Humboldt, Cosmos
l'immensité de l'étendue, les cinq on six mille ans dont l'histoire de l'homme a confusément gardé le, souvenir s'évanouissent pour ainsi dire comme une minute dans l'infinité de la durée !
D'ailleurs, pour ceux qui aiment à sonder cette question de l'origine des temps avec des idées préconçues et d'un point de vue antiscientifique, la thèse d'un premier commencement général peut sembler inattaquable. La science, elle, ne met point la question sur ce terrain. Il lui suffit, pour démontrer la futilité des hypothèses théologiques, de les mettre en présence de Timmensurabilité des espaces et des temps, au sein desquels existent, se développent et se meuvent d'innombrables mondes.
De même que l'impossibilité, à la fois logique et expérimentale, de supposer des bornes à l'espace, nous conduit à l'idée de l'infinité de l'étendue, de même aussi les immenses durées dont le Ciel visible nous offre le témoignage amènent notre raison à l'idée de l'éternité du monde. Qu'importe après cela l'innocente satisfaction des amateurs d'absolu qui se plaisent à imaginer le néant, sauf à en faire surgir l'Univers par un coup de baguette mystérieux?
CINQUIÈME CAUSERIE
Distribution dans l'espace des systèmes stellaires. — Les nébubuleuses sont des voies lactées parsemées dans les profondeurs dn Ciel. — Structure générale de l'Univers ; voyage à travers les mondes. — L'Univers est-il infini? a-t-il un centre? — Ce qu'on sait de la constitution physique des espaces interplanétaires.
Combien, dans cette rapide esquisse du Monde, de détails curieux, de phénomènes intéressants .ne suis-je pas forcé de passer sous silence!
Les étoiles de grandeur variable, dont le champ du Ciel est parsemé en dehors de la Voie Lactée, fontelles, ou non, partie de cette grande couronne dont, notre monde solaire est une des molécules constituantes? Il est probable que nos rayons visuels, par* tant du centre de l'anneau que nous occupons , pour en raser les bords, franchissent des espaces de moins en moins fournis d'étoiles; c'est, du moins, ce qu'on peut conclure des jauges célestes, exécutées de part et d'autre de la Voie Lactée, jauges qui prouvent que
la richesse en étoiles des diverses régions du Ciel est d'autant plus grande qu'on s'approche plus des bords de l'anneau galactique. Ainsi, un grand nombre d'étoiles disséminées dans le Ciel, bien que situées en apparence en dehors de notre nébuleuse, en font néanmoins partie.
Un autre fait remarquable, c'est que les espaces du Ciel les moins riches en étoiles sont, par compensation, garnis des plus remarquables nébuleuses. Serait-ce, comme Herschel l'admet et Arago après lui, que les nébuleuses voisines de ces sortes de trous du Ciel se sont formées peu à peu en attirant les étoiles qui s'y trouvaient primitivement dispersées?
Parmi les étoiles semées dans le firmament, et qui forment les configurations variées nommées Constellations, y en a-t-il qui soient liées entre elles par des relations spéciales de mouvement? En un mot, forment-elles des groupes naturels, ou bien, ne devonsnous voir dans leur réunion que des coïncidences fortuites, résultat de la simple perspective? Le groupe des Pléiades, si fameux dans l'histoire maritime de l'antiquité, celui du Cancer, le groupe des Hyades dans la constellation du Taureau, paraissent devoir être rangés au nombre des agglomérations dont les éléments sont reliés par de véritables lois. Arago, dans le premier volume de son Astronomie populaire, sans
s'expliquer catégoriquement sur la nature particulière des groupes que nous venons de citer, semble toutefois les ranger au nombre des nébuleuses résolubies. Seulement, se trouvant beaucoup plus rapprochées de nous que les autres, elles sont beaucoup moins confuses, et les bonnes vues distinguent leurs principales étoiles. Avec la moindre lunette, la vision devient distincte et les étoiles des deux premiers groupes se détachent les unes des autres.
Alcione, la plus belle des Pléiades, est une étoilq de troisième grandeur; cinq ou six des plus brillantes appartiennent aux quatrième, cinquième et sixième grandeurs; toutes les autres, au nombre de 88 environ, sont invisibles à l'œil nu.
Les étoiles du groupe des Hyades sont rendues invisibles par le voisinage d'Aldébaran, la plus brillante étoile de la Constellation du Taureau.
Enfin le groupe du Cancer, qui a reçu le nom de Prœsepe où la Crèche, offre une lumière si diffuse que les lunettes sont indispensables à la séparation de ses étoiles composantes. Le grossissement, il est vrai, n'a pas besoin d'être très-fort *.
1. Disons quelques mots du nombre d'étoiles visibles à l'œil nu. On s'exagère généralement ce nombre, que plusieurs astronomes ont pris la peine de recueillir approximativement. Aussi sera-t-on peut-être étonné de savoir que, suivant les vues, il varie entre
Les progrès de l'astronomie sidérale ont multiplié le nombre de.ces systèmes de soleils dont il reste à étudier le mouvement, les transformations et les lois.
Sur les 3,600 nébuleuses aujourd'hui cataloguées, 400 sont aujourd'hui résolues, c'est-à-dire* décomposées en amas stellaires, qu'il est impossible de ne pas regarder comme autant de systèmes distincts.
