CAVEAUX
Dans des chapitres précédents-, nous avons signalé dos caveaux taillés dans le roc : c'était un mode de sépulture familier aux Phéniciens et en usage aussi chez les indigènes. Après la conquête romaine, on continua à creuser des tombes de ce type; nous verrons plus tard qu'il en fut de m.ême en pleine époque chrétienne.
Parmi les hypogées qui appartiennent certainement aux premiers siècles de notre ère, nous mentionnerons ceux de Mdaouroucli {Madauri)'\ Plusieurs sont encore surmontés d'autels et de stèles, partant des dédicaces latines aux Dieux Mânes des morts ; des fouilles faites dans queh|nes-uns d'entre eux'' ont mis au jour nu mol)ilier fuiiérah-e dn temps des Antonins et des Sévères.
Les portes, petites baies verticales qui mesurent on moyenne 0°,45 de haut sur 0"',40 de large, étaient fermées par des dalles et, de plus, obstruées par de gros quartiers do rocher. Les chambres, dont le sol est en contre-bas, sont de dimensions variables : l'une de celles que j'ai visitées a 1™,70
1. Delumare, pl. 7fi, fig. 1 et 3 ; conf. GscU, Mélanges de l'Ecole de Rom e XiV, 1894, p. 382.
2. Livre 1, ch. i (t. I, p. 36-40) et ch. ii [ibid., p. 36-60.'.
3. Letourneux, Ai-chiv fiir Antliropolocfie, II, 1867, p. 314. Masqueray, Tiull. de correspondance africaine, I, 1882-3, p. 296. Gsell, Recherches archéologiques en Algérie, j>. 356-7.
4. Elles sont faites depuis plusieurs années par des indigènes, qui vont ■vendre en Tunisie les objets trouvés.
LES WO?iUMi:MS ANTIQUES DE L ALGÉRIE
de larg-onr sur 1",G(> <lo profoiKlenr, une seconde 1"',8<> sur 1"\50'.
D'autres caveaux, établis soit eu pleine terre, soit dans \m tuf peu compacte, oui leurs parois bâties eu pierres de taille ou en blocage'-. Dans les pages suivantes, n<>us décrirons plusieurs de ces tombeaux, dont la chambre souterraine est surmontée d'une construction importante, pleine ou évidée, et que, jiour cette raison, nous classons dans la catégorie des mausolées-'. Mais, souvent, la place des byi)0gées était indiquée simplement par des pierres analogues ii celles qui marquaient les sépultures individuelles k inbumati<in ou ;i incinération : sti'les, autels, caissons.
Ces caveaux sont, en général, des salles rectangulaires, do dimensions variables. De petites niches, carrées ou arrondies, ont été ménagées dans les parois pour recevoir desiu-nes's ou
1. Bien des caveaux creusés dans le roc appartiennent sans doute h l époque romaine, mais on manque de points de repère pour fixer des dates certaines. Pom Guelraa et pour Kalaa, voii plus haut. t. I, p. 60, n. 1; en ces deux endroits, les tombes sont dans le voisinage immédiat de la ville romaine. - Pour un cavean situé près de Bon Iladjar, voir ihicL, p. 40, n. 1. Près de là se trouve un autre caveau, dont l'ouverture est une trappe ménagée au sommet ; il n y a aucun indice qui permette de le daler (Letourneux, Archii'f. Anthr., 11, p. 3i;i, fig. 'M\ conf. Bidi Cnwil,-, 1S87, p. «8). - Pour Dra ZegetTer.en Rabylie. voir Viré, Rec. de Consbudine. XXXll, 18iJ8, p. Si. — Pour Cherchel, Uavoisié, Explor., 111, pl. 4.'3.
■' Quelquefois aussi le bas ou deux des côtés de la tombe sont taillés dans le roc - le reste des parois et la couverture sont en matériaux importés Voir Mélançies École de R<nne, XIV, 1894, p. 425 (caveau de Tipasa), et ici même, t 1 p. 34 (caveaux de Guelaat bon Atfane).
