De Rossi, Bull, cli urcheolorjia crisliana, 1891, p
328 LES MONUMENTS ANTIQUES DE l'aLGÉRIE
carrés qui siipporiaiont une toiture en appentis. Entre les deux piliers du milieu s'ouvre un couloir, flanqué de deux murettes : il conduit à la porte de la basilique. Un fût très bas, enfoncé dans le sol à Tenirée de ce couloir, a i)ent-être porté jadis une vasque, servant aux ablutions des fidèles. Le reste de l'espace occupé par le jsorclie était surélevé de 0'°,25 })ar rap- ])ort au passa g'e central et formait ainsi deux terrasses, auxquelles on accédait par des ouvertures ménagées dans les murs du couloir, et qui étaient bordées, sur la face opposée ainsi qu'en avant, par des cancels ajourés, en pierre.
Le front de Ijasilique est percé d'une seule porte, large de 1",93. Dans le mur latéral du nord, il v a une autre entrée, bien conservée : le linteau est surmonté d'un arc de décliarge, formant une lunette send-circulaire. Une Iroisième porte, dont le l)as seul sul)sist(', s'ouvrait dans le mur dn sud ; elle lucttait l'église en communication avec un édifice voisin, que nous décrirons tout à l'heure.
Des piliers séparaient les trois vaisseaux, comme dans la chapelle primitive. Sur les bas côtés, à une hauteur de 4", 20 environ, on éleva des tril)unes, qui furent prolongées au-dessus des collatéraux de la partie ancienne. On y montait })ar deux escaliers coudés, placés à l'intérieur, aux deux angles que les murs nord et sud forment i)ar leur rencontre avec le mur de façade. Chaqu? trilmne était bordée }tar une colonnade, terminée à ses extrémités i)ar deux demi-colonnes. Les Ijases sont de forme rudimentaire (socle carré surmonté d'un tronc de cône); parmi les fûts, les uns ont été i)ris à des édifices plus anciens et simplement coupés à la hauteur convenable, les autres faits exprès : ces derniers se distinguent par leur facture massive et grossière. Les chapiteaux, laids et trapus, se
rattachent à l'ordre ionique : on les a aussi fabriqués tout exprès pour la décoration de ces tribunes. La liauteur des colonnes complètes (avec base et cliapiteau) est de l",??. Des mortaises, creusées dans les fûts et les bases, prouvent qu'il y avait des grilles dans les entre-colonnements. Sur ces supports étaient jetées des arcades en pierres de taille ; par-dessus, se dressait un mur, construit en blocage, comme l'attestent de nombreux débris trouvés dans les fouilles; il était percé do fenêtres, que garnissaient des plaques de pierre, découpées à jour. Au rez-de-chaussée, d'autres baies, de petites dimensions, éclairaient les bas côtés. On en voit encore quatre, dans le mur du nord, à une hauteur de 2", 65 au-dessus du sol. Elles mesurent en moyenne 0'", 00 d? haut et 0'°,53 d3 large et présentent des feuillures, dans lesquelles s'encastraient des plaques ajourées. Il est probable que des fenêtres semblables s'ouvraient dans les murs des tribunes. Nous avons recueilli de nomln-euses tuiles de la toiture. En admettant, selon l'usage, un toit en dos d'âne au-dessus de la nef, on peut calculer que la hauteur maxhna de l'église était d'un peu plus de 10 mètres.
On n'a pas de données suffisantes pour déterminer avec certitude la date de cet agrandissement du sanctuaire de la martyre Salsa. Peut-être fut-il l'œuATc de Potentius; peut-être convient-il de l'attribuer à une époque plus basse : à l'époque vandale ou aux premiers temps de la domination byzantine.
Vers la hauteur des quatrièmes pihers à partir de l'abside, la nef était barrée par un cancel ajouré, en pierre : sur un fragment se voit une croix monogrammatique, accostée de l'a et de l'o), et dont un des bras est surmonté d'une colombe. Ce cancel devait naturellement être interrompu au milieu.
Plus près de l'abside, à la hauteur des troisièmes piliers,.