4,000 et 6,000 seulement, et cela pour les deux hémisphères. Mais dès qu'on augmente la puissance visuelle par le secours des lunettes et télescopes, le nombre des étoiles visibles s'accroît d'une façon prodigieuse. Les plus forts télescopes permettraient d'apercevoir le nombre énorme d'environ 20,000,000 d'étoiles.
On les a rangées, suivant leur éclat, en divers ordres de grandeur. Le nombre des étoiles de la première qu'on porte à 20 environ pour les deux hémisphères, est très-restreint comme on voit. Sirius, la plus brillante de tout le Ciel, Wéga de la Lyre, Ataïr de l'Aigle, Àntarès du Scorpion, Aldébaran, Canopus, Alpha de la Croix, Alpha du Centaure, sont parmi les plus remarquables.
On a formé, pour aider la mémoire, des groupes ou constellations, dont plusieurs ont reçu leurs noms des anciens. Mais il faut bien se garder de voir dans ces groupes des familles naturelles, liées autrement que parle hasard des perspectives. C'est pour cette raison que, voulant donner une idée réelle de l'Univers, j'ai omis à dessein de parler de ces divisions arbitraires. Il peut être utile, pour qui veut approfondir l'Astronomie ou se livrer à la pratique de cette science, de se familiariser avec la connaissance des constellations; mais, en définitive, c'est une entrée en matière qui ne m'a point paru indispensable. Combien l'étude de la structure réelle de l'Univers, des mondes qui le peuplent, de leurs groupes, de leurs mouvements, n'est-elle pas plus variée et plus instructive, plus attachante à la fois et plus profonde !
A quelles causes faut-il attribuer ces agglomérations de mondes, qui contrastent d'une façon si étrange avec certaines parties du Ciel, pour ainsi dire rides d'étoiles, avec ces trouées qui laissent la vue pénétrer dans les abîmes célestes à des profondeurs pour ainsi dire infinies? Le champ est vaste pour les conjectures.
Ce sont là des problèmes sur lesquels la science parviendra peut-être un jour à jeter quelque lumière, mais qu'il serait oiseux de soulever, tant que les données de l'observation seront manifestement insuffisantes.
Mais si le domaine des causes nous échappo , et si nous le laissons volontiers aux vaines spéculations métaphysiques ou religieuses, du moins pouvonsnous terminer cette exploration de l'Univers visible par une vue d'ensemble de sa structure. •
Lorsque, dans un pays de montagnes, entrecoupé de gorges et de vallées et couvert de forêts , un touriste désire avoir de la configuration de la contrée une idée un peu générale , quels moyens s'offrent à lui ? Une bonne carte topographique pourra lui fournir les notions les plus exactes, lui donner au besoin la forme, les dimensions en hauteur et en superficie de tous les accidents du terrain. Mais quelle sécheresse, quelle absence de poésie, de pittoresque, de
vie enfin sur ce papier d'ailleurs si utile I Aussi préférera-t-il sans cloute gravir le pic le piijs élevé et jouir du panorama qu'on peut découvrir de son sonimpt, au risque d'être encore trompé par la perspective géométrique et aérienne.
Enfin un troisième moyen, préférable aux deux précédents, mais qui n'est point à la disposition de tout le monde , c'est une excursion aérienne, une course en ballon au-dessus des points les plus élevés du pays. Du haut de sa nacelle, le voyageur saisira sans erreur et sans fatigue les détails et l'ensemble, sans que le coup d'œil ait rien à perdre de son charme.
Des procédés analogues sont-ils à notre disposition pour nous fournir le panorama du Monde? Oui, mais combien insuffisants I Vous allez en juger.
D'abord les cartes célestes, les mappemondes, les globes sont choses excellentes pour qui veut connaître la position apparente d'une étoile, rendre- sa mémoire familière avec les groupes artificiels, avec leurs dénominations, avec ieurs figures. Mais de la disposition réelle des mondes, de leurs mouvements, il est impossible d'en rien déduire. Se formera-t-on ainsi une idée vraie, une image vivante, pour ainsi dire, du grand Tout? Non.
