MOUETTES DE FRANCE
GONZALV£ DESAULNIERS.
Mouettes, qui liez la grâce de vos ailes,
Lorsque la nuit descend, à la courbe des flots : Mouettes, que les mers, quand vous courez vers elles, Jettent comme un espoir à tous les matelots !
Mouettes, qui semblez des petites croix blanches, Qui palpitez au bout des vagues follement,
Et qui, dans les embruns roulés en avalanches, Tombez et retombez sans cesse éperdûment ;
Mouettes qui, ce soir, du haut de nos falaises, Découpant sur le ciel un nimbe éblouissant, Lancez vos cris joyeux aux flottilles anglaises
Comme si vous vouliez les bénir en passant !
O Mouettes! venez de partout plus légères ; Venez du Nord, venez du Midi, bercez-vous Sur la côte normande où vont pleurer les mères, Sur les plaines d’ Alsace où meurent les époux !
Survolez, survolez les frontières anciennes,
Car nous sentons déjà vos ailes nous porter
Sur les rives du Rhin, où viennent se heurter
Les mouettes de France aux cigognes prussiennes.