Quoi qu'en aient dit quelques archéologues
2. 11 nous parait superflu de discuter l'hj'pothèsé qui attribue l'introduction de ces monuments en Afrique à une population de blonds, émigrce d'Europe. Elle ne s'appuie sur aucun argument sérieux. 11 n'est nullement prouvé que le type dolménique ait été importé d'Europe en Afrique : un savant éminent, M. Montelius, a récemment soutenu la thèse contraire [Assoc. française, Tunis, 1896, II, p. 203). Le mîilleur parti à prendre est de confesser notre ignorance complète sur cette question. 11 faudrait aussi cesser de mêler les problèmes ethnographiques et les problèmes archéologiques. Bien des exemples montrent que des gens de races fort diverses ont pu adopter une civilisation commune.
Tébessa '. Elles sont creusées dans les flancs d'un étroitdéfilé, dit Foum el Attaba. On en compte de trente à trente-cinq, toutes quadrangulaires, sauf une fort petite cellule qui est de forme arrondie. Elles mesurent l'",20 à 2", 30 de long, O^îOOà
FiG. 8. — Caveau creusé dans le roc, à Gastal.
1™,95 de large, C^jTO à 1^,70 de haut. On entre par une baie étroite (hauteur 0°',70-0"',90, largeur O", 50-0"", 60), qui était fermée soit par une herse ghssant dans des coulisses, soit par une dalle apphquée contre les marges d'un cadre. Les plafonds sont horizontaux ; le sol est généralement en contre-bas du
\. Letourneux, Archiv fiir Anlhropolor/ie. II, 1867, p. 314; conf. p. 309. De Bosredon, Rec. de ConsL, XVllI, 1816-1, p. 413-418.
38 LES MONUMENTS ANTIQUES DE l' ALGÉRIE
seuil de la porte. (Voir le plan et la coupe d'un de ces caveaux fuj. 8.) Une chambre présente une petite niche, une autre deux banquettes latérales. Ces grottes funéraires semblent a voir été taillées avec des instruments en métal. Elles sont aujourd'hui vides : il est probable qu'elles ont été violées depuis f ort longtem] s. Le jlaleau qui les de mire est paiscnié de dolmens à enceintes circulaires.
Des grottes analogues se voient k Roknia, au milieu de la nécropole mégalithique'. 11 y en a environ deux cents. Elles sont d'ordinaire plus grossièrement taillées que celles de Gastal et remontent peut-être à une époque plus ancienne ; nous croyons cependant qu'elles ont été faites avec des outils métalliques. L'ouverture est fort petite (0™,50 à 0°',60 de largeur, en moyenne) et ménagée dans la partie supérieure de la face. Parfois, le côté antérieur est constitué par une murette de blocs sommairement équarris; mais on peut se demander si ce n'est pas une restauration assez tardive. Les dimensions intérieures varient de l'^jôO à 2 mètres pour la longueur, de 1 mètre à P^SO pour la largeur; le plafond est bas et le plus souvent arrondi. Nous ne croyons pas que ces cellules soient bien postérieures aux tombeaux mégalithiques voisins, car l'ouverture de plusieurs d'entre elles est obstruée par des dolmens, qui datent évidemment d'une époque plus récente. On ne saurait douter qu'elles n'aient été faites pour abriter des morts, déposés probablement dans une attitude repliée : elles sont trop petites, en général, pour avoir pu être habitées-;
1. Letourneux, l. c, p. 314-315. Bourguignat, Histoire des monuments rrJ g alilhiques de Roknia, p. 21 et 61. Faidherbe, Recherches anthropologiques sur les tombeaux 'mégalithiques de Roknia, p. 24, 26 et 35. Mercier, Bull. Comité, 1885, p. 552.
2. Il est possible que, plus tard et jusqu'à une époque fort rapprochée de nous, elles aient servi de refuges temporaires et de gîtes à des bergers indi-
d'ailleurs, la plupai't des portes sont disposées de telle façon qu'il eût été impossible de les fermer de Tin térieur. Une grotte qu'on a fouillée en 1860, contenait un squelette.
Il existe près de Kissa, dans le massif du Djr, au nord de Tébessa, un petit cimetière d'un type assez original^ 11 occupe un terrain en déclivité, dominé par une crête rocheuse. De gros quartiers de roc, qui se sont détachés de la montagne
FiG. 9. — Grotte funéraire, à Kissa.
et ont roulé sur la pente, ont été taillés intérieurement avec des instruments en métal. Chacun d'eux constitue une chambre funéraire, dont la porte, très exiguë, était fermée par une herse manœuvrant dans des rainures verticales. Nous avons
gènes ; on a trouvé, clans plusieurs grottes, des restes de foyers. Mais cela n'a rien à voir avec leur destination primitive.
1. Playfair, Report for the years 1893-4 on Ihe trade of Algeria (rapport adressé au «Forcing Office» par le consul anglais Playfair), p. 50. Conf. Gsell, Mélanges de F Ecole française de Rome, '^y , 1895, p. 305. Playfair prend ces grottes pour des habitations : c'est là une erreur.
