‹ Les Monologues Lassalle [microforme]Chapitre 127 sur 230 · L'ABBÉ H.-R. CASGRAIN · texte numérisé non relu

L'ABBÉ H.-R. CASGRAIN

Il est là, dans son cadre, au vieux mur suspendu, Le front large et pensif, l'air calme, mais austère. Le regard plein de feu, dans l’espace perdu : Toujours je l'ai vu là, ce portrait de mon père.

Quand l'aube de la nuit descend sur le manoir, Que tout devient obscur au salon solitaire,

Un rayon toujours brille et paraît se mouvoir : C'est l'œil étincelant du portrait de mon père.

De la toile, parfois, semble se détacher

Et descendre vers moi cette ombre qui m'est chère. Elle vient à ma droite en silence marther,

Et m'indique du doigt le portrait de mon père.

Quand surgissent les jours d'orage intérieur Où l'âme est sans vertu, le courage éphémère, Pour raffermir mes pas au sentier de l'honneur, Je n'ai qu'à regarder le portrait de mon père.

Si jamais, au torrent me laissant emporter,

A ses nobles leçons je venais à forfaire, Rougissant de moi-même, oserais-je affronter Le foudroyant regard du portrait de mon père ?

Vingt ans passés, la mort vint frapper au manoir, Lorsque ma mère en deuil re ‘nt du cimetière, Elle me dit, montrant le cadre orné de noir : ‘Embrasse, mon enfant, le portrait de ton père.

Pour être comme lui digne de tes aïeux,

Et comme lui remplir une noble carrière,

Être grand citoyen et chrétien vertueux,

Viens t'inspirer devant le portrait de ton père.”

L’imiter fut depuis mon suprême désir,

Et, quand je fermerai mes veux à la lumière,

A Dieu je veux léguer mon dernier souv enir,

Et mon dernier regard au portrait de mon père.

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