme des occultations, — ou encore les éclipses des satellites de Jupiter, peuvent servir au même but. Le firmament est ainsi comme une grande horloge dont les astres mobiles sont les aiguilles indicatrices, avec cette circonstance que l'heure, marquée au même instant physique, varie à mesure que change le lieu où l'on observe.

Et comme des formules algébriques lient les longitudes et les latitudes terrestres avec toutes les don-

nées des phénomènes et du temps, on peut entrevoir l'indispensable utilité des observations astronomiques pour les voyages maritimes. Des instruments spéciaux, tels que le sextant, servent à ces observa-

tions. Je vous ferai grâce des instruments et des formules.

Ce que je tiens à faire comprendre, c'est que de ia perfection des Tables astronomiques à l'usage des marins dépend l'exactitude de la détermination du lieu précis du globe où se trouve un navire, par suite, celle de la direction qu'il doit suivre pour atteindre le but de son voyage. D'une erreur dans les Tables résulte nécessairement une indication fausse. De là, pour le marin, perte de sa route, possibilité de donner contre un écueil, insécurité de la navigation au long cours 1 , et, pour parler plus net, impossibilité de cette navigation.

Le commerce inter-océanien n'est donc devenu régulier et facile que grâce à la formation des Tables à l'usage des navigateurs, et ces tables, connues en France sous le nom de Connaissance des temps, en Angleterre sous celui de Nautical almanac, n'ont pu être calculées qu'à l'aide des découvertes astronomiques les plus élevées, des progrès mathématiques les plus transcendants, enfin, du perfectionnement

1. Le cabotage lui-même tire, des connaissances astronomiques et des tables, des avantages que ne dédaignent point les marins intelligents. Aussi, le grade de capitaine au cabotage ne s'acquiertil plus aujourd'hui qu'à la suite d'examens ayant pour objet de constater l'instruction scientifique et pratique des candidats.

le plus savamment imaginé des grands instruments des observatoires.

Si donc les deux Amériques, l'Océanie, les archipels des Antilles, et tant d'autres colonies versent aujourd'hui sur nos marchés les trésors de leurs productions; si, grâce à ces dernières, vous obtenez à bon marché les jouissances du luxe, le coton, Je café, le sucre, remerciez.-en les savants qui ont fait de l'Astronomie la plus parfaite et la plus magnifique des sciences. Saluez les grands noms des Galilée, des Copernic, des Kepler, des Newton, des Laplace, des Herschel, des Arago, et de tant d'autres qui m'échappent, mais que la postérité n'oubliera jamais!

DEUXIÈME CAUSERIE

Premier coup d'oeil sur la constitution de l'Univers visible. — Notre système. — Les étoiles et les nébuleuses. — Que notre Soleil «tt une étoile de la Voie Lactée. —Son mouvement de translation dans l'espace. — Le mouvement est dans tout l'Univers. — Immobilité apparente des cieux.

Au lieu d'effleurer en passant, comme je viens de le faire, la question de l'utilité de l'Astronomie, au double point de vue des idées et des intérêts matériels, j'aurais pu, entrant dans de plus grands détails, donner à mon sujet toute l'étendue qu'il comporte, montrer les applications de cette belle science à la division du temps, à la haute horlogerie, aux calendriers, à la topographie, à la formation des bases du cadastre.

Mais n'aurais-je pas ainsi dépassé mon but?.N'aurais-je point fatigué ceux d'entre mes lecteurs qui sont familiers avec ces connaissances, sans pour cela me faire lire des autres?

D'ailleurs, je le répète, l'occasion se présentera,

dans le courant de nos pérégrinations et de nos causeries, de revenir sur cette matière. Alors, vous le verrez, les réflexions se presseront en foule et découleront naturellement du sujet, philosophiques et morales, pratiques ou spéculatives, poétiques et religieuses. Pour moi, je me bornerai, autant que faire se pourra, au rôle de simple cicérone.

Cela dit, j'en Ire en matière sans plus tarder.

Laissant d'abord de côté notre globe natal, la Terre et ses habitants, nous allons parcourir d'un vol rapide le champ tout entier de l'Astronomie, c'est-à-dire la portion de l'Univers accessible à notre vue, agrandie par la puissance de pénétration des instruments d'optique.

Nous pourrons, de la sorte, nous rendre compte de la position que notre Terre occupe dans le monde, du système de corps célestes dont elle fait partie, des mouvements de tous ces corps et des dimensions de l'Univers visible. Toutefois, au moment de nous' embarquer pour ce grand voyage, il importe que nous nous familiarisions avec une idée qui n'a plus rien aujourd'hui d'étrange, mais qui eût autrefois scandalisé bien des honnêtes gens. La Terre que nous habitons fait partie du Ciel lui-même ; elle n'est autre chose qu'un des astres, et des plus infimes, qui en peuplent l'immensité.

