‹ Les Monologues Lassalle [microforme]Chapitre 26 sur 230 · AUGUSTE VACQUERIE · texte numérisé non relu

AUGUSTE VACQUERIE

Ma mère avait sa chambre à côté de la mienne.

Le matin, j'entendais qu'on ouvrait sa persienne, Et de mon lit, les yeux éveillés à demi,

Je lui criais : ‘* Bonjour, mère, as-tu bien dormi > ::

Et rien que sa réponse : ‘* Et toi?’" m'emplissait d'aise ; Car nous avions subi plus d’une heure mauvaise,

Et mon père et mon frère, et les deux beaux petits,

Et d'autres, tant des miens, étaient déjà paitis,

Et j'avais tellement peur de la voir les suivre

Que tout mon cœur sautait à la rentendre vivre,

Et qu'après tant de chers êtres perdus j'avais

Comme l'impression que je la retrouvais.

Quand je rentrais trop tard pour qu'elle eût pu m'attendre, Et qu'elle était couchée et dormait, quel soin tendre

Je prenais de ne Pas la réveiller, marchant

Sur la pointe du pied et vite me couchant

Après avoir fermé doucement ma croisée,

Pour que le lendemain ja trouvât reposée,

Ah! maintenant je peux marcher d'un pas pesant

Sans troubler son sommeil, dans son lit d'à présent : Quelque bruit qui se fasse, on dort sa nuit entière,

Je me suis assuré ma place au cimetière,

Tout contre celle où nous l’avons couchée, fin

De sentir là tout près la mère au cœur divin

Que vivante j'aimais et que morte j'adore :

Et, comme si cela nous rapprochaïit encore,

Je veux qu'à son tombeau le mien soit ressemblant.

Ainsi, mourir n'aura Pour moi rien de troublant, Et ce sera reprendre une habitude ancienne Que de ravoir ma chambre à côté de la sienne.

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