La Terre elle-même, cet observatoire immense, si
bien disposée par sa forme pour l'exploration du Ciel dans toutes ses parties, suffira-t-elle à notre but? Pas davantage. Dussions-nous la parcourir d'un hémisphère à l'autre, passer les nuits à voir défiler devant nous les brillantes constellations boréales et australes, depuis la grande Ourse et la magnifique Orion, jusqu'à la Croix du Sud et aux Nuées de Magellan, la Terre, dis-je, ne saurait satisfaire à notre curiosité. Passer, sur notre globe, de l'extrémité d'un diamètre à raulre,parcourir ainsi plus de 5,000 lieues, ne change en rien les apparences du Ciel étoile : la distance où nous sommes de ces myriades de mondes est comme infinie vis-à-vis de cette base qui nous semble déjà si grande. Mais, dira-t-on sans doute, puisque cet observatoire mobile décrit chaque année autour de l'étoile centrale, autour du Soleil, une orbite de 220 millions de lieues, n'est-ce pas comme si nous avions à notre service, sans frais et sans péril, le plus gigantesque des aérostats? Et ne pouvons-nous pas nous contenter de la vitesse raisonnable qui nous fait franchir 26,820 lieues environ par heure? Hélas! qu'est-ce que cela en comparaison des dimensions du Ciel? Imaginez, je vous prie, dans un horizon de 200 kilomètres de diamètre, un ciron décrivant un cercle d'un mètre au maximum, et prétendant que ce beau voyage lui suffit pour explorer et
connaître la plaine qui l'entoure, que dis-je ? tout le pays silué au delà de cette plaine! Telle est notre Terre accomplissant sa période annuelle; tels nous sommes, voguant avec elle autour du Soleil, sans nous rapprocher de tout le reste de l'Univers d'une manière sensible. La vitesse même de la lumière, cette vitesse foudroyante dont l'imagination embrasse à peine la grandeur, ne nous suffirait pas, dans notre vie si courte, à parcourir la partie visible de l'Univers, et, chargés d'années, nous resterions en route, sans terminer notre pèlerinage.
Laissez-moi donc alors vous transporter en pensée par delà les limites de notre monde solaire. La pensée seule peut nous permettre ce voyage gigantesque, ce véritable tour du monde.
À mesure que nous nous enfonçons dans ces profondeurs , notre globe, si vaste pour nous, et dont le mouvement au moment où nous venions de le quitter nous paraissait si grandiose, notre globe, dis-je, s'immobilise de plus en plus, diminue, diminue, et disparaît. Le Soleil lui-môme, passant successivement par tous les degrés de décroissance lumineuse, arrive à n'être plus qu'une étoile de première, de seconde... de dixième grandeur, puis à disparaître à son tour t dans la poussière blanchâtre de la Voie Lactée.
Mais avant d'arriver à ce point de notre route,
nous avons rencoAtré nombre de soleils et de groupes de soleils, que nous avons vus tournoyer sur eux-mêmes, tout frémissants de lumière et de chaleur, entraînant avec eux leurs cortèges de planètes.
Enfin nous Voilà parvenus à de telles distances que l'espace ne nous parait plus parsemé çà et là que de taches blanchâtres aux formes les plus diverses : tous les soleils épars se sont groupés en innombrables nébuleuses. Autant de systèmes animés de mouvements généraux et sans doute gravitant les uns vers les autres, comme le font eux-mêmes leurs éléments. Cette dernière hypothèse est inévitable? Les masses, les forces individuelles, les mouvements particuliers *, peuvent-ils ne pas fournir, suivant les invincibles lois de la mécanique générale, leurs forces, leurs mouvements résultants ? C'est par de pareilles déductions que, l'observation faisant défaut, l'esprit est légitimement autorisé à généraliser les lois éternelles de la matière dont il étudie en petit les diverses évolutions.
1. Nous avons tu dans une précédente causerie que les étoiles multiples, en gravitant les unes autour des autres, décrivent des orbites régies par les lois mêmes qui président aux mouvements de notre propre système.
L'hypothèse émise plus haut est donc légitimement basée sur des faits observés.
Ainsi, en récapitulant, nous voyons l'Univers visible, formé d'une magnifique série d'êtres toujours mouvants, harmonieusement groupés, exécutant en cadence leur musique éternelle. Depuis le simple satellite tournant autour de sa planète , jusqu'à la nébuleuse étincelante, et — qui sait?*— jusqu'aux groupes même de nébuleuses.
Et partout, partout la vie. La vie à tous les degrés, variée sans doute à l'infini dans ses manifestations finies, vie végétale, vie animale, vie humaine, autrement dit, intelligente et morale.
Si ces causeries avaient pour objet de poser et de résoudre arbitrairement, en dehors des données de la science, des questions insolubles, ce serait le lieu et le moment de nous demander ;
Si l'Univers est infini ?
Si l'Univers a un centre? •
Mais, disons-le une fois pour toutes : il faut laisser cette dispute aux théologiens de vieille et nouvelle roche. Ne doit-il pas nous suffire de savoir que plus grandit la puissance des moyens d'investigation dont se servent les astronomes, plus les bornes du monde reculent à nos yeux, plus la pensée s'abîme dans la contemplation de l'espace. Ainsi l'observation se trouve d'accord avec le bon sens, qui répugne à concevoir, au delà des régions toujours peuplées
que l'œil contemple, un vide sans limites, image des ténèbres et du néant.
Rien non plus ne nous autorise à imaginer un centre dans l'infinie variété des systèmes qui s'engrènent les uns dans les autres, rien, ni l'observation, ni les principes de la mécanique céleste, ni les besoins d'aucune théorie rationnelle.
Terminons cette causerie par quelques mots sur une question qui a divisé longtemps les philosophes et les savants, les physiciens et les astronomes, et dont la solution est aujourd'hui accessible à la science. Cette question, la voici : Les espaces célestes où circulent perpétuellement toutes ces sphères, sont -ils vides ou pleins de matière ?
Les hypothèses les plus contradictoires n'ont pas manqué, dès le premier moment où la question a été posée. Tandis que les uns soutenaient le vide absolu, comme nécessaire à la conservation des mouvements et au passage si rapide de la lumière, les autres, et Descartes était du nombre, croyaient qu'aucune portion si petite qu'elle soit de l'espace infini n'est dépourvue de matière ! .
