‹ Les Monologues Lassalle [microforme]Chapitre 80 sur 230 · LÉON LORRAIN · texte numérisé non relu

LÉON LORRAIN

Il faut, autant qu’on peut, obliger tout le monde : On a souvent besoin d’un plus petit que soi.

De cette vérité deux fables feront foi,

Tant la chose en preuves abonde.

Entre les pattes d'un lion Un rat sortit de terre assez à i'étourdie.

Le roi des animaux, en cette occasion, Montra ce qu’il était, et lui donna la vie, Ce bienfait ne fut pas perdu.

Quelqu'un aurait-il jamais cru Qu'un lion d'un rat eût affaire ?

Cependant il advint qu'au sortir des forêts Ce lion fut pris dans des rets Dont ses rugissements ne le purent défaire.

Sire rat accourut, et fit tant par ses dents Qu'’une maille rongée emporta tout l'ouvrage. Patience et longueur de temps Font plus que force ni que rage.

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Or, quelque temps après, le feu se déclara Dans cette forêt où le lion et le rat S'étaient connus. Hors de leur gîte Les animaux prirent la fuite.

Après avoir couru longtemps, Couru jusqu’à perte d'haleine, Affamés, fourbus, haletants, Iis tombèrent sur une plaine Aride, où le gibier manquait totalement :

’as un imot, et pas le plus faible bêlement.

Sire rat aperçut tout à coup le lion A la recherche d'une proie ; Avec confiance, avec joie, Vite il vint au-devant de lui: ‘‘ La région Où nous sommes,” dit-il, ‘‘ ne me dit rien qui vaille : En plaine, on ne saurait trouver de la mangeaille.

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On est bien mieux dans les forêts, Encor qu'on y tende des rets.

Le roi des animaux, à jeun depuis la veille, Fit mine de prêter l'oreille Aux propos du rat imprudent :

Il se pencha vers lui comme Pour mieux l'entendre : T1 flaira son poil doux recouvrant sa chair tendre ; Puis, sans presque y toucher, et d’un seul coup de dent, Le mangea sans aucune honte :

Des animaux n'est-il pas roi ?

... Derechef il se rendait compte Qu'on a souvent besoin d’un plus petit que soi.

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