330 LES MONUMENTS ANTIQUES DE l'aLGÉUIE
nous avons découvert un socle en maçoimeiie, long de S"", 34, large de 1",70, construit négligennneut avec des matériaux disparates ; l'extérieur était plaqué do dalles de marbre prises ailleurs (celles des angles offraient d'élégants rinceaux). Audessus, s'élevaient deux petites piles qui supîiortaient ja.iis un sarcophage en marbre, du iii° siècle, représentant la légende de Séléné et d'Endj-mion. Tout autour régnait une grille.
Le socle recouvrit entièrement la sé[)ulture de Fabia Salsa, <iui, })réalal)lement, avait été ouverte, dépouillée de son contenu, puis comblée. Il est très probable qu'il faut reconnaître le tomlieau de sainte Salsa dans ce sarcophage, dressé au centre <1 ' la nef sur une base qui le signalait de loin, entouré d'une grille qui l'isolait, brisé plus tard par les ennemis du christianisme avec un acharnement sauvag? : on avait donc utilisé un tombeau païen, vieux de plusieurs siècles, pour y placer le corps delà martyre. Le socle que nous venons de décrire est certainement postérieur à la iiiosaï(pi(' do la nef, sur laquelle il a été simplement posé. D'autre })art, il ne doit pas être antérieur à l'allongement de l'édifice, car ce monument, avec sa clôture qui n'avait })as moins de 5", 65 de long et de 1",94 de large, aurait encombré la nef exiguë de la chapelle. 11 y a donc eu, après 1p milieu (hiv'" siècle, une ti'anslation des l'ostes de la sainte, ensevelis auparavant dans un lieu que nous n'avons }ias pn déterminer d'une manière certain?, soit dans l'aljside, soit dans le sarcophage de Fabia Salsa.
Nous avons (!(''couvert de nomltreuses tombes dans la l:)asilique. Sauf 'quelques-uri 'S, qui paraissent être plus anciennes {le lieu était un cimetière), ce sont des sépultures de fidèles que l'on a voulu enterrer tout jirès de la martyre. Ces tombeaux, qui consistent presque tous en des sai'cophages de
ÉDIFICES DU CULTE CIlliÉTlEN 331
jiicrre, ont été placés à des niveaux différents et sans souci de la symétrie, les uns cachés sous le sol, les autres visibles en partie ou entièrement. Plusieurs portent sur leur couverchî des épitaplies en mosaïque. Il y en a jusque dans le porche.
A une basse époque, la basilique sul)it (Hv(>rs remaniements. De chaque côté de la nef, à 1 mètre en avant des piliers, on éleva une colonnade, extrêmement barbare, dont tous les éléments furent i)ris ailleurs'. On voulait ainsi soulager la charpente qui couvrait le vaisseau central; les tribunes avaient d('jà (hspa.ru et la toiture dut être placée beaucoup plus bas qu'auparavant. Plus tard encore, la moitié postérieure de la nef fut isolée des collatéraux par des murs bâtis entre les ])iliers et par un mur transversal. Ces parois ont été faites avec des matériaux divers, empruntés surtout aux })ai-ties liantes et à la moitié antérieure de l'église. L'é(hfice était donc en ruines : peut-être avait-il été incendié lors d'une des premières incursions des Arabes en Afrique, ou dans toute autre circonstance ; les Tipasiens le restaurèrent à la hâte et comme ils purent, désireux surtout d'isoler et de protéger la partie qui contenait les restes de la martyre. Les nombreux débris d(^ cliarbons que nous avons recueillis dans les fouilles prouvent que le sanctuaire, ainsi rendu au culte, fut détruit par le feu, et cette fois pour toujours. De méchants murs non maçonnés, qui subsistent sur plusieurs points, se rapportent à des masures élevées par les i (hgènes au milieu des décombres^.
A quelques mètres au sud de la liasilique de Sainto-Salsa, on voit un bâtiment, encore assez bien conservé, construit soit eu blocage, soit en pierres de taille (planche XCIV). J'y ai
1. Derrière la façade, deux parois pleines remplacent les colonnes.