Arrêtons-nous un instant sur ce fait, dont la réalité n'est pas plus contestable qu'un axiome de mathématiques. C'est un fait connu des gens instruits et de bien d'autres ; mais, en dépit de l'enseignement des écoles etdes collèges, en dépit des livres de science, l'illusion de nos sensations journalières nous le rend, sinon difficile à comprendre, du moins malaisé à bien sentir. On nous parle si souvent, dans notre éducation semi-mystique et religieuse, du Ciel et de la Terre comme de deux régions opposées; on attribue si nettement à l'un une position supérieure, à l'autre une position moyenne, tandis qu'au-dessous régnent les sombres abîmes ; d'autre part, l'apparente immobilité des objets situés près de nous sur le sol forme un contraste si grand avec la fluidité de l'espace qui s'étend sur nos têtes, qu'invinciblement nous séparons la Terre du Ciel.

Eh bien, c'est une vérité dont il faut nous pénétrer, que nous devrons avoir sans cesse présente à la pensée : à savoir que la Terre nage dans le Ciel, emportant avec elle, dans sa course, les objets inanimés ou vivants placés à sa surface, et jusqu'à son atmosphère. Les espaces célestes s'étendent donc audessous de la Terre comme au-dessus, en haut, en bas et de tous les côtés. Isolé dans l'espace, comme le ballon léger qui flotte dans l'air, notre globe, à demi

éclairé par le Soleil, à demi obscur, un des plus petits parmi les millions de corps qui rayonnent à l'infini leur lumière, nous servira cependant, et d'observatoire pour la contemplation de tant de merveilles, et de terme de comparaison pour mesurer les cieux. A •l'aide de ce véhicule commode, nous commencerons nos pérégrinations lointaines; puis nous achèverons de* sonder les abîmes et de découvrir les vérités qu'ils recèlent avec le secours de nos sens et de cette parcelle d'intelligence qui nous fait hommes.

C'est ainsi que la science, après avoir détruit les cieux de cristal imaginés par les philosophes de l'antiquité, et dont les voûtes superposées nous laissaient voir les étoiles fixées à leur surface comme des clous d'or, a fini par dissiper les illusions de nos sens. — Au lieu de bornes factices, c'est l'espace infini qu'elle ouvre à notre esprit, à notre imagination, qui trop souvent s'égare à la recherche de l'immuable, de l'absolu. Incorrupta cœla, ont dit aussi les anciens . bientôt encore nous verrons ce qu'il faut penser de l'incorruptibilité des cieux, qui s'en est allé rejoindre les mille erreurs, naïves ou niaises, de nos pères, dans l'arsenal usé des métaphores poétiques.

Si du poste où nous a installés la nature, nous jetons un premier coup d'œil sur l'océan fluide qui l'en-

toure, quelle magnificence, quelle variété dans l'éclat, dans la couleur, dans la distribution apparente des feux qui élincellent de toutes paris 4 , et que l'écjat de l'illumination solaire dérobe seul à nos yeux pendant le jour.

Des milliers d'étoiles parsèment les profondeurs du Ciel ; au lieu de milliers, ce sont des millions qui apparaissent aux regards, quand pour amplifier la puissance de la vue simple, l'astronome emploie ses plus grands instruments. Puis, çà et là, des lueurs blanchâtres, semblables à de petits nuages, et qui se ré-

1. Voyez, dans les soirées qui terminent les jours de fôtes publiques, voyez la foule se presser dans les rues et les places de nos grandes villes, avide de jouir du coup d'œil offert par quelques milliers de jaunes becs«de gaz ou de lampions fumeux. Des flots de curieux accourent de vingt lieues à la ronde, attirés par l'illumination de commande qui est destinée à témoigner de l'allégresse générale. Et personne, parmi tous ces badauds, ne songe chaque soir à ouvrir ses fenêtres pour contempler la radieuse illumination du ciel.

Il faut dire, à notre décharge, que, dans nos climats, rare est le nombre des nuits où le ciel est pur, où la température est assez clémente pour permettre la contemplation en plein air. Enfin il faut ajouter que les rues de nos villes, de nos grandes villes surtout, ressemblent plus à des puits ou à des galeries de mines qu'à des observatoires d'astronomie. Aussi, le reproche ne nous atteint guère qu'à moitié : voyez plutôt les peuples pasteurs de Chaldée; vivant dans un pays de plaines, à l'horizon largement découvert, aux nuits sereines et tièdes, ils furent les astronomes par excellence, à l'époque où ce n'était encore ni une science, ni une profession.

solvent, quand on les examine an télescope, en d'innombrables étoiles.

