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Il y a encore quelques sépultures au-delà de ce ravin

Li;S 3I0M'MEMS ANTIQUES DE l'aLGÉBIE

les ruines romaines : elles portent les traces, très distinctes, (les ciseaux en métal qui ont servi à les façonner.

Au dedans, la case est remplie jusqu'aux deux tiers environ par de la terre tassée et des cailloux. Par-dessous, se trouve le dépôt funèbre. Quelquefois, surtout dans les tombes vastes et bien bâties, on ne rencontre qu'un seul corps, couché sur le dos, les jambes repliées et les bras croisés. Ailleurs, des

FiG. 4. — Plan et coupe d'un dolmen de Roknia.

ossements appartenant à divers morts se confondent dans l'étroite cellule, où ils ont été ensevelis simultanément. Les squelettes sont souvent incomplets; parfois même, on n'a enfoui que les crânes. Les poteries sont, pour la plupart, aussi informes que celles du cimetière des Beni Messous. D'ordinaire, elles ont été déposées auprès des tètes, dans les coins des cases; il n'y a guère plus d'un vase par individu. Faidherbe et Bourguignat ont recueilli aussi, dans leurs fouilles, plusieurs bracelets, du tj-pe dit porte-bonheur, faits d'un ruban de bronze; des bagues et quelques débris de colliere, composés de petites

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spirales, de même métal; enfin deux anneaux en argent doré.

Les crânes des gens enterrés en ce lieu sont généralement dolicliocépliales et appartiennent à un type ethnique très répandu sur les deux rives de la Méditerrannée ; deux ou trois têtes, cependant, ont paru présenter certains caractères propres aux races nègres. — Il n'3^ a pas de ruines importantes dans le voisinage ; on a constaté seulement, de l'autre côté du ravin, de vagues traces d'une enceinte en pierres sèches, couronnant un piton escarpé : peut-être était-ce un refuge. La tribu qui ensevelissait ses morts à Roknia devait vivre sous des huttes.

Il est évident que cette vaste nécropole a servi pendant des siècles. Bourguignat, savant doué d'une imagination quelque peu aventureuse, a prétendu prouver que les dolmens qu'il a ouverts remontent à l'année 2200 avant .lésus Chi"ist. Il serait bien inutile de réfuter ici son argumentation fantaisiste, qui se fonde sur la forme des escargots accumulés à l'intérieur des cases. Nous pensons qu'un certain nombre de tombeaux sont beaucoup plus récents. Un pot, recueilli par Faidherbe ', est un objet fait au tour et importé : il resseml)le aux biberons que l'on trouve à Carthage dans des caveaux du iif et du 11" siècle avant notre ère. Nous avons signalé plus haut l'emploi de pierres taillées régulièrement avec des outils métalliques ; les sépultures dans lesquelles elles ont été emploj-ées pourraient bien n'être pas antérieures à l'époque romaine. D'autre part, il serait assez téméraire d'affirmer que les dolmens les plus grossiers sont les plus anciens : peut-être ont-ils été construits à la hâte pour les pauvres gens, tandis que les

1. 11 est aujourd'hui au Musée géologique de l'École des Sciences, à Alger.

Pl. I

Deux dolmens de Bou Nouara

riches étaient ensevelis sous des monuments d'une architecture pkis soignée ^ .

Nous insisterons moins sur d'autres cimetières indigènes qui se trouvent aussi dans la province de Constantine.

Près de la station de chemin de fer appelée Bou Nouara, entre Constantine et Guelma, des croupes rocheuses, ramifications du djebel Mazela, portent plusieurs milliers de sépultures ^. Elles ne diffèrent guère de celles de Roknia (voir planche I). Le pavement circulaire au milieu duquel est placée chaque tombe est d'ordinaire très renflé : il est fait de pierraille ou de moellons grossiers. Tantôt les cases le dominent, tantôt elles sont enfouies et la table seule reste apparente^. Outre la bordure extérieure, formée de blocs simples ou d'assises, un ou deux autres cercles concentriques font souvent saillie au-dessus du pavement et ressemblent à des degrés. Il est tout à fait exceptionnel que les enceintes renfermentplusd'unesépulture. Lescases sontpresque toutes petites : en moyenne, elles mesurent au dehors 1 mètre de long sur 0'",50 de large. Les tables débordent les parois et atteignent 3 mètres, voire même 3", 50 de longueur. Nous n'avons remarqué aucune pierre véritablement taillée, mais les roclies qui ont fourni les matériaux se cassent naturellement en dalles assez régulières : aussi les dolmens de Bou Nouara paraissent-ils d'une construction moins barbare que la

1. Des dolmens d'un aspect très primitif se trouvent devant l'entrée de plusieurs cryptes funéraires qui semblent avoir été taillées avec des instruments en métal. Ils datent donc d'une époque plus récente que ces caveaux, dont nous aurons à parler au paragraphe suivant (p. 38).

2. Faidherbe, Bull, de l'Académie d'Hippone, VI, 1868, p. 63-65, avec plan. Id., Congrès préhistorique de Bruxelles (1872), pl. 9.Jullien, Assoc. française, Alger (1881), p. 1133-1137 = i?ec. de Cons^, XXII, 1882, p. 214-216.

3. La sépulture ressemble, dans ce cas, à celles que nous avons décrites plus haut, au numéro 2 de notre énumération des tombeaux indigènes (p. 7).

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plupart de ceux de Roknia. Parmi les dolmens que nous avons TUS, quelques-uns, de dimensions assez vastes, ont leurs parois longues constituées par deux assises de pierres sommairement équarries; partout ailleurs, la case est formée de quatre l)locs verticaux.

La nécro})ole de Bou Nouara est, pour ainsi dire, inexplorée : Faidherbe s'est contenté d'y faire ouvrir cinq tombes, où il n'a trouvé que des ossements en désordre.

Au djebel Si Tahar, près d'Aïn el Bej (à 15 kilomètres au sud de Constantine), M. Thomas a fait des fouilles dans un petit cimetièi^e, assez mal conservé'. Cependant nous croyons devoir le mentionner ici, car certaines tombes ont pu être approximativement datées par les objets qu'elles contenaient. Les sépultures sont des dolmens à case apparente. Les enceintes sont circulaires ou rectangulaires ; des dalles grossières ou des murs à assises forment les parois des cases; les tables de couverture ont souvent disparu. Dans ces tombes, il y avait généralement plusieurs corps, repliés sur eux-mêmes. Chaque squelette était accompagné d'