Li:S IMO.NUMENTS ANTIQUES DE l'aLGÉRIE
compté sept grottes presque intactes (voir à la fuj. 9, le plan de l'une d'elles). Elles sont de forme quadrangulaire ou trapézoïdale et mesurent en moyenne 2 mètres de long sur l"',70de large; les plafonds sont arrondis. Au-dessus de ces tombes, s'élèvent quelques grands dolmens, dont les parois, à assises, sont construites avec des pierres régulièrement équarries '.
En Tunisie, particulièrement au nord de la Medjerda, les grottes artificielles, semblables à celles de Rokniaet de Gastal, ne sont pas rares. Les Phéniciens creusaient volontiers leurs tombeaux dans le roc, et Fou peut se demander si cet usage n'a pas été introduit par eux chez les Africains. Cependant nos grottes présententdes dispositions assez différentes de celles des caveaux proprement puniques ; d'autre part, il est certain que diverses populations de la Méditerranée, entre autres les Sicules, ont taillé des sépultures dans le rocher, bien avant que les marins de Tvr et de Sidon vinssent sur leurs côtes. Nous nous croyons donc en droit de considérer les tombes que nous venons de décrire comme des monuments véritaldemcnt indigènes. Leur âge ne peut pas être déterminé '.
1. On voit, auprès de Collo, une chambre creusée delà même manière dans un rocher isolé. Letourneux {.irchiv fiir AnUiropolofjie, IF, p. 313; conf. Mercier, Bull. Comilé, 1887, p. 459) en signale une autre près de Bou Iladjar, entre la Galle et Souk Ahras ; à en juger par la disposition des auges funéraires, surmontées de niches cintrées [arcosolia], elle date d'une période assez basse de la domination romaine. — Des caveaux funéraires de même type existent aussi en Tunisie (B«Z/. Comilé. 1901, séance de février de la Commission de l'Afrique du Nord).
2. En Tunisie, deux grottes sépulcrales, semblables à celles dont nous parlons, sont ornées de peintures représentant des personnages : elles datent, sans aucun doute, de l'époque historique [Bull. Comilé, 1901, l. c).
xMOM'MENTS LNDIGÈNES
GRAVURES RUPESTRES
D'autres nionuments indigènes offrent un grand intérêt. Ce sont les gravures rupestres que l'on a signalées sur différents points de l'Algérie : dans le Sud Oranais, dans la région de Guelma, dans la partie du Sahara voisine do l'oued Itel (au sud-ouest de Biskra').
M. Flamand a étudié avec beaucoup de soin celles de la province d'Oran ; il a Inen voulu nous communiquer ses dessins et ses photographies et nous donner des indications qui nous ont été très précieuses -.
Sur une trentaine de stations que ce savant a examinées, nous nous contenterons d'en décrire quelques-unes, qui sont particulièrement importantes.
On connaît, depuis 1847, celle de Thyout, lieu situé à une quinzaine de kilomètres à l'est-nord-est d'Aïn Sefra'''. Les gravures occupent une paroi verticale de grès, longue d'environ 75 mètres, haute de 20. Les figures sont de dimensions très diverses ; quelques-unes se superposent et ont été évidemment tracées par des mains différentes.
1. Il y en a aussi quelques-unes en Rabylie (conf. Bull. Comité, 1888, p. 12fi); elles n'ont pas encore été décrites.
2. Conf. Flamand, l'Anthropologie, II[, 18J2, p. liîi-Ufi; id.. Société de géographie d'Alger, Compte Rendu du Congrès national de 1899, p. 207-218. M. Flamand prépare un ouvrage sur les gravures rupestres de l'Afrique du Nord.
3. Jacquot, dans l'Illustration, IX, 18i7,p. 281-285 (n» du 3 juillet). Id., Expédition du général Cavaignac dans le Sahara algérien (Paris, 1849), p. 149. Armieux, Topographie médicale du Sahara et de la province d'Oran (Alger, 1866), p. 28-30. Id., Annales de la Société archéologique du Midi delà France, X, 867, p. 20-27. Id., Bull, delà Société de géograhie de Toulouse, 1883, pl. 1. Rebond, Rec. de Const., XXII, 1882, p. 63-67. Tissot, Géographie delà province romaine d'Afrique, 1, p. 344, fig. 18 ; p. 379, fig. p. 491, fig. 49; p. 514 et olo. Bonnet, Revue d'Ethnographie, VIII, 1889, p. 15o.
42 LES. MONUMENTS AKTIQUES DE l'aLGÉRIE
Les personnages sont de petite taille. Ils lèvent parfois les bras, dans une pose qui rappelle l'attitude classique de l'adoration. D'autres tiennent un arc; il semble que l'un d'entre eux porte, en outre, un bouclier; des chiens accompagnent ces chasseurs. Deux hommes ont à la main un instrument allongé,
FiG. 10. — (gravures rupestres de ïhyout.