Parmi cette multitude d'astres qui semblent conserver pendant des siècles leurs situations relatives, il en est un petit nombre qui se distinguent des autres par des caractères tout particuliers : leur lumière plus tranquille, qui contraste avec la scintillation des étoiles ; leur déplacement comparativement rapide sur la voûte céleste et la forme circulaire que présentent leurs disques dans les lunettes, leurs mouvements dans des courbes qui ont pour centre le Soleil, c'est-à-dire l'astre aulour duquel notre globe exécute lui-môme sa révolution annuelle ; tels sont les principaux points qui nous permettent de distinguer un premier système, celui-là même dont notre Terre fait partie.

Au delà, bien au delà de l'espace, immense pourtant, où se meuvent tous les corps du système solaire, nous découvrirons des myriades d'autres systèmes, dont le plus considérable, du moins en apparence, forme tout autour du Ciel une zone brillante que nous connaissons tous : c'est la traînée lumineuse du Chemin de saint Jacques, si gracieusement poétisée par la mythologie grecque qui nous a transmis son nom moderne, la Voie de Lait, ou encore la Voie Lactée.

Cette immense couronne, divisée en deux branches

sur environ moitié de sa longueur, n'est autre chose qu'une gerbe éblouissante d'étoiles, qu'une distance énorme rapproche et confond à nos yeux. Chacun de ces grains imperceptibles, chaque élément de cette poussière céleste est un soleil, quelquefois, souvent même, un cortège de plusieurs soleils, dont la plupart sont, sans aucun doute, aussi gros, aussi lumineux que le nôtre t La Yoie Lactée forme comme un immense anneau

d'apparence nébuleuse qu'on aurait disjoint en partie, à peu près comme ces bagues dont le cordon se dédouble pour porter une pierre précieuse.

Eh bien, c'est vers le centre de cet anneau que nous sommes placés) Quand je dis nous, ce n'est point de la Terre seule que je veux parler, mais du système solaire tout entier, du Soleil, de la centaine de planètes qui l'entourent, des vingt satellites enfin dont notre Lune fait partie.

Le Soleil, en un mot, est une des étoiles centrales de la nébuleuse lactée I

Imaginez donc que, nous élançant bien au delà de cette immerise couronne dans les profondeurs de l'espace, nous soyons parvenus à une assez grande distance pour la voir se réduire, selon les lois de l'optique, aux dimensions d'une de ces grandes taches blanchâtres dont le ciel est parsemé. Prenez alors le

télescope et regardez. Voyez-vous cet anneau se résoudre en une infinité de points lumineux? Puis, à peu près au centre, apercevez-voiis cette étoile de moyenne grandeur 1 ? C'est notre Soleil! Ou plutôt c'est notre monde solaire, puisque Soleil, planètes, satellites, tout à cette distance se réduit à un point unique.

Ce résultat, dont l'imprévu étonne toujours qui l'apprend pour la première fois, n'est pas l'œuvre de l'imagination d'un poëte. C'est la suite des mesures les plus précises des astronomes, une conséquence certaine du jaugeage de la voûte céleste. N'est-ce pas tout simplement sublime?

Si maintenant nous examinons la nébuleuse immense au sein de laquelle nous sommes plongés, si le télescope nous montre un à un dans son champ optique chacun de ses soleils, nous verrons avec surprise un grand nombre d'étoiles, simples lorsqu'elles sont examinées à l'œil nu ou soumises à un faible

1. Disons, une fois pour toutes, que les astronomes distinguent toutes les étoiles, tant celles qu'on peut voir à l'œil nu que celles dont l'existence nous est révélée par les instruments, d'après l'intensité de leur lumière. Ils forment de la sorte une série d'environ dix-sept grandeurs décroissantes. Ces différences d'éclat s'expliquent, soit par les divers éloignements des étoiles, soit par leurs grosseurs sans doute fort variées, soit enfin par de réelles différences d'intensité dans leur lumière propre.

grossissement, se dédoubler et se résoudre en deux, en trois et jusqu'en six étoiles. Ces groupes de soleils, presque toujours variés de couleur, et que Ton compte aujourd'hui par milliers, se meuvent les uns autour des autres, ou si Ton veut, autour de leur centre commun de gravité 1 . Les étoiles dispersées dans le Ciel et qui ne semblent pas appartenir à la Voie Lactée, offrent le même curieux phénomène. Ainsi l'Étoile Polaire est un de ces soleils doubles; i'étoile Thêta d'Orion est sextuple.

Or, chose digne de remarque, les mouvements de ces soleils s'exécutent d'après les lois mêmes qui régissent notre monde planétaire : on connaît déjà pour un assez grand nombre la durée de leurs révolutions.

