‹ Les monuments antiques de l'Algérie (volume 2)Chapitre 31 sur 264 · CAVEAUX · texte numérisé non relu

CAVEAUX

Dans des chapitres précédents-, nous avons signalé des caveaux taillés dans le l'oc : c'était un mode de sépulture familier aux Phéniciens et en usage aussi chez les indigènes. Après la (N)nquéte romaine, on continua à creuser des toinl)es de ce type; nous verrons plus tard qu'il en fut de même en pleine époque chrétienne.

Parmi les hypogées qui appartiennent certainement aux premiers siècles de notre ère, nous mentionnerons cetix de Mdaourouch [Madauri]'. Plusieurs sont encore siu'montés d'autels et de stèles, portant des dédicaces latines aux Dieux Mânes des morts ; des fouilles faites dans qu(d(pies-uns d'entre eux'* ont mis au jour un mobilier funi-raire du temps des Antonins et des Sévères.

Les portes, petites baies verticales qui mesurent en moyenne 0",45 de haut sui- O"', i-0 de large, étaient fermées par des dalles et, de plus, obstruées })ar de gros quartiers de rocher. Les chambres, dont le sol est en contre-l)as, sont de dimensions variables : l'une de celles que j'ai visitées a 1",70

1. Delamare, pi. "/(i, fig. 1 et 3 ; conf. Gsell, Mélaiif/es de VÉcole de Rome XIV, 1894, p. 382.

2. Livre I, cli. i (t.'l, p. 36-40) etch. ii [ibid.. p. 36-60;.

3. Lelourneux, Archiu fur Anfhropolor/ie, II, 1867, p. 314. Masqueraj-, Bull, de correspoiidaiice africaine, I, 1882-3, p. 290. Gsell, Recherches archéologiques en Algérie, p. 3;j(i-7.

4. Elles sont faites depuis plusieurs anni'cs par des indigènes, qui vont vendre en Tunisie les objets trouvés.

de largoiir sur 1"",60 de profondeur, une seconde l'",80 sur r",50i.

D'autres caveaux, établis soit eu pleine terre, soit dans (un tuf peu couipacte, oui leurs parois bâtios en pierres de 'taille ou en blocage-. Dans les pages suivantes, nous décrirons plusieurs de ces tombeaux, dont la chambre souterraine est surmontée d'une construction importante, pleine ou évidée, et que, pour cette raison, nous classons dans la catégorie des mausolées''. ÎNIais, souvent, la place des hypogées était indiquée simplement par des pierres analogues à celles qui marquaient les sépultures individuelles à inhumation ou à incinération : stèles, autels, caissons.

Ces caveaux sont, en général, des salles rectangulaires, de (hmensions vai'iables. De petites niches, carrées ou arrondies, ont été ménf:gées dans les parois pour recevoir des urnes '', ou

l. Bien des caveaux creusés dans le roc appartiennent sans doute ù l'époque romaine, mais on manque de points de repère pour fixer des dates certaines. Poui Guehna et pour Kalaa, voii plus haut, t. 1, p. 60, n. 1 ; en ces deux endroits, les tombes sont dans le voisinage immédiat de la ville romaine. — Pour un caveau situé prés de Bou Hadjar, voir Ihid., p. 40, n. 1. Près de là se trouve un autre caveau, dont l'ouverture est une trappe ménagée au sommet ; il n'y a aucun indice qui permette de le dater iLetourneux, Archivf. Anthr., JI, p. 31.';, fig. 92; conf. Bull Comihu 1887, p. 458). — Pour l)ra ZegelTer,en Kaliylie, voir Viré, V>ec. de Conslantine, XXXII, 1898, p. 37. — Pour Chercliel, Ravoisié, Explov., III, pi. 4o.

2. Quelquefois aussi le bas ou deux des côtés de la tombe sont taillés dans le roc; le reste des parois et la couverture sont en matériaux importés. Voir Mclanf/e-i École de Rome, XIV, 1894, p. 425 (caveau de Tipasa), et ici même, t. I, p. 34 (caveaux de Guelaat bou Atfane).

