AQUEDUCS
Les Romains ont toujours eu le souci de s'assurer d'abondantes provisions d'eau potable. En outre, les établissements de bains, qui ne manquaient dans aucune ville, exigeaient des quanlités considérables de liquide. Aussi retrouve-t-on, en beaucoup de lieux, des restes d'aqueducs, qui recueillaient l'eau saine des sources et la portaient aux centres habités. L'eau des rivières, chargée d'impuretés, ne servait qu'exceptionnellement à l'alimentation des citadins.
A la source même, un enclos, parfois une chambre couverte, constituait un bassin de captage. La conduite qui s'en détachait était le plus souvent souterraine et suivait, autant que possible, le flanc des coteaux. Des regards, ménagés de distance en distance, servaient à l'aérage et au curage. Cette conduite était, d'ordinaire, un canal, plus ou moins large, construit en blocage ou en briques, avec un enduit intérieur en ciment et un toit de dalles ou bien une voiite en blocage. On a cependant quelques exemples de dispositions différentes : soit des caniveaux, pierres longues posées bout à bout, pré-
sentant une rigole et couvertes de dalles ; soit des files de parallélépipèdes, s'emboitant les uns dans les autres et creusés d'un évidement c^dindrique, par lequel passait le liquide.
Quand il fallait franchir une vallée, les ingénieurs construisaient des ponts, souvent grandioses. Ils n'ignoraient pas le vprocédé du siphon, mais ils s'en servaient assez rarement : la plupart des aqueducs d'Afrique ont été établis suivant une 'pente douce et à peu près uniforme.
L'aqueduc romain le plus important de l'Algérie est celui de Cherchel'. Il se détachait d'une source, située au village actuel de Marceau, au sud-sud-est de l'ancienne capitale de la Maurétanie, et avait 7 lieues de longueur. Large d'un mètre et plus haut qu'un homme, revêtu d'une chemise en maçonnerie de O^jôOàO^iTO d'épaisseur, couvert de grandes dalles, le canal se déroule dans une tranchée, qu'on a creusée à flanc de coteau et naturellement recomblée ensuite.
Mais, à 12 kilomètres de Cherchel, la traversée d'une vallée, parcourue par un affluent de l'oued el Hachem, a nécessité la construction d'un vaste pont, à trois séries d'arceaux superposés (planche LXVIII). En bas, cet ouvrage compte cinq arches; au premier étage huit (il n'en reste plus que cinq ; au deuxième, seize (dont douze sont conservées). Les arcs de la seconde série sont, à proprement parler, des arceaux d'entretoisement, jetés entre les piles de manière à les consolider'^. Jusqu'à la naissance de ces seconds arcs, les piles offrent un
1. De Blinière, Revue archéolorjique, V, 1848, p. 350-1. De Verneuil et Bugnot, Revue africaine, XIV, 1870, p. 141-2. Héron de Villefosse, Archives des Missions, série III, t. II, 1875, p. 392. Playfair, Travels in the foolsteps of Bruce in Algeria, p. 28-9 et pi. III. Revue de VAfrique française, 1888, p. 386. Gsell, Guide archéolorfique des environs d'Alger, p. 60.
2. Cette disposition est fréquente dans les aqueducs romains d'Espagne.
revêtement en pierres de taille, présentant presque tontes des bossages ; en haut, elles sont seulement en blocage et les arcs sont en briques. La hauteur totale est d'environ 35 mètres.
A 5 kilomètres de Cherchcl, et peu après sa jonction avec une autre conduite qui vient du djel)el Chenoua', l'aquoduc franchit la plaine de l'oued Bella sur un second pont, moins élevé et ])lus mal conservé (planche LXIX). On voit les restes d'une \ingtaine de piles, mesurant 3 mètres de côté, séparées les unes des autres par un intervalle de 4 mètres. Cinq des arceaux d'entretoisement qui reliaient ces massifs subsistent encore. Les parois des piles et les arcs sont en belles pierres' de taille, connue dans la partie inférieure du premier pont. i
Au-dessus de Césarée, l'aqueduc atteignait un vaste réservoir ovale (de 20 mètres sur 45), dans lequel venaient aussi déboucher des tunnels creusés k travers le tuf, amenant les eaux de plusieurs petites sources voisines. Une grande galerie, en briques, avec des quais de 1",50 à 2 mètres de largeur et des regards percés dans le ciel, reliait ce réservoir au château d'eau d'Ennabod, d'où des canaux divergeaient pour aller desservir les différents quartiers de la ville. La conduite principale aboutissait à des citernes de réserve, situées sous la caserne actuelle.
L'aqueduc qui amenait à Saldae (Bougie) Icau des sources très abondantes de Toudja, situées à l'ouest de cette ville', avait 21 kilomètres de longueur. On en voit sur plusieurs points des vestiges plus ou moins importants '\ Au pied du village