‹ Les Monologues Lassalle [microforme]Chapitre 19 sur 230 · A.-BASILE ROUTHIER · texte numérisé non relu

A.-BASILE ROUTHIER

Un soir, le vent pleurait comme un glas funéraire, La neige sur les champs roulait ses tourbillons, Les forêts se plaignaient et tordaient leur crinière, Et la lune mourante éteignait ses rayons.

Un vieillard cheminait à travers la campagne ; Les raquettes aux pieds, il marchait à grands pas ; Convaine que son Dieu le voit et l'accompagne, Il suivait un chemin qu'il ne connaissait pas.

Il allait au hasard, et, comme une avalanche, La neige autour de lui croulait du firmament Et semblait un réseau tissu de laine blanche, Pour servir de linceul au voyageur errant.

Pas une étoile d'or au front de la nuit sombre, Pas une trace humaine indiquant le chemin ; Sur le désert glacé, tout s’effaçait dans l’ombre. Où s'en allait-il donc, le pauvre pèlerin ?

I allait où s'en vont ceux que le Christ rallie, Et qui du Golgotha gravissent le sentier ;

Où s’en allaient jadis ses maîtres dans la vie, L'illustre saint Ignace et saint François-Xavier.

Il allait dans la nuit répandre la lumière, Et dans les cœurs glacés jeter le feu sacré ; Aux souffrants il allait enseigner la prière, Cet élixir de l’âme et du cœur ulcéré.…

Son cœur est toujours ferme, et son âme inflexible ; Mais ses membres, raidis par le froid et la nuit, Refusent de servir son courage invincible :

Et, malgré lui, sa marche, hélas ! se ralentit.

À travers ses haïllons un vent glacé pénètre : De fatigue et de faim son corps est épuisé, Un sommeil accablant s'empare de son être, Et sur un banc de neige il est tombé, brisé.

Entrevoyant alors la fin de sa carrière,

11 creusa dans la neige un lit pour son sommeil : Au ciel il adressa sa dernière prière,

Et, calme, il attendit l’heure de son réveil. -

À genoux et les bras en croix sur sa poitrine, T1 regarda le ciel et s’écria : Jésus !

I1 venait d’entrevoir la demeure divine,

Et s’endormit en paix du sommeil des élus.

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Le vent pleurait toujours comme un glas funéraire, La neige sur les champs roulait ses tourbillons,

Les forêts se plaignaient et tordaient leur crinière, Et la lune mourante éteignait ses rayons.

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