4. Selon Newton, au contraire, la matière répandue dans les espaces intersidéraux est si rare, qu'un pouce cube d'air respirable suffirait, en se dilatant, pour remplir une sphère détendant jusqu'à l'orbite de Saturne. La densité de cet air ainsi raréfié égalerait encore celle des régions où se meuvent les corps de notre système.
72 LES tf ONDES.
Vide absolu, plein absolu, ce sont là des notion abstraites que, fidèles à notre méthode, nous laisserons à la métaphysique. Se rend-on seulement un compte bien exact de ce qu'est la matière, que nous connaissons comme nous connaissons toutes choses, par ses manifestations phénoménales ?
Heureusement le problème peut être abordé d'une autre façon. Il est aujourd'hui démontré que la lumière n'est point une substance matérielle, comme le supposait Newton, incessamment émise et lancée dans l'espace par les sources lumineuses ; c'est le produit de vibrations transversales extrêmement rapides qui se propagent de proche en proche par l'intermédiaire d'un milieu fluide, et dès lors évidemment matériel. Le corps lumineux, c'est-à-dire vibrant par lui-même, est la source des mouvements ou des ondulations lumineuses, comme la cloche ébranlée ou le corps sonore est la source des ondes qui nous donnent la sensation du son. Les vibrations se communiquent autour de lui et rayonnent à l'infini dans l'espace. Arrivant à notre œil, elles ébranlent notre rétine, et produisent ainsi la sensation de la lumière. La lumière est donc un phénomène de mouvement comme le son, bien que les véhicules de ces mouvements ne soient pas les mêmes et que leurs modes de propagation soient bien différents. L'air, on le
sait, est le véhicule du son. Pour la lumière, quel est-il? On ne sait; ou, du moins, on ne Ta point palpée senti, analysé. Mais il existe de toute nécessité, et c'est pour cela que les physiciens et les astronomes lui donnent le nom d'éther, sans attacher h ce mot d'autre idée, que celle d'une substance jouissant des propriétés révélées par l'analyse physique et mathématique des phénomènes lumineux. L'éther remplit les espaces planétaires, stellaires, dans toutes leurs parties. Il pénétre tous les corps; enfin on ne sait rien de sa densité, sinon qu'elle est sans nul doute extrêmement faible ! .
Arrivera-t-on à en connaître les propriétés? Celle de propager la lumière est la seule connue : en trouvera-t-on d'autre ? Répondre à ces questions, ce serait par trop anticiper sur la science, et faire des hypothèses qu'aucun phénomène n'appelle encore : ce serait raisonner dans le vide.
Ce qu'on peut dire, sur la foi des observations
1. « Cherchons quelle devrait être la densité de ce gaz (l'éther) pour que deux rayons, l'un rouge et l'autre bleu, partis en même temps d'une étoile changeante, arrivassent à la Terre à peu près simultanément, malgré la prodigieuse épaisseur de la matière traversée, malgré la durée du trajet, qui ne saurait être au-dessous de trois ans; la solution de ce simple problème de physique étonnera l'imagination par sa petitesse. »
(Arago, Astronomie populaire, I.)
les plus rigoureuses et des calculs les plus irréfutables, c'est que l'éther ne gêne point sensiblement dans leur marche les mondes de notre système* Nous avons donc devant nous des millions d'années d'existence, à moins de catastrophes tenant à d'autres causes que la résistance du milieu où se meuvent les astres, et qu'on ne saurait prévoir.
D'ailleurs, qu'importe! Naître, vivre et mourir sont les termes inéluctables de l'existence de tout être, et le tombeau d'un monde n'est que le berceau d'un antre.
SIXIÈME CAUSERIE
Le système solaire considéré dans son ensemble. — Le Soleil ou corps central ; planètes et satellites ; comètes. — Anneau zodiacal; les aérolithes; les planètes téle&copiqu.es. — Loi empirique des distances. — Forme et grosseur des corps du système planétaire.
Plus d'un lecteur trouvera peut-être que nos pérégrinations un peu vagabondes dansas lointaines régions du Ciel soçt (JésQrm^is suffisantes. L'esprit finit par se perdre, et l'imagination par s'égarer à planer ainsi dans les profondeurs éthérées ; la contemplation prolongée de l'infini donne peu à peu le vertige ; et le sentiment de la vie extérieure, de la durée de notre propre personnalité s'abîme à la fin dans ces extases.
L'astronomie sidérale aous ? offert le plus grandiose de tous les spectacles, celui de pillions de iaondes possédant chacun sa sauree de lumière, de
chaleur et de vie. Comment ne pas nous laisser émouvoir à la pensée que tous ces mondes sont, comme le nôtre, le théâtre d'évolutions, de luttes, sans doute à la fois pénibles, glorieuses et douloureuses, après tout nécessaires? Mais il faut songer que l'histoire de ces lointains événements ne peut être pour nous, pour notre humanité qu'une éternelle énigme.
