‹ Les Monologues Lassalle [microforme]Chapitre 124 sur 230 · SEPT ANS · texte numérisé non relu

SEPT ANS

MIGUEL ZAMACOÏs.

C’est un petit garçon. C’est un petit bonhomme

Heureux de rien... de tout... d’un bâton, d’une pomme...

Un petit garçon de sept ans.

Il a des yeux rieurs, des cheveux en crinière ; Il est fier, car depuis la semaine dernière

I1 sait siffler entre ses dents !

Nous le connaissons bien. 11 méprise les ‘‘filles : ‘’ Sa poche n’en peut plus de ficelle et de billes, De tout un bagage enfantin :

11 montre quatre sous qu'il croit être une somme : Rit du matin au soir ; et ne fait qu’un grand somme Depuis le soir jusqu'au matin.

Des amusements neufs on n'en invente guère !

Étant petit garçon, il s'amuse à la guerre Comme tous les petits garçons !

Il s'amuse d’'instinct à défendre sa terre, Et partage déjà la haine héréditaire Pour ceux-là que nous maudissons.

Or voici qu'un matin, à travers le village, Passent les ennemis, avec tout l’étalage De leurs procédés révoltants… On se bat! C’est l'assaut du droit contre la ruse ! Bah ! est-ce une raison pour ne plus que s'amuse Un petit garçon de sept ans ?

Et parce qu'il faut bien, À sept ans, que l'on joue, Du côté des soldats le petit met en joue Son fusil de bois menaçant.

Un Français eût souri du geste minuscule, Et peut-être singé l'ennemi qui recule, Pour amuser cet innocent !

Vous, salissant d'un coup votre campagne, A i- (Mais vous n'avez donc pas d'enfants, en Allemagne ?) BE Pour montrer que vous étiez forts,

Vous avez dirigé contre l'arme enfantine, Qu'il allait déposer pour prendre sa tartine, Les vrais fusils qui font des morts !

S'il est vrai, Majesté, ce crime qu'on raconte, Comme il pèsera lourd le matin du grand compte, Pour le débiteur aux abois !

Comme il pèsera lourd lorsque, dans le sile e, Une main posera l'enfant sur la balance, Et son petit fusil de bois !

— ep) —

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