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Qu'on ferait des fagots, des bâches, de ses branches, He: Et qu'on vendrait son corps pour en faire des planches! il Or, j'eus comme un frisson quand j'entendis cela : fl L’abattre, lui, ce vieux, cet aïeul qui vit là k
Depuis cent ans! L’abattre! Oser pareille chose ! Et je pris la parole, et je plaidai sa cause : :à: Tout d’abord, j’observai que, l'hiver revenant, 4 Le chêne dépouillé ne serait plus gênant ; { Et que l’on pouvait bien — pour l’abattre, ce chêne — Attendre le retour de la saison prochaine ;
Que l’abattre d'ailleurs était chose sans nom,
Qu’e+ pouvait l’élaguer, mais le détruire, non.
Je rappelai combien doux était le murmure Que la brise en passant faisait dans sa ramure : k Les concerts merveilleux qu'on entendait, le soir, Î
Lorsque nous venions tous près de lui nous asseoir : ‘4 ‘ La fraîcheur qu'en été procurait son ombrage ; ‘4 } Qu'il nous avait souvent abrités de l'orage : Qu'on devait le traiter comme un vieux serviteur, Et que tout son passé plaidait en sa faveur ! Puis je parlai des nids et des œufs près d’éclore : 3 J'invoquai tour à tour mille choses encore : L-
Les regrets qu'on aurait, plus tard, dans l'avenir. Lorsqu'on évoquerait parfois son souvenir,
Lorsqu'on irait songeatit — par les nuits étoilées — Yi Aux heures d'autrefois, aux heures envolées : Les serments échangés qu'il avait entendus :
Les bonheurs espérés et les bonheurs perdus ;
Tous ceux qui n'étaient plus et qu’il avait vus naître : Les services rendus et qu'il faut reconnaître !…
Pour arracher enfin le vieil arbre à la mort,
Je parlai de nouveau, dans un dernier effort,
Du chagrin dont un jour el!e serait suivie, Demandant, suppliant qu'on lui jaissât la vie,
Et, renonçant enfin à ce meurtre odieux,
Que l’on le respectât comme on respecte un vieux !
Tout fut vain et je dus me faire à cette idée,
Que son trépas était chose bien décidée,
Et qu'on resterait sourd malgré tout à ma voix. J'allai donc le revoir une dernière fois.
La nuit couvrait encor la terre de ses voiles.
11 était là, debout, le front dans les étoiles, Immobile et sup:rbe, et regardant les cieux !
Et je sentais venir des larmes à mes veux,
En contemplant, hélas, la victime innocente
Qu'on allait mettre à mort, dès que l'aube naissante
Paraîtrait. Et, tout bas, je lui disais adieu.
lentement, le soleil monta dans le ciel bleu.
Arrive un bûcheron, la mine renfrognée,
Portant sur son épaule une lourde cognée :
Il toise l’arbre ainsi qu’on toise - n ennemi,
S'en éloigne d’un pas, se renverse à demi,
Puis, tel qu’un ouragan qui soudain se déchaîne, S'élance, et, d’un seul coup, entame le vieux chêne ! Trois fois, au même endroit, la hache frappe et mord ! Pendant qu’il s’acharnait à son œuvre de mort, J'entendis comme un cri sortant d’une poitrine,
Le dernier cri d'un être humain qu’on assassine ! Mais l’homme relevait ses bras jamais lassés,
Et les coups se suivaient rapides et pressés.
Son arme, dans les airs, tournoyait, et, joyeuse, Semblait prendre plaisir à sa besogne affreuse !
Mais l'arbre résistait et son front orgueilleux
Se balançait toujours, superbe, dans les cieux. L'homme, pris tout à coup d’une sorte de rage,
Redoubla ses efforts et frappa davantage,
Et plus fort. Et le chêne à la fin s'inclina. Vaincu? — Non. — Pas encor, car il se releva, Battant l'air de ses bras tout baignés de lumière Les tendant vers le ciel comme en une prière, Et semblant crier grâce, appeler au secours ! En bas, le bûcheron frappait, frappait toujours !
Il atteignit le fond de la blessure ouverte, Et l'arbre, cette fois, tomba dans l'herbe verte.
Le soleil tout à coup se voila, comme en deuil,
Pendant que l’homme, heureux, poussait un cri d'orgueil !
Mais, tandis qu'il vantait son Courage et sa force, Qu'il me montrait du doigt l'épaisseur de l'écorce, Me demandant enfin si j'étais satisfait,
Et trouvais que l'ouvrage avait été bien fait.
Des arbres d’alentour, des ormes et des charmes, Mille feuilles tombaient, pareilles à des larmes !