Et, par une conséquence que nous chercherons plus loin à faire comprendre, on a pu déduire de leurs mouvements, leurs masses, leurs poids relatifs *. L'Astronomie en est donc arrivée à ce point, de

1. Le nombre total des étoiles doubles, aujourd'hui recensées, s'élève à plus de six mille pour le ciel entier. Tout récemment encore, la plus brillante étoile des deux hémisphères, Sirius, a été décomposée en deux soleils distincts.

2. Rien n'étonne plus les personnes étrangères aux questions de mécanique céleste que la prétention, d'ailleurs très-bien justifiée, de la science, de donner la masse ou le poids d'un corps céleste. Nous essayerons plus tard, quand nous aurons à parler de l'attraction, de la pesanteur, de faire comprendre tout au moins la possibilité du problème.

peser les soleils qui nous envoient leur lumière à des milliards de lieues de distance, comme elle avait déjà pesé le Soleil, la Terre et les planètes I

Ainsi cette voûte du ciel dont les points brillants, les planètes exceptées, semblent immobiles, et conservent entre eux des positions relatives, en apparences fixes, cette 'voûte , dis-je, est en perpétuel mouvement dans chacun de ses points.

Bien plus, en dehors de ces mouvements de révolution, l'observation a constaté de nombreux mouvements de translation. Un grand nombre de ces mouvements sont réels. La majeure partie des autres s'exécute en ligne droite, de sorte que ces astres défilent avec une majestueuse lenteur devant nous, passagers à bord d'un navire céleste, comme les arbres et les objets de la rive semblent fuir derrière un bateau.

Ainsi le système solaire, pareil à une flotte immense, navigue dans les profondeurs du Ciel, et Ton a pu, de milliers d'observations de ce genre, déduire la direction de ce grand mouvement de translation. C'est vers la constellation d'Hercule que notre Soleil dirige sa course mystérieuse, et — Terre, planètes, satellites et comètes — entraîne tout avec lui!

Quel est lustre, ou mieux peut-être, quel est le groupe vers lequel nous gravitons ainsi? On l'ignore;

le saura-t-on jamais? Le mouvement qui nous entraîne n'en est pas moins certain, et les astronomes ont pu, par la mesure du déplacement des étoiles qui rend sensible ce mouvement même, en calculer approximativement la vitesse.

Où allons-nous?

Je laisse maintenant à votre imagination le plaisir de voyagera travers l'espace sans bornes. Fiez-vous à la locomotive! Elle n'a pas déraillé de mémoire de soleil t

. Mais avant de vous mettre en route, veuillez me permettre quelques observations. Ce sera, si vous voulez bien, la moralité de notre présente causerie. Il est de la nature de l'esprit humain de rapporter tout à l'homme. Et, pour ce qui concerne son domicile, de tout rapportera la Terre. On a dit sans raison : les sens nous trompent. C'est une erreur, les sens nous transmettent, lorsqu'ils sont en état de santé, leurs impressions avec exactitude. C'est notre jugement qui nous trompe, lorsque nous nous abstenons de soumettre nos sensations et les idées qui en dérivent aux lois de la logique, ou, si vous aimez mieux, du bon sens.

C'est ainsi que la Terre, écrasant notre petite per-

sonne de ses colossales dimensions, nous semble d'abord la plus imposante des masses ; tandis que le raisonnement, basé sur les lois de la géométrie et de l'optique, n'en fait plus qu'un grain de sable en comparaison des masses solaires. Nos sens nous trompaient-ils? Non. Mais nous en tirions d'abord, par un jugement erroné, de fausses conséquences. La science, la méthode, réformant nos jugements, viennent corriger notre première erreur.

Par une semblable illusion, les cieux nous semblent immobiles, exécutant à nos yeux, et tout d'une pièce, leur mouvement quotidien. Aussi la poésie religieuse nous représente-t-elle la voûte du firmament comme l'image du calme, du repos absolu. Rien n'est plus contraire à la vérité. La Terre n'est pas plus immobile que la multitude des grands corps qui peuplent le Ciel, et les étoiles prétendues fixes sont perpétuellement entraînées dans leurs évolutions immenses.

Tout se meut dans la nature; à la surface du globe tous les phénomènes sont des phénomènes de mouvement; mouvements variés qui se transforment les uns dans les autres, mouvements vibratoires, de rotation, de translation. Pas une molécule qui sôit en repos. Pas un atome qui n'oscille tout au moins dans une certaine sphère.

CAUSERIES ASTRONOMIQUES. ïl

Pareillement, aucun corps céleste qui ne se meuve, autour de son axe d'abord, puis autour de son foyer d'attraction, pour être en môme temps emporté avec son système dans quelque immense orbite.

