‹ Les Monologues Lassalle [microforme]Chapitre 176 sur 230 · LAISSEZ-MOI PLEURER · texte numérisé non relu

LAISSEZ-MOI PLEURER

VICTOR HUGo.

Maintenant, ô mon Dieu! que j'ai ce calme sombre De pouvoir désormais

Voir de mes yeux la pierre où je sais que dans l'ombre Elle dort pour jamais ;

Je viens à vous, Seigneur, Père auquel il faut croire : Je vous porte, apaisé,

Les morceaux de ce cœur tout plein de votre gloire Que vous avez brisé.

Je viens à vous, Seigneur ! confessant que vous tes

Bon, clément, indulgent et doux, à Dieu vivant !

Je conviens que vous seul savez ce que vous faites,

Et que l’homme n'est rien qu’un jonc qui tremble au vent.

Je ne résiste plus à tout ce qui m'arrive Par votre volonté.

L'âme de deuils en deuils, l'homme de rive en rive, Roule à l'éternité.

Dès qu'il possède un bien, le sort le lui retire :

Rien ne lui fut donné, dans ses rapides jours,

Pour qu'ii s’en puisse faire une demeure, et dire : ‘* C'est ici ma maison, mon champ et mes amours ! *”

Je sais que le fruit tombe au vent qui le secoue ; Que l'oiseau perd sa plume et la fleur son parfum; Que la création est une grande roue

Qui ne peut se mouvoir sans écraser quelqu'un.

Les mois, les jours, les flots des mers, les yeux qui pleurent, à Passent sous le ciel bleu ; I1 faut ue l'herbe pousse et que les enfants meurent ; Je le sais, Ô mon Dieu!

Seigneur, je reconnais que l’homme est en délire, S'il ose murmurer ;

Je cesse d'accuser, je cesse de maud* <; :

Mais laissez-moi pleurer !

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