Aussi, quand je proposais ce voyage à travers les espaces, n'avais-je d'autre but que de faire comprendre la valeur des rapports qui unissent notre monde à tous les autres , et de donner de la structure et de la constitulion de l'Univers une idée d'ensemble. J'ai dû, pour cette raison, éviter les détails un peu trop précis, les contours trop accusés: il s'agissait d'une ébauche.
Mais des notions aussi vagues ne suffiraient point à donner de l'Astronomie, de l'exactitude de ses observations et de la précision de ses lois, l'idée qu'on en doit avoir. Les données grandioses, merveilleuses, il est vrai, que nous avons recueillies dans notre exploration céleste sont trop étrangères à notre vie, à nous-mêmes 5 elles ne nous intéresseraient que d'une façon trop détournée, si nous n'étudiions plus intimement l'un de ces mondes innombrables dont la voûte du ciel resplendit.
Sans doute, nous savons que l'Univers est une ag-
glomération infinie de nébuleuses, ici formées de milliers de soleils, là composées d'une matière gazéiforme, parsemée de soleils en voie de formation. Sans doute encore, nous savons que le mouvement est la loi générale de ces masses immenses, non-seulement dans leurs éléments constitutifs, mais dans leur ensemble, qui subit à la longue des dislocations, des déchirements ! .
Mais que sont ces soleils? Quelle est leur constitution intime? Quelles lois régissent leurs mouvements? D'autres corps ne les accompagnent-ils pas? Autant de problèmes dont notre ardente curiosité appelle la solution. La science les agite depuis des siècles; si elle ne les a point entièrement résolus, elle est parvenue du ^moins à rassembler assez de vérités pour
i . La force attractive dont les lois régissent toutes les parties de la matière produit des effets de concentration remarquables, dans les agglomérations d'étoiles et dans les nébuleuses. Cette distribution, ces groupements des molécules célestes, équivalent évidemment à des déchirements, à des dislocations. L'astronome Herschel a étudié avec grand soin ces mouvements. Dans un point de la Voie Lactée, jaugé d'après sa méthode et contenant 331,000 étoiles sur une largeur de 5 degrés, on a pu remarquer que cet immense groupe offre déjà des signes de division. La moitié de ces 331,000 étoiles marche d'un côté; l'autre moitié marche en sens contraire. « Ainsi, dit Arago dans son Astronomie populaire, d'où nous tirons ces curieux détails, dans la suite des siècles, le pouvoir de concentration amènera inévitablement le fractionnement, la rupture, la dislocation de la Voie Lactée. »
apaiser, sinon pour rassasier complètement, cette soif de connaître qui nous tourmente tons.
Je constate d'abord que l'observation directe serait loin de nous satisfaire. Quelle que soit la puissance des instruments, ils ne permettent aujourd'hui — disons sans crainte, ils ne permettront longtemps — de distinguer aucun détail. Les plus forte télescopes font Voir chacun des corps lumineux qui peuplent le ciel, comme on point mathématique, sans dimensions appréciables, et que l'épaisseur d'un fil d'araignée suffit à éclipser. On sait donc peu de chose de la constitution de ces soleils. Les lois de propagation de la lumière nous ont bien appris qu'ils brillent de leur propre éclat ; ajoutez à cela ce que nous avons dît de leur variabilité, de leur couleur, de la distance de quelques-uns d'entre eux, de leurs mouvements de révolution* et c'est tout 4 .
i . L'analyse spectrale, qui à débuté par les plus merveilleuses découvertes en chimie, promet dé nous dévoiler la constitution intime des soleils, de nous dire, par exemple, quels s'ont les métaux dont les vapeurs sont mêlées à leurs atmosphères. Je me propose dans une prochaine publication de revenir avec détail sur cette nouvelle branche des sciences qu'on pourrait appeler la chimie des corps célestes.
S'il existe encore, ce qu'il est difficile de croire, des esprits assez prévenus contre toute philosophie scientifique pour méconnaître les rapports naturels qui lient les sciences des divers ordres, l'analyse spectrale est là pour donner à cette étroite manière de voir un éclatant démenti.
Heureusement, nous savons d'une manière positive que notre monde, notre petit système solaire est un des éléments du monde stellaire, que notre Soleil est une Étoile.
Étudions-le donc dans tous ses. détails, recueillonsen précieusement toutes les lois. Et cette étude achetée, laissons- nous guider par l'analogie; elle nous apprendra tout ce que nous désirons connaître des mondes similaires.
Afin de procéder toujours suivant la même méthode je vais d'abord vous faire connaître notre système dans son ensemble. Peut-être aurais-je grand besoin pour cela de l'emploi des termes techniques, mathématiques, géométriques, astronomiques ; mais j'ai fait vœu, en prenant la plume, de me servir de la langue de tout le monde, et je tiens à accomplir mon vœu, autant que possible.
Voyons d'abord de quels éléments se compose le système que nous appelons solaire.