Si les observations nous conduisent à la découdverte du mouvement du système solaire dans la direction de la constellation d'Hercule, si les lois de la mécanique céleste nous obligent à en imaginer le foyer soit dans un astre énorme, soit, comme il est plus probable, dans un groupe d'étoiles, les mêmes lois nous conduisent» par une analogie irrésistible, à faire mouvoir ce centre lui-môme, puis enfin la nébuleuse lactée et toutes les autres nébuleuses, sans que nous sortions pour cela des bornes de l'univers visible.

Spectacle grandiose ! conception sublime , que l'homme a pu former seul , avec le secours de ses faibles sens, de son industrie, de sa raison 1 résultat d'autant plus admirable que les préjugés, les croyances surannées, les traditions de l'enfance de l'humanité se sont perpétuées jusqu'à nous avec un caractère sacré de révélation surnaturelle !

Ainsi, le mouvement est la loi môme de l'être. Ne nous étonnons donc point des agitations de la vie publique et privée! Efforçons -nous seulement de combiner nos efforts, de leur donner une tendance

légitime vers un but défini, et corrigeons dans la pratique les erreurs de notre imagination par les règles rigoureuses d'une logique sévère.

La science, môme en dehors de son utilité positive, est donc douée, pour qui veut réfléchir, d'une autre sorte d'utilité que je nommerais philosophique, si je ne craignais de me servir d'un mot trop «ambitieux. Elle est une école méthodique où Ton peut aiguiser ses armes au profit du progrès de l'humanité, en même temps que se distraire des agitations sociales.

Puis, elle élargit le cercle de nos idées, assigne à la pensée son véritable domaine, dissipe les fantômes de la superstition , sans rien faire perdre au sentiment du beau, du prestige de l'imagination et de la poésie.

TROISIÈME CAUSERIE

Soleils et Nébuleuses. — Les étoiles sont des soleils; leurs couleurs et leur éclat. — Les systèmes d'étoiles, doubles ou multiples. — Étoiles périodiques et temporaires; changements de couleur. — Les Nébuleuses. — Les mondes qui naissent et les mondes qui meurent. — Idée de la création continue. — Ce qu'il faut penser de l'incorruptibilité des cieui.

Lorsque Fontenelle, dans son charmant ouvrage de la Pluralité des mondes, émettait l'hypothèse, hardie pour son siècle, de la possibilité que les planètes fussent habitées, il n'osait sortir encore de notre monde solaire, et cela se conçoit. Bien étrange cependant dût paraître cette idée, qui renversait toutes les idées reçues t La tradition n'apprenait-elle point à nos pères que la Terre est Tunique habitation des êtres vivants dans l'Univers ; que tout a été fait pour elle, et que les étoiles etja Lune existent uniquement pour réjouir la vue de l'homme et orner le

spectacle des nuits ; que le Soleil, Tunique soleil, qui fut assez bon pour arrêter un beau jour sa course quotidienne, avait été créé et mis au monde pour mûrir les moissons de l'homme? Quel bouleversement dans le domaine de la foi traditionnelle que d'admettre l'existence, dans Vénus, dans Jupiter et tutti quanti, d'humanités aussi raisonnables ou aussi folles que la nôtre ! Fontenelle, je vous le laisse à. penser, n'ébranlait-il point ainsi les bases de l'autorité et les fondements de l'ordre social? Qu'allaient devenir vos mœurs si pures, charmantes marquises, si vous quittiez les élégants boudoirs du siècle élégant de Louis XV, et vos séduisants manèges, et voire coquetterie gracieuse, pour fatiguer vos beaux yeux à lire de si philosophiques impiétés?

Eh bien, n'en déplaise à M. Capefîgue, le champion et le réhabilitateur de madame de Pompadour, Fontenelle a été lu, goûté, applaudi, sans dommage pour les mœurs , bien au contraire : aujourd'hui il n'effraye plus personne, et si son livre, à la fois sérieux et léger, ne se lit plus guère, c'est parce que la science nous a conduits bien plus loin encore. Mes lecteurs en vont juger comme moi.

Le Soleil î Quand on prononce ce nom sonore, il semble qu'il s'agisse d'un être unique, qui est comme la personnification de la lumière, de la chaleur, de

la fécondité. Le sentiment qu'on éprouve alors nous fait, jusqu'à un certain point, comprendre le culte voué à l'astre radieux par tous ou presque tous les peuples des âges primitifs. Or, cette idolâtrie, à tout prendre, grandiose, était fondée sur l'ignorance de la constitution de l'Univers. Le Soleil n'est point unique de son espèce; le mot qui le désigne n'est plus un nom propre, mais un simple nom commun, pour celui qui, s'élançant au delà de notre monde planétaire, a pu faire connaissance avec les régions lointaines du ciel visible. Des milliards d'êtres identiques peuplent l'étendue de l'espace. A parL les planètes, qui se distinguent, on Ta vu, par l'absence de scintillation et par un mouvement propre autour d'un corps central, tous les points brillants dont le Ciel est parsemé sont autant de soleils.