à extrémité recourbée, peut-être un hojau ou une hache em manchée. Un archer est coiffé d'une couronne de plumes, à 1 a manière des Peaux-Rouges; quelques individus portent cert ainement un pagne ou une ceinture ; une femme semble avoir a utour des bras des pendeloques ou des franges. Très fréquemment, les gens représentés forment des couples; un
t rait joint les parties sexuelles des personnages :il est possible qu'on ait voulu indiquer ainsi, d'une manière naïve, le lien du mariage. Certains visiteurs ont cru reconnaître sur les gravures de Tliyout des scènes lubriques, des accouplements contre nature; mais M. Flamand pense qu'à cet égard il y a eu méprise.
Outre les chiens domestiques, les animaux figurés sont des lions, un éléphant, de nombreux bovidés, surtout des bœufs à cornes recourbées en avant, des chèvres, des gazelles, des antilopes, des autruches. M. Flamand ne croit pas que le rhinocéros, l'hippopotame et la girafe soient représentés à Thyout, comme on l'a prétendu. [Voir, fkj. 10, la reproduction d'une partie de ces images (d'après une photographie de M. Flamand).]
A Moghar et Tathani (cercle d'Aïn Sefra, à 43 kilomètres au sud du chef-lieu), les gravures couvrent une longue série de roches horizontales, parsemant le plateau qui domine l'oasis'. Ce sont les seuls dessins rupestres de l'Afrique du Nord qui n'aient pas été tracés sur des plans verticaux. Beaucoup de ces gravures sont usées et indistinctes. D'autres sont si mal exécutées qu'il est impossible de les interpréter avec certitude : c'est ainsi que, dans une figure, on a voulu voir soit une tortue, soit un guerrier armé de toutes pièces.
Parmi les images les plus remarquables, on peut citer deux personnages accroupis, les bras levés, les jambes largement écartées, et quelques autres debout, levant aussi les bras. Plusieurs portent une coiffure de plumes ; une sorte de pagne ou de large ceinture à bouts flottants entoure la taille
1. Jacquot, Eape'dilion du général Cavaignac,Y>- 165. Armieux, Topographie, t. c. 1(1., Bull, de la Soc. de géogr. de Toulouse, 18S3, p. 34-41 et pl. 2. Tissot, l. c, p. 491, Cg. 50. Bonnet, l. c, p. 149-lou.
44 LES MOISUME>'TS ANTIQUES UE l'aLGÉRIE
de l'un d'entre eux. Les animaux que l'on reconnaît à Moghar, sont un grand félin (probablement un lion), un éléphant, un grand buffle, des autruches, des antilopes d'espèces diverses,
Fio. 11. — Gravures nipcstres de Ta/.iiia.
des chiens (peut-être un lévrier). Les deux girafes que M. Bonnet a signalées paraissent fort douteuses à M. Flamand '.
1. II en est de même de l'hippopotame, que M. Bonnet indique avec hésitation.
MONUMENTS INDIGÈNliS
Le djebel Mahisserat est situé à 6 kilomètres d'Aïn Sefra, sur la route d'Asla. En cet endroit, un rocher offre un groupe de cinq éléphants en marche, assez bien dessinés
L'éléphant apparaît, avec le grand buffle, à Tazina (à une centaine de kilomètres au sud-ouest de Géryville). {Yo\rfig. 11, d'après M. Flamand.)
Les gravures de Ksar el Ahmar^ (à 40 kilomètres à l'ouestsud-ouest de Géryville) occupent plusieurs rochers, le long
d'une piste conduisant à Kéragda. On y voit, entre autres images, un homme tenant une hache emmanchée [fiff. 12, d'après une photographie de M. Flamand). La forme donnée à cet instrument permet d'}" reconnaître, avec quelque vraisemblance, une arme en pierre polie. Une femme (figure haute de l",3o) a les hanches entourées d'une ceinture. Elle lève les deux liras : il convient de remarquer que les mains ont chacune six doigts. Les grands buffles. sont nombreux à Ksar el Ahmar. On distingue aussi des félins, lions et panthères,
1. Tissot, l. c, p. 372, fig. 41. Bonnet, Revue cVEthnoçiraphie, VIII, 1889, p. iS6-i;;7.
2. Brèves indications de Flamand dans l'Anthropologie, III, 1892, p. 148-9,
FiG. 12. — Gravure rupeslre de Ksar el Ahmar.
4 6 LES MONUMENTS ANTIQUES DE l'aLGÉUIE
des bœufs aux cornes projetées en avant, d'autres bovidés, un bélier (bi Sahara, des chèvres, des autruches.
A Guebar Recliini (à 50 kilomètres environ au sud-ouest de Gérvville), il y a des éléphants ^ un grand buffle, une girafe, des lions, une panthère, une autruche, des antilopes, des gazelles, un cerf, des chèvres, diverses espèces de bovidés, un
FiG. 13. — Gravure rupestre de Bou Alem.
équidé au corps moucheté, probablement apparenté au zèbre.
A Bou Alem (à 35 kilomètres au nord de Géryville), l'image la plus intéressante est celle d'un bouc, dont la tête est surmontée d'une coiffure ayant la forme d'un disque solaire, flanqué de chaque côté d"un serpent luwus : ce^ii sans doute une représentation du grand dieu de Thèbes d'Égypte, Amon (voir fu/. 13, dessin de M. Flamand). Un autre animal, bouc