En premier lieu, l'Étoile centrale, le foyer de chaleur et de lumière, le pivot de tous les mouvements, le Soleil %
Puis les terres ou Planète», semblables à notre globe terrestre, non lumineuses par elles-mêmes, et, comme la Terre, renvoyant la lumière réfléchie du
Soleil. Tous ces corps se meuvent autour du foyer central, en décrivant des courbes particulières, inégales en grandeur, en des temps inégaux. Tels sont Vénus, Mercure, la Terre, Mars, Jupiter, Saturne, Uranus et Neptune;
En troisième lieu les Satellites, corps secondaires, également éclairés du Soleil, et qui se meuvent autour des planètes, comme celles-ci autour du Soleil. Telle est notre Lune;
Enfin des corps nébuleux d'une apparence caractéristique, se mouvant aussi autour du Soleil, mais dans des courbes très-allongées , et dont la substance paraît avoir avec la matière cosmique une très-grande analogie. Ce sont les Comètes,
Ainsi, Soleil, Planètes, Satellites et Comètes, telles sont les quatre espèces de corps qui composent notre système. Une étude plus approfondie permettra mieux encore d'en reconnaître, soit les ressemblances, soit les différences essentielles.
Pour cette fois, je laisserai de côté les Comètes, me proposant de leur consacrer une causerie spéciale.
Avant tout, quel est le nombre des corps aujourd'hui connus qui composent le système solaire?
Les anciens, croyants et gentils, en connaissaient sept, nombre consacré d'ailleurs et doué des vertus de l'ordre le plus élevé ! Il est vrai que, dans ce nom-
bre 9 la Terre ne comptait pas, et que la Lune et le Soleil, en raison de leur importance, étaient considérés à part. Plus tard, au moyen âge, quand l'astrologie eut envahi toutes les cervelles, on vous eût démontré sans réplique la raison de ce nombre sept, symbole des vérités les plus profondes : sept corps célestes, sept chandeliers, sept sages de la Grèce, sept jours de la création, sept trompettes, sept merveilles du monde, etc., etc. !. .. Impossible de ne pas se rendre à une pareille évidence !
Nos astronomes modernes, impies s'il en fut, dépassèrent ce nombre sacramentel, et bientôt arrivèrent à vingt-huit ou vingt-neuf 'planètes, nombre vraiment impossible, et sans aucune relation avec toute vérité magique, cabalistique, métaphysique. Aussi Fourier, ce génie bizarre, mélange singulier d'extravagance et de profondeur , annonça-t-il au mondesavant qu'on atteindrait le nombre32. N'avonsnous pas trente-deux dents ? Hélas t les grandes lois analogiques de la théorie sérielle n'ont pas été respectées par l'Astronomie, et voilà le nombre des corps du système solaire dépassant déjà la centaine.
Et chaque jour, le zèle des observateurs aidant, le nombre s'en accrott.
Comment tous ces corps se distribuent-ils dans l'espace ? Y a-t-il entre eux des lois de subordination,
des rapports particuliers de distance ? C'est à quoi je yais répondre maintenant.
Parmi tous ces astres, il en est un, nous l'avons déjà dit, qui prime tous les autres. Par son volume* par sa masse, par ses propriétés physiques de chaleur et de lumière, de magnétisme sans doute et d'électricité, par sa position centrale enfin, le Soleil se distingue de tous les corps qui composent notre système. Il est le pivot de tous leurs mouvements, la source de toute organisation et de toute vie*
Autour du Soleil, et dans Tordre des distances, on rencontre la série suivante de tous les astres qui lui servent de cortège :
C'est d'abord Mercure et Vénus; puis; à une dis*» tance qui n'est pas encore bien connue, un anneau né* buleux et brillant quenous apercevons de notre globe, et auquel les savants ont donné le nom de lumière zodiacale.
Vient ensuite la Terre ; et dans son voisinage, une multitude de corpuscules célestes dont la présence nous est révélée de deux manières : par leur chute à la surface du sol, puis par les traînées lumineuses qtie laissent après eux dans notre atmosphère ceux de ces corps qui viennent frôler la Terre dans leur course périodique. On considère que leur ensemble forme deux anneaux de matière circulante* dont la
distance au Soleil est à fort peu près celle de la Terre même.
C'est la planète Mars qui vient ensuite ; puis Jupiter, Saturne et Neptune, accompagnés de leurs groupes de satellites.
Mais, entre Jupiter et Mars, on a découvert depuis le commencement du siècle une ~ série remarquable de petites planètes, dont les plus considérables n'atteignent point la grosseur de notre Lune. Leur nombre s'élève aujourd'hui à 77, et — nous Pavons dit — s'accroît chaque année. Mais des considérations auxquelles la théorie donne une grande vraisemblance permettent d'affirmer que leur nombre est beaucoup plus considérable; nous en connaîtrions à peine la millième partie.
On verra plus tard qu'il y a entrç les grosseurs et les mouvements de Mercure, de Vénus, de la Terre et de Mars, des analogies qui font de ces quatre planètes comme un premier groupe, séparé du groupe également original des quatre grosses planètes, Ju* piter, Saturne, Oranus et Neptune, par la zone des petites planètes ou astéroïdes.
Je vais entrer maintenant dans quelques détails sur les distances relatives de tous ces astres au Soleil, en prenant pour unité un mètre dont la longueur soit proportionnée à ces distances. Je prendrai pour
unité, comme font tons les astronomes, la distance moyenne de la Terre an Soleil
Elle est de 136,000,000 • de kilomètres environ. Voulez-vous nne idée pins nette de cette distance?
