MAISONS
En Afrique, les riches maisons des premiers siècles de noire ère n'ont pas été construites sur le t^'pe des demeures romaines des villes, dont la partie principale était V atrium, salle au plafond percé d'une baie quadrangulaire. Le modèle des habitations africaines est la maison grecque, dans laquelle les diverses pièces sont groupées autour d'une cour centrale. Derrière l'entrée unique, se trouve un vestibule, que Ton traverse pour pénétrer dans la cour. Celle-ci, rectangulaire ou carrée, est entourée de portiques et décorée d'une ou })Iusieurs fontaines; des plantes, des fleurs devaient égayer l'espace laissé à ciel ouvert. Une grande salle, servant aux réceptions, se voit au fond de cette cour, sur laquelle elle s'ouvre i)ar une ou plusieurs baies. Dans les maisons très vastes, il y a des cours secondaires, assez étroites, bordées de portiques sur un ou trois côtés : autour, sont disposées des pièces formant un
appartement s Souvent un local est aménagé pour prendre des bains ^.
La construction est en blocage, avec des chaînes en pierres de taille ; Fépaisseur des murs ne dépasse guère O'^jSO. Les salles paraissent avoir été couvertes de terrasses plates. Dans aucune des habitations que nous avons examinées nous n'avons constaté d'indices témoignant de Texistence d'un étage.
On a déblayé à Timgad, au sud du decumanus maximus. un assez grand nombre de maisons, malheureusement fort ruinées et dont la plupart ont été remaniées après la chute de la domination romaine. Elles seront étudiées dans l'ouvrage de MM. Cagnat et Ballu '\
Nous n'en décrirons ici qu'une seule, située au nord-est du forum, entre la basilique judiciaire et le decumanus (voir le plan publié t. I, p. 123, fig. 36, lettre F) ''. La porte s'ouvrait sur le decumanus et donnait accès à un vestibule rectangulaire. Dans la cour, qui mesure 10™, 50 de côté, des balustrades en pierre, aux contours assez capricieux, limitaient des jardinets, disposés symétriquement autour d'un puits. Cette cour était, selon l'usage, bordée de quatre por-
1. Voir Gauckler, Monuments Piol, III, 1897, p. 177 seq.\ le même, VArchéologie de la Tunisie, p. 54-5.
2. Voir Corpus, Vlil, 2340, inscription gravée sur la base d'une statue d'Esculape, qu'un habitant de Thamugadi fit ériger ad exornationem balnei. Une autre inscription, à peu près semblable, a été trouvée récemment dans une maison de Timgad, à côté d'une piscine. — Une mosaïque, découverte à Orléansville, était certainement placée dans des thermes, comme l'atteste l'inscription qui l'accompagne. Lasalle fort exiguë qui contenait cette mosaïque semble avoir fait partie d'un bain privé, plutôt que d'un bain public. Voir chapitre xiv, au n" 12.
1). Conf. Ballu, les Ruines de Timgad, p. 222-231.
4. Bœswillwald, Gagnât et Ballu, Timgad, p. 88-92, Ballu, les Ruines de Timgad, p. 224-6, fig. 36.
MAlSOiNS. liNSTALLATlOiNS RLIIALKS 17
tiques. Les salles qui la flanquent sont au nombre de onze. La plus vaste, pavée d'une mosaïque ornementale, se trouve en face de l'entrée ; elle présente, du côté de la cour, une très grande ouverture, coupée en trois baies par deux colonnes. A droite et à gauche de ce salon, il y a une cliam[)re, précédée
FiG. 86. — Petite maison de Saint-Len.
d'une sorte de vestibule, avec lequel elle communique par deux l)aies, qu'une colonne sépare.
La maison dont le plan est donné figure 86, se voit à Saint-
Leu [Par lus Mar/mis) Les murs ne dépassent guère le sol-; en quelques endroits, ils sont même complètement détruits. Cependant, les dispositions intérieures demeurent encore très nettes. L'édifice forme un rectangle de 24°", 70 de long sur 23°\50 de large. L'entrée est ménagée près d'un des angles, au sud-est. On reconnaît fort l)ien remplacement du vestibule, qui communique avec la cour par une porte dont le seuil s'est conservé. Des colonnes soutenaient les quatre portiques. Celui du nord était isolé par des murettes, mais il avait trois portes : il devait servir d'antichambre à un appartement réservé, composé d'au moins deux pièces 'K Dans l'espace à ciel ouvert, de petits murs arrondis représentent sans doute des parois de fontaines '* ; les cuvettes sont pavées de mosaïques blanches et noires. La salle principale est à l'ouest. Elle offre sur le devant trois baies, séparées par deux piUers. La l)aie centrale mesure 2"", 75 de largeur ; elle semble avoir été fermée par une grille. Les deux autres sont larges de l°', iO ; à celle de gauche, on voit encore un seuil de porte. Cette salle était décorée d'une mosaïque ornementale, consistant en des rosaces. Il y avait aussi des mosaïques sous les portiques de la cour, mais il n'en reste plus que quelques cubes ^
1. De Montforl, lievvc africaine, II, 1857-8, p. 184; III, 18:38-9, p. 251-2. De Bocheuionteix, ibicL, XIII, 18G9, p. 66 et 68. Demaeght, Bull, des antiquités africaines, II, 1884, p. 114.
2. Le mur qui entoure la maison est moderne. Il a été établi sur des fondations antiques.