‹ Les Monologues Lassalle [microforme]Chapitre 223 sur 230 · L'ABBÉ SYLVAIN · texte numérisé non relu

L'ABBÉ SYLVAIN

Une Française, quelque temps avant la guerre avec la Frusse, s’était alliée à une famille allemande.

Elle habitait Berlin, et ia position de son mari lui permettait de brillantes relations.

Pendant la guerre, elle porta le deuil et pria en silence.

Vint le jour où furent payés les cinq milliards, et où l'Alsace et la Lorraine furent, non pas détachées, mais séparées violemment de la France, conservant l'une et l'autre, vivace et immortelle, l'espérance du retour.

Une fête se donnait dans le palais de ia femme franç:ise, et là, comme partout ailleurs, on parla de la France. Par un sentiment de délicatesse, on ne méprisait pas la France, mais on parla de Paris avec pitié! Paris, il n'y a plus de Paris, et, dans dix ans, Berlin sera la Capitale de l’Europe. Elle se sentit émue, cette âme catholique et française, et, se levant : ‘‘ Rire est facile, mesdames. '’ dit-elle. ‘‘ Effacer Paris de la carte du monde est facile aussi, mais le remplacer, non pas... Paris est le cœur de la France. Une gageure, voulez-vous? Donnez-moi l'objet le plus vulgaire, le plus insignifiant, le plus nul; je l'enverrai à Paris, et là nos Françaises, plus avec leur cœur qu'avec leurs doigts délicats, en feront quelque chose que jamais femme prussienne ne saurait faire.’

La gageure fut acceptée, et, le lendemain, la baronne recevait une enveloppe portant en suscription : ‘‘ A envoyer à Paris.’ Elle l'ouvrit et vit... un cheveu, un simple cheveu blanc. Un moment, elle pâlit. Comment tirer de là le chef-d'œuvre promis. Verrait-elle s'ajouter une nouvelle humiliation à toutes celles qu'elle avait subies dans son honneur national? L'espérance l'emporta sur ces sombres pressentiments. Elle avait foi dans le cœur de la France, Résolument, elle envoya à Paris le cheveu allemand. ‘‘ 11 me faut avec cela,‘ écrivit-elle, ‘‘quelque chos: de beau, quelque chose de grand, quelque chose de fratiçais.‘* Peu

ET

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