Rappelez-vous qne, si nous voulions nous transporter an Soleil, en prenant pour véhicule le train express le plus rapide, franchissant soixante kilomètres à l'heure, nous parviendrions au terme de notre vie avant d'avoir parcouru le quart de notre route. Il nous faudrait, pour le terminer ainsi, 270 années.
Telle est la distance qui nous servira de terme de comparaison ou d'unité.
Si Ton range dans l'ordre de leurs distances croissantes au Soleil, tous les astres errants qu'il maîtrise par la puissance de son attraction, on trouve ce tableau :
Mercure, Vénus, la Terre, Mars, les planètes téléscopiques, Jupiter, Saturne, Uranus et Neptune.
Qu'on veuille bien me permettre maintenant un peu d'arithmétique : je promets de n'en point abuser.
Une loi empirique, que d'abord on crut rationnelle, lie entre elles toutes ces distances d'une manière assez simple. La voici :
Partez de 0, ajoutez 3, puis doublez successivement chaque nombre, vous formerez cette série : 3 6 12 24 48 96 192 384
Augmentez de 4 chacun de ces nombres, tous aurez cette autre série :
4 7 10 16 28 52 100 196 388, dont les termes, placés au-dessous des planètes nom* mées plus haut, marquent leurs distances respectives à l'astre central, du moins sans erreurs notables *. C'est, après tout, un moyen mnémonique assez commode, et qu'il est bon de retenir pour les cas assez fréquents où Ton n'a pas sous la main de traité d'astronomie. %
Tandis que Mercure n'est qu'au tiers de la distance de la Terre au Soleil, à partir de ce dernier corps, Neptune est à plus de 30 fois celte même distance. Est-ce là que nous devons voir les bornes de notre système solaire? Rien ne le prouve; non-seulement les comètes dépassent cette distance, énorme déjà, mais il est très-possible que d'autres planètes encore inconnues existent au delà de Neptune, in-
1. Sauf pour la planèto Neptune, dont la distance serait donnée par le nombre 300, bien différent de 388.
La loi empirique que nous Tenons de rapporter est due à Titius. On la connaît également sous le nom de Loi de Bode. Ce qui la lit surtout considérer comme une loi réelle, c'est cette circonstance curieuse, qu'une lacune. existant entre Mars et Jupiter et le nombre 28 n'ayant point de planète correspondante, cette lacune vint tout à coup à être comblée par la découverte des planètes Cérès, Pallas, Junon et Vesta, dont les distances, à fort peu près égales, satisfont à la loi de Titius.
visibles pour nos moyens actuels de télescopie, ou inobservées.
Mais, en triplant cette dimension, en admettant pour le rayon de la sphère réelle de l'attraction solaire 100 fois l'unité convenue, en supposant par conséquent que le dernier astre entraîné dans le mouvement de circulation autour de notre étoile existe à cette distance, il n'en faudrait pas moins reconnaître que 2,000 fois cet intervalle nous séparent encore des autres systèmes stellaires, j'entends des plus voisins.
Je reviens souvent sur ces comparaisons, parce qu'il faut se familiariser avec les nombres dont elles nécessitent l'emploi, si Ton veut avoir une idée tant soit peu juste des véritables dimensions, soit de l'univers visible, soit de notre monde planétaire.
J'arrive maintenant à un autre ordre de faits, à celui qui a pour objet la forme et la grosseur des planètes et du Soleil.
Tous les corps du système affectent la forme sphérique : la Lune, le Soleil, la Terre, toutes les planètes, tous leurs satellites '. Cela est hors de doute
1. La planète Saturne a pour satellites deux corps annulaires relativement très-minces. C'est le seul exemple connu de corps célestes n'ayant pas la forme sphéroïdale. En étudiant. Saturne, nous aurons l'occasion de revenir sur ses anneaux.
pour le. Soleil, la Lune, Vénus et Mercure, Mars et Jupiter, Saturne, Uranus et Neptune, et même pour quelques-uns de leurs satellites. Soit à l'œil nu, soit à l'aide des lunettes, la forme circulaire du disque est trop éf idente pour laisser à cet égard aucun doute.
L'analogie permet, sans crainte de trop de hardiesse, de supposer qu'il en est de même pour les autres* et quant à la rondeur de la Terre, nous en donnerons plus loin les preuves.
La forme sphérique n'est point parfaite toutefois.
Pour la plupart des corps planétaires, elle est logeaient aplatie, circonstance qui a permis de déterminer avec certitude leur constitution primitive.
Les volumes ne suivent aucune loi apparente régulière, soit avec la distance, soit avec les mouvements. Voici, dans l'ordre des grosseurs, les principaux corps du système :
Le Soleil, Jupiter, Saturne, Uranus, Neptune, la Terre, Vénus, Mars, Mercure, la Lune.
Mars et Mercure sont de dimensions inférieures à celle de la Terre ; le volume de Mars est un septième, celui de Mercure un seizième de celui de la Terre; mais celui de Vénus en approche beaucoup. Jupiter est 1414 fois aussi gros, Saturne 734 fois, Uranus 82 fois, Neptune 110 fois; la Lune n'en est guère que la cinquantième partie.