3. Voir auxn" 1 (Alger), 12 (Ilencliir el Hammam), 15 (Khamissa), 36 (Morsott).

4. On voit des restes de plusieurs colombaires à Gherchel. L'un d'entre eux, trouvé à l'est de la ville, date des premiers temps de notre ère. Les niches, disposées sur deux rangées, sont cintrées en bas et quadrangulaires en haut. Quelques-unes contenaient des coO'rets en marbre ou en plomb. Trois de ces récipients portent les épitaplies de deux affranchis de Juba II et d'une alTranchic de Cléop.itre Séléné, femme de Juba. De Lholellerie. Hevue africaine, I, 1856-7, p. 441-4 et planche; le même, Revue arehéologiqjte, XIV, 1857-8, p. 403-6 et pi. 316; Gauckler, Masée de Clterchel, p. 38. — Citons encore des colora-

YSù

FiG. 02. — Plan et coupes d'un caveau de Sigus.

bien des sarcophages ont été déposés sur le sol ; parfois aussi, il y a, le long des murs, de vastes niches cintrées (ou arcosolia), destinées à abriter des cercueils en pierre'. On rencontre inème des squelettes étendus sans que rien les j)rot('ge actuellement- : il est probable qu'ils étaient jadis enveloppés dans des linceuls ou enfermés dans des caisses en bois. La salle est couverte soit d'une voûte en berceau^, soit d"uno rangée do dalles, souvent assez grossières, jetées horizontalement d'une paroi à l'autre ^ soit enfin de deux rangées, disposées en dos d'àne et venant s'appuyer sur une longue pierre, qui fait fonction de poutre maîtresse au milieu de la chambre ; cette sorte de toiture s'observe dans des caveaux de Sigus (voir /ig. 92, d'après Delamare"'). Certains hypogées sont sans communication avec le dehors, ou du moins rou\erturo a été murée lors du dernier ensevelissement. Ailleurs, la voûte est percée d'une» sorte de trappe'''. Ailleurs encore, la porto, d'ordinaire très exiguë, se trouve sur un des petits côtés, de préférence ii l'est. Elle était close par une dalle, appliquée contre la l)aie ou insérée, comme une herse, dans des coulisses latérales". Quand

baires de Tipasa (Mélanc/es École de Home. XIV. 1894. p. 319), d'Alger {Revue africaine, III. !8.j8-9, p. 311 et XIX, ISI.j, p. 390-1). de Dellys (JfjicL. VIH, 1864, p. 74), de Philippeville (près de la porte de Coiislantine), etc.

1. Caveaux de Sétif {Revue africaine. VI, 18G2. p. 234), de Renier, au .sudouest de Guelma.

2. Par exemple à Tipasa {Mélanc/es École île Rume. XIV. p. 3'/9-3S0).

3. Les voTites sont parfois en pierres appareillées, beaucoup plus souvent eu biocage : caveaux de Philippeville (Delamare, pi. 33, lig. 1 et 2 ; pi. 37, lig. t-(î,\ de Ciiercliei (Ravoisié, III, pi. 45): colombaires cités p. uO, n. 4; etc.

4. Caveaux de Guelaat bon Atfane et de Kliamissa, cités L I, p. 34: caveaux de Sigus, avec des dalles dune taille plus soignée (Delamare, pi. 52, fig. 6-9).

"). PI. 52, fig. 1-4 (la coupe A-B n"est pas d'une entière exactitude : les niches latérales ne devi-.iient point se voir).

6. Caveau voûté situé près du village de Gouraya, à l'ouest de Cherchel.

7. A Guelaat bou Atfane, à Khamissa, à Sigus, à Tipasa {MéUniye.i École de Home, XIV, p. 379), à Kalaa (dans le Dahra).

la disposition du terrain rendait cet aménagement nécessaire, on construisait en avant de Tentrée un couloir en pente, que Ton recomblait après chaque ensevelissement.

Un livpogce de Khamissa, fouillé par M. Farges', mérite une mention particulière (voir le plan, fig . 93). Il est situé au sud-est de la ville, à une centaine de mètres de l'arc jeté sur la voie de Tipasa. L'entrée s'ouvre à l'est : c'est un petit couloir, avec des marches-. La salle, bâtie en blocage, est de forme ii peu près semi-circulaire ; elle mesure 9", 40 de Ion-

OiTiiir^

FiG. 93. — Caveau de Khamissa.

gueur. Il y a dix niches potu- des urnes cinéraires. On a trouvé dans les déblais quelques fragments d'épitaphes sur des morceaux de marbre, débris des plaques qui étaient autrefois fixées contre les murs, auprès de ces niches. En outre, un grand nombre d'ossements non brûlés jonchaient le sol. Les parois

Page 1