P. DELAPORTE, S. J
Il est là, haletant, brisé par l’agonie,
Ses moments sont comptés et sa course est finie ; Dans une heure peut-être, ou ce soir, ou demain, La mort sur ce front pâle aura posé sa main.
Hier, c'était le succès, l'amitié, l'espérance,
Puis, plus rien ; plus de bruit : déjà l'indifférence. …. L'ombre gagne déjà ce regard affaibli :
Le râle tout à l'heure, et dans huit jours l'oubli... L'agonisant s’agite, il gémit, sur sa couche,
Des mots entrecoupés s’échappent de sa bouche, Le regret l’envahit avec le souvenir :
Gloire, fêtes, bravos, tout cela va finir. …
Il écoute, il attend. Quel silence et quel vide !..….. La lampe, sur les murs répand un jour livide : Là-bas, sur l’acajou, le regard du mourant
Voit ses livres écrits ou jetés en courant,
Livres faits de scandale et parfois de blasphème, Livres dont a vu rougir le vice même.
Pour ces pages d’enfer que la vertu maudit,
Il moissonna de l'or et Paris l'applaudit.
Dans la vie, au hasard, il dirigea ses pas, Sans but, au gré du vent, du bruit, de la folie. … Son âme, il s’en souvient pour l'avoir avihe
S'il le connaît, hélas ! c'est qu'il l’a blasphéré.
Fils d’un siècle d’orgueil, il meurt dans l'ignorance ;
Il eut quelques remords mais point d'humble espérance ; La foi n'écrivit point dans son âme d'enfant
Ces biens qu’elle promet, ce mal qu'elle défend.
Du matin de la vie à cette heure dernière,
Ses lèvres ni son cœur n'ont dit une prière,