Enfin le Soleil est d'un volume environ un million quatre cent mille fois aussi gros que la Terre, c'est-àdire qu'il vaut à lui seul plus de cinq cents fois tous les corps planétaires réunis, eux et leurs satellites.
En décrivant plus en détail toutes ces sphères, tous ces grands ou petits mondes, je reviendrai plus exactement sur leurs grosseurs respectives et sur leurs formes. Ce n'est là qu'un premier aperçu.
Pour résumer ce qui précède en une image sensible, je terminerai par l'hypothèse suivante :
Prenez un globe de onze centimètres de diamètre environ, et imaginez que c'est là le Soleil. La Terre sera représentée, dans ce cas, par un grain de plomb d'un millimètre de diamètre. Portez ce grain à une distance du globe solaire égale à douze mètres, et vous aurez une idée de la position relative de la Terre et du Soleil dans l'espace.
Dans celte hypothèse, Jupiter aura un peu plus d'un centimètre de diamètre : ce sera une balle de plomb d'un petit calibre. Saturne aura l'apparence d'une chevrotine, Uranus celle d'un gros grain de plomb, et Neptune, sous la forme d'un grain tant soit peu plus gros, sera perdu dans l'espace, à une distance de plus de 360 mètres du globe central. Les autres planètes et les satellites exigeraient, pour être vus, le secours du microscope.
Nous verrons bientôt cependant que tous ces corps en apparence si chétifs, et comme perdus dans l'immensité, exécutent avec une précision mathématique une série de mouvements soumis aux mêmes lois : mouvements de rotation sur eux-mêmes, mouvements de révolution autour du Soleil, mouvements oscillatoires ou de balancements périodiques.
Et tout ce système est si bien pondéré, si bien équilibré, qu'il offre les garanties de stabilité les plus merveilleuses; de telle sorte que les écarts dus à l'action réciproque des masses, — ce qu'on nomme les perturbations, — sont au contraire la preuve la plus convaincante de la précision de ses lois, une conséquence infaillible de ces lois mêmes.
SEPTIÈME CAUSERIE
Les lois sont la science même. — Système solaire. — Mouvements de rotation; leur. uniformité. — Les mouvements apparents et les mouvements réels. — Stations et rétrogradations des planètes.
Copernic et Kepler s'immortalisent par la découverte du vrai système du monde : le premier débrouille le chaos des mouvements apparents et réels de' la Terre, des Planètes et du Soleil; il débarrasse l'Astronomie des épicycles des anciens et des systèmes bâtards de Tycho-Brahé et de Ptolémée. Le second formule en trois lois admirables la théorie de ces mouvements.
Deux autres noms illustres, Galilée et Newton, se rattachent aux principes fondamentaux de la mécanique céleste. Galilée donne les lois de la chute des corps à la surface de la Terre ; Newton s'élève d'un
bond à la généralisation de ces lois, et l'Attraction ou Gravitation universelle est enfin trouvée et démontrée.
Il ne restait plus, après ces grandes découvertes, qu'à compléter la théorie du système du monde, en rattachant à la gravitation tous les mouvements astronomiques connus : ce fut l'œuvre des d'Alembert, des Euler, des Laplace, œuvre magnifique s'il en fut, Tassise la plus inébranlable de la science moderne bâtie sur les ruines des erreurs passées et recueil des superstitions futures.
Mes lecteurs me sauront donc gré, du moins je l'espère, de ^'appesantir sur ce côté, un peu abstrait peut-être, de l'Astronomie. C'est un voyage d'agrément, sans doute, que de parcourir l'Univers et d'en admirer, chemin faisant, les splendeurs : dans cette attrayante pérégrination, on se laisse aller facilement aux flâneries de la route : une nébuleuse vous séduit, un soleil aux brillantes couleurs, une comète échevelée, vous entraînent Mais il ne faut pas oublier que les faits, si curieux, si variés qu'ils soient, ne sont que les matériaux de la poésie et de la science, que des lettres-mortes dans le grand livre delà Vie universelle, quand rien ne les relie et ne les assemble, de façon à former de ces caractères isolés le langage de la nature.
t Si Thomme s'était borné à recueillir des faits, les sciences ne seraient qu'une nomenclature stérile, et jamais il n'eût connu les grandes lois de la nature. C'est en comparant les faits entre eux, en saisissant leurs rapports, et en remontant ainsi 5 des phénomènes de plus en plus étendus, qu'il est enfin parvenu à découvrir ces lois toujours empreintes dans leurs effets les plus variés. Alors la nature, en se dévoilant, lui a montré un petit nombre de causes donnant naissance à la foule de phénomènes qu'il avait observés ; il a pu déterminer ceux qu'elles doivent faire éclore; et lorsqu'il s'est assuré que rien ne trouble l'enchaînement de ces causes à leurs effets, il a porté ses regards dans l'avenir, et la série des événements que le temps doit développer s'est offerte à sa vue l . »
C'est la même pensée, exprimée de la façon la plus piquante, que l'auteur des Lettres persanes a placée dans la bouche d'Usbeck, et que je ne puis résister au plaisir de transcrire dans cette causerie. En me plaçant ainsi sous la protection du génie de Montesquieu et de Laplace, je suis plus assuré qu'on excusera celte slalion un peu prolongée dans les abstractions de la science.