LECONTE DE LISLE
Tels que la haute mer contre les durs rivages,
A la grande tuerie ils se sont tous rués,
Ivres et haletants, par les boulets troués,
En d’épais tourbillons pleins de clameurs sauvages.
Victorieux, vaincus, fantassins, cavaliers,
Les voici maintenant blêmes, muets, farouches,
Les poings fermés, serrant les dents et les yeux louches, Dans la mort furieuse étendus par milliers.
Et là-bas, au milieu de ce massacre immense, Dressant son corps raidi, percé de coups de feu,
Un cheval jette au vent un rauque et triste adieu, Que la nuit fait courir à travers le silence.
O boucherie! O soif du meurtre! acharnement Horrible ! odeur des morts qui suffoques et navres, Soyez maudits devant ces cent mille cadavres
Et la stupide horreur de cet égorgement !
Mais sous l’ardent soleil ou sur la plaine noire, Si heurtant .e leur cœur la gueule du canon, Ils sont morts, Liberté, ces braves, en ton nom, Béni soit le sang pur qui fume vers ta gloire.