3 Voir aux n" 1 (Alger), 12 (llenchir el Hammam), 13 (Khamissa), 36 (Morsott).
4 On voit des restes de plusieurs colombaires à Cherchel. L un d'entre eux, trouvé à l'est de la ville, date des premiers temps de notre ère. Les niches, disposées sur deux rangées, sont cintrées en bas et quadrangula.res en haut. Quelques-unes contenaient des cotfrets en marbre ou en plomb. Trois de ces récipients portent les épitaphes de deux alîranchis de Juba 11 et d'une alTranchie de Cléopàtre Séléné, femme de Juba. De Lholellerie, Revue afnccnne \, 1SS6-7 p 441-4 et planche; le même. Revue archéoloçiique, XIV, 18..7-8, p. 403-fa et pl. 310; Gaucklcr. Musée de Cherehel, p. 38. - Citons encore des colom-
SÉrULÏLTiliS
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LES MONLJIENTS ANTIQUES DE l'aLGÉRIE
bien des sarcophages ont été déposés sur le sol ; parfois aussi, il y a, le long des murs, de vastes niches cintrées (ou arcosoli(i)^ destinées à abriter des cercueils en pierre'. On rencontre même des squelettes étendus sans que rien les protège actuellement- ; il est proba])le qu'ils étaient jadis enveloppés dans des linceuls ou enfermés dans des caisses en bois. La salle est couverte soit d'une voûte en berceau soit d'une rangée de dalles, souvent assez grossières, jetées horizontalement d'une ])aroi à l'autre '*, soit entin de deux rangées, disposées en dos d'àne et venant s'appuyer sur une longue iderre, qui fait fonction de poutre maîtresse au milieu de la chambre; cette sorte de toiture s'ol)serve dans des caveaux de Sigus (voir fif/. 92, d'après Delamai^e "'). Certains hypogées sont sans communication avec le dehors, ou du moins l'ouverture a été murée lors du dernier ensevelissement. Ailleurs, la voûte est percée d'une sorte de trappe". Ailleurs encore, la porte, d'ordinaire très exiguë, se trouve sur un des petits côtés, de préférence à l'est. Elle était close par une dalle, appliquée contre la baie ou insérée, comme une herse, dans des coulisses latérales". Quand
baires de Tipasa [Mélanges Ecole de Rome, XIV, 1894, p. 319), d'Alger [Revue africaine, III, 1838-9, p. 311 et XIX, 1875, p. 390-1), de Dellys [ibid., VIII, 1864, p. 7'i), de Philippeville (prés de la porte de Constantine), etc.
1. Caveaux de Sétif [Revue africaine, VI, 18G2, p. 234), de Renier, au sudouest de Guelma.
2. Par exemple à Tipasa [Mélanges École de Rome, XIV, p. 379-380).
3. Les voûtes sont parfois en pierres appareillées, beaucoup plus souvent eu blocage : caveaux de Philippeville (Delamare, pl. 33, fig. 1 et 2 ; pl. 37, 11g. i-6), de Cherchel (Ravoisié, III, pl. 43); colombaires cités p. 30, n. 4; etc.
4. Caveaux de Guelaat bou Alfane et de Khamissa, cités t. I, p. 34; caveaux de Sigus, avec des dalles d'une taille plus soignée (Delamare, pl. 52, fig. 6-9).
5. Pl. 32, fig. 1-4 (la coupe A-B n'est pas d'une entière exactitude : les niches latérales ne devraient point se voir).
6. Caveau voûté situé près du village de Gouraya, ù l'ouest de Cherchel.
7. A Guelaat bou Atfane, à Khamissa, à Sigus, à Tipasa [Mélanges École de Rome, XIV, p. 379), à Kalaa (dans le Dahra).
la disposition du terrain rendait cet aménagemont nécessaire, on construisait en avant de l'entrée un couloir en pente, que l'on recomblait après chaque ensevelissement.
Un hypogée de Khamissa, fouillé par M. Farges ^ mérite une mention particulière (voir le plan, fig. 93). Il est situé au sud-est de la ville, à une centaine de mètres de l'arc jeté sur la voie de Tipasa. L'entrée s'ouvre à l'est : c'est un petit couloir, avec des marches 2. La salle, bâtie en blocage, est de forme à peu près semi-circulaire ; elle mesure 9", 40 de lon-
gueur. Il j a dix niches pour des urnes cinéraires. On a trouvé dans les déblais quelques fragments d'épitaphes sur des mor^ ceaux de marbre, débris des plaques qui étaient autrefois fixées contre les murs, auprès de ces niches. En outre, un grand nombre d'ossements non bridés jonchaient le sol. Les parois