Ce qui caractérise notre Soleil, ce qui le distingue des corps semblables à la Terre, comme les Planètes v ou notre Lune, c'est qu'il brille de sa lumière propre, tandis que Jupiter, par exemple, nous renvoie par réflexion la lumière môme du Soleil. Or* tel est précisément le caractère spécial de la lumière stel laine; les étoiles nous éclairent de leur propre lumière, qu'elles n'empruntent donc point au foyer de notre système, comme les planètes, et comme la Terre ellemême.

Voici une preuve bien simple de ce fait :

On sait aujourd'hui, — dans une prochaine causerie je m'étendrai sur ce point, — on sait, dis-je, que les étoiles les plus voisines sont à une distance de nous au moins égale à deux cent mille fois la distance du Soleil à la Terre. La plupart sont à des distances incomparablement plus grandes. 0r 9 que deviendrait, pour un pareil éloignement, la lumière du Soleil, réfléchie par un corps obscur semblable à l'une de nos planètes? C'est là une question que les lois de l'optique nous permettent de résoudre avec facilité.

En effet, le calcul prouve que notre Soleil, reculé à une pareille distance, présenterait, au maximum,, l'éclat d'une étoile de deuxième grandeur : il n'éclairerait donc les étoiles les plus voisines supposées des corps obscurs, que comme une des étoiles de la Grande Ourse, par exemple, pourrait à elle seule éclairer la Terre. Comment une si faible lumière, après avoir parcouru une seconde fois la même distance, pourrait-elle produire à nos yeux l'éclat des étoiles même les plus faibles, à plus forte raison, la lumière éblouissante de Sirius, de Wéga, d'Alpha du Centaure^ •

Ainsi, je le répète, les étoiles sont des soleils. La portion de l'Univers accessible à notre vue nous pré-

sente des milliers, des millions d'astres semblables : les uns, isolés comme le nôtre; les autres, groupés par deux, par trois, par quatre; ailleurs enfin formant des groupes nombreux, des cortèges de soleils exécutant, d'après des lois invariables, leurs mouvements réciproques. Sans doute, la plupart ont pour fonction de donner la lumière, la chaleur et la vie, à d'autres corps obscurs qui gravitent autour d'eux, mais que leur petitesse, l'éclat relativement faible de leur lumière réfléchie, leur distance enfin, ne nous laissent pas espérer d'apercevoir jamais.

Mais dans cette multitude de soleils, quelle variété prodigieuse )

Variété au point de vue de l'éclat, de la grandeur d'abord, comme on dit en style d'astronome; ce qui, par parenthèse, n'enlratne aucune rigoureuse conséquence, soit sur la grosseur réelle des soleils,, soit sur leurs distances comparatives à notre Terre.

Variété sous le rapport de la couleur. Étoiles blanches, bleu clair, bleu sombre, grenat, orangé, rouges, verdâlres : toutes les couleurs et toutes les nuances s'y trouvent, soit isolées, soit en combinaison par groupes de soleils. Et ces couleurs ne sont pas des illusions, des effets d'optique; des expériences simples et concluantes ont établi d'une manière irré-

futable, que ce sont bien là les réelles couleurs de leurs rayons lumineux.

Parmi la multitude d'étoiles visibles, c'est la couleur blanche et la couleur bleue qui dominent.

Enfin il est rare qu'un soleil double ait ses deux étoiles composantes d'une même couleur. On y rencontre fréquemment associées les teintes suivantes : blanc et bleu, jaune et bleu, rouge et bleu sombre, blanc et pourpre, rouge et vert, enfin rouge foncé st bleu. Gamma du Lion est une étoile double, dont l'un des soleils est jaune d'or, tandis que son compagnon est vert rougeâtre. Les deux étoiles composantes de Bêta du Cygne sont, Tune jaune, l'autre bleu de saphir.

Je laisse au lecteur le soin d'imaginer les curieux effets de lumière que peut produire pour l'habitant d'une des planètes de Gamma d'Andromède la présence isolée ou simultanée des trois soteils de son système, dont l'un présente la couleur de l'orangé le plus beau, dont les deux autres sont d'un vert d'émeraude magnifique. Des jours blancs, bleus, rouges ou verts, se succèdent dans ces mondes qu'éclairent deux ou trois soleils, tantôt séparément, tantôt deux à deux, tantôt tous à la fois. Il en résulte que leurs lumières, ou bien apparaissent isolées, ou bien y combinent leurs nuances.

