‹ Les Monologues Lassalle [microforme]Chapitre 163 sur 230 · LEMERCIER DE NEUVILLE · texte numérisé non relu

LEMERCIER DE NEUVILLE

Lorsque je vais, chaque matin,

Me promener dans le jardin,

Je ne cours pas, comme une folle, Après les jolis papillons,

Dont les rapides tourbillons

Sont brillants comme une auréole ;

Fuyant les regards indiscrets,

Je vais surprendre les secrets

Des fleurs, dont je sais le langage.

J'ai mis longtemps à le trouver ; Enfin, à force d'observer,

Je connais leur doux bavardage.

La Rose parle doucement,

Avec un léger tremblement Dans l’or pur de ses étamines ; Elle a des mots pleins de bonté ; Maïs, à la moindre privauté, Elle me montre ses épines.

Le Lis m’enseigne la candeur :

On dirait une bonne sœur, Avec sa haute coiffe blanche.

L’Aubépine, d’un air mutin, Me dit les cancans du matin, En se balançant sur sa branche.

J'écoute les tendres aveux

Du Myosotis aux yeux bleus,

Qui ne veut pas que je l’oublie, Et ris des efforts du Muguet, Dont toute autre que moi suivrait Les conseils de coquetterie.

Mais celle que j'aime le mieux, Bien que cachée à tous les yeux, C'est la timide Violette :

Comme un parfum, sa douce voix Embaume mon cœur, chaque fois Que nous causcns en tête-à-tête.

La Tulipe, pleine d’orgueil,

De moi n’a pas le même accueil :

Je la trouve beaucoup trop fière ; Et, dans le royaume des fleurs, Malgré sa robe aux cent couleurs, Je ne la mets pas la première.

Bavardages délicieux !

Quand le soleil, du haut des cieux, Entr'’ouvre leurs fraîches corolles, Je vais vite les retrouver ;

J'assiste à leur petit lever

Et je recueille leurs paroles.

Et c’est pourquoi, de bon matin, Je vais réveiller, au jardin,

Mes camarades endormies.

L'amitié, que l’on cherche ailleurs, Ne se trouve que dans les fleurs ; Je ne veux pas d’autres amies !

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