‹ Les Monologues Lassalle [microforme]Chapitre 170 sur 230 · LE CHAPELET · texte numérisé non relu

LE CHAPELET

FRANÇOIS COPPÉE

Prenant le chapelet qui s'use sous mes doigts,

Ce soir, j'ai récité l'. {re cinquante fois :

Ayant péché, j'étais d'une tristesse amère,

Mais, simplement, ainsi qu'un fils devant sa mère, Mains jointes, à genoux, les yeux mouillés de pleurs, J'ai répété : *‘ Priez pour nous, pauvres pécheurs ! Et déjà dans mon cœur je sens la paix renaître,

Je crois, j'espère en Dieu. Je sais qu'il est un maître Miséricordieux, bon, clément, paternel,

Pourtant il est aussi, sur son trône éternel,

Un juge, et, quand je songe à ma vie, il me semble Que je suis bien souillé, bien coupable, et je tremble ; Oui, mais la bonne Vierge est 1à qui me défend. Souvenez-vous, jadis, quand vous étiez enfant,

Et pour vous châtier de quelque faute grave,

Quand le père irrité se levait, la main haute,

Votre mère arrêtait le bras prêt à frapper.

Or, dans le saint récit qui ne peut nous tromper, Jésus-Christ, sur la croix, donnant Jean à Marie,

Lui dit: ‘‘ Voilà ton fils." C'est pourquoi je la prie, A l'heure de ma mort, d'implorer mon pardon,

Car, quand Jésus lui fit ce mystérienx don,

11 lui léguait ainsi l'humanité chrétienne

Toute entière, et ta mère, à Seigneur, est la mienne.

Ma mère, intercédez pour moi, s'il vous plaît. Dans le creux de ma main, je vois mon chapelet, Et, pour moi, ses grains noirs sont comme une semence, Qu'avec un grand espoir je jette au ciel immense. Chaque 42e va bientôt, miracle merveilleux, S'épanouir aux pieds de la Reine des Cieux,

Et, suave parfum, ma prière fleurie

Montera doucement vers la Vierge Marie.

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