Cela ne rappellent- il pas encore la belle strophe du poëte :

L'astre-roi se couchait : calme, à l'abri du vent, La mer réfléchissait ce globe d'or vivant,

Ce monde, âme et flambeau du nôtre; Et dans le ciel rougeàtre et dans les flots vermeils, Comme deux roiB amis, on voyait deux soleils

Venir au-devant l'un de l'autre»

Seulement la belle image qui termine ces vers n'est plus une apparence dans l'un des mondes dont nous parlons : c'est un fait réel que doit rendre plus eurieux encore la diversité de nuances dans la lumière de leurs soleils.

Nous avons constaté dans notre précédente causerie que l'immobilité des soleils n'est qu'apparente, qu'ils se meuvent tous, au contraire, en plusieurs sens avec d'effroyables vitesses, et que le ciel, dont l'image nous semble celle du repos, est le théâtre des évolutions les plus rapides dont nous ayons jamais eu l'idée. Je ne mentionnerai qu'en passant, parmi ces mouvements, ceux qui entraînent les uns autour des autres les soleils des systèmes doubles ou multiples, et dont la durée donne jusqu'à d'immenses périodes de cinq à six siècles. Mais je m'arrêterai sur un phénomène peu connu en dehors de ta science. Je veux

parler de la variabilité des étoiles, soit dans leur éclat, soit dans leur couleur.

Et d'abord des étoiles nouvelles ont apparu ; puis successivement, diminuant de grandeur, elles ont fini par disparaître. Telle est l'étoile de 1572, observée par Tycho-Brahé. t Apparue subitement dans le ciel, avec un éclat qui surpassait celui de Sirius, de la Lyre, de Jupiter, — c'est Tycho lui-môme qui parle, — on ne pouvait la comparer qu'à Vénus, à sa plus grande proximité de la Terre. Après avoir diminué progressivement pendant près de deux années, elle passa d'une lumière blanche à la couleur rouge, puis au jaune, et reprenant sa primitive couleur, elle disparut. »

Pendant les dix-sept mois de cette apparition si étrange, elle conserva la même position dans le ciel.

D'autres, comme Hêta d'Argo, éprouvent des variations d'intensité extrêmement rapides et irrégulières. Parmi les étoiles doubles, on a constaté le phénomène encore inexpliqué du changement de couleur : des étoiles autrefois blanches, jaunes d'or ou rouges, sont vertes aujourd'hui.

Enfin les étoiles dites périodiques, parce qu'elles éprouvent, dans des périodes régulières et déterminées, soit des changements d'éclat, soit des disparitions, sont inscrites en assez grand nombre sur les catalogues des astronomes.

Les unes, comme l'étoile Omicron de la constellation de la Baleine, ont une période de plus de trois cents jours ; les autres, comme Algol de la Tète de Méduse, passent par toutes leurs phases de variabilité dans une période qui ne dépasse guère deux fois vingt-quatre heures ! .

Maintenant, comment expliquer ces étonnantes variations? Est-ce par des rotations qui nous font voir tour à tour des faces plus ou moins brillantes de ces corps? Est-ce par des révolutions de corps opaques qui viennent périodiquement éclipser par degré chacun de ces soleils? Faut-il, comme Maupertuis, admettre que ces phénomènes s'expliquent par la forme aplatie des étoiles qui se présentent à nous, tantôt par leurs faces les plus larges, tantôt par la tranche? Est-ce enfin, comme on Ta supposé, par des interpositions de nuages cosmiques, d'épaisseur plus

4. Près de trente étoiles variables ont une périodicité reconnue, mesurée. Pour beaucoup d'autres, la période est incertaine. Enfin, pour citer en terminant un phénomène remarquable, auquel j'ai fait allusion plus haut, disons qu'une des étoiles du Navire, Hêta d'Argo, subit depuis 1677 d'étranges métamorphoses. De la quatrième grandeur, elle a mis quatre-vingts ans à passer à la seconde, pour revenir en 1811 à son premier éclat; seize ans après, elle égalait une des plus brillantes étoiles du ciel austral, Alpha de la Croix, puis revenait l'année suivante à la seconde grandeur, pour atteindre enfin, d'abord en 1838, puis en 1849 et. jusqu'en 1850, son maximum d'éclat égalant Sirius.

ou moins variable? Peut-être ces diverses causes agissent-elles ça et là, suivant les astres que l'on considère.

Ce sont d'intéressantes questions que la science ne tranche point encore, parce que, différente en cela de bien des doctrines, elle attend, pour affirmer une loi, que l'observation, l'expérience, la logique la plus rigoureuse enfin aient prononcé.

Mais quelle que soit la cause de ces phénomènes, quel essor ne donnent-ils pas à l'imagination? Comme la pensée humaine, en scrutant ces immenses problèmes dont le secret est à des milliards de lieues de nous, sent s'élargir le champ de ses méditations 1 Et comme, en rapetissant nos individualités sous le rapport des dimensions matérielles, de tels résultats justifient le noble orgueil d'avoir déjà reconnu, calculé, approfondi tant de mystères avec le secours de notre raison] Ne l'oublions jamais, c'est la raison échauffée par le cœur, élevée par la contemplation des grandes choses de la nature, qui seule peut, dans les revers et les désillusions de l'histoire de chaque jour, relever nos esprits, stimuler nos courages et' nous maintenir, hardis et confiants, à notre tâche, dans le grand atelier de l'émancipation universelle.

Mais revenons à nos soleils. Q'est parmi les étoiles doubles, multiples, que les couleurs verte et bleue se

rencontrent le plps fréquemment. On s'est demandé si les étoiles bleues ne sont pas des soleils en voie de décroissance, des soleils qui peu à peu s'éteignent; ou si la combustion des enveloppes gazeuses qui les entourent ne s'y opère pas à divers degrés d'intensité; On sait qu'un gaz en ignition dont la condensation s'affaiblit passe à la couleur bleue.

Pour bien comprendre tout l'intérêt que de pareils phénomènes doivent inspirer aux habitants de notre planète, il faut avoir présente à l'esprit cette vérité que j'inscrivais au début de cette causerie : Les étoiles sont des soleils qui ont avec le nôtre une analogie évidente. On peut donc admettre que notre propre Soleil a pu présenter, et pourra dans l'avenir subir encore, dans sa lumière, dans sa chaleur, des variations d'intensité pareilles. « Quoi de plus curieux, dit Ârago, que de savoir si les millions de soleils dont l'espace est parsemé, et dès lors si notre Soleil, sont arrivés à un état permanent; si les hommes doivent compter sur une durée indéfinie de la chaleur bienfaisante qui entretient la vie à la surface de la Terre ; s'ils ont à craindre des changements d'intensité lumineuse OU calorifique, rapides, brusques, mortels. » D'autre paîrt, Humboldt, s'attachant à la même pensée, s'exprime ainsi dans son Cosmos : * Si nôtre Soleil à éprouvé des variations semblables

(celles de Hêta d'Argo), ou seulement une faible partie des changements d'intensité dont nous venons de donner le tableau (et pourquoi serait-il différent des autres soleils?), de pareilles alternatives d'affaiblissement et de recrudescence dans rémission de la lumière et de la chaleur peuvent avoir eu les conséquences les plus gravis, les plus formidables mêmes pour notre planète; elles suffiraient amplement à expliquer les anciennes révolutions du globe et les plus grands phénomènes géologiques. »

Si maintenant, du monde des étoiles isolées ou multiples, vous voulez passer avec moi à celui des nébuleuses, vous rencontrerez des transformations non moins extraordinaires, des phénomènes plus étranges encore; vous assisterez pour ainsi dire à la création.

Lé nom de nébuleuses s'applique également à des amas considérables d'étoiles, condensées par la distance, et à des taches blanchâtres diffuses qui ne paraissent pas, malgré les plus forts grossissements, devoir se résoudre en étoiles distinctes.

La Voie Lactée, dont nous avons parlé dans notre dernière causerie, est une nébuleuse stellaire ; mais ce n'est pas la seule, et pour ne parler que de l'hémisphère boréal, principalement visible pour nous autres habitants d'Europe, on évalue à plus de onze

cents le nombre des nébuleuses que l'observation y a constatées, et qui sont perceptibles soit à l'œil nu, soit à l'aide des télescopes '.

Elles affectent les formes les plus diverses ; les unes allongées et presque rectilignes, les autres en forme de spirales, en forme d'anneau ou d'éventail.

La forme circulaire, qui en réalité est sphérique ou globulaire, est la plus générale.

C'est une nébuleuse de ce dernier genre qui a fourni à l'observation, dans un espace qui n'est pas égal au dixième du disque lunaire, le nombre prodigieux de vingt mille étoiles.

Parmi les nébuleuses diffuses, et qui paraissent vraisemblablement des amas de matière cosmique à t divers états de condensation, les formes les plus bizarres, les plus tourmentées se présentent à l'œil de l'observateur.

Tout semble démontrer que la loi de l'attraction universelle, qui régit tous les astres connus, planètes, comètes et soleils, détermine aussi les mouvements de ces masses immenses. De là des condensations successives, des formations de centres où affluent la lumière et la matière, en un mot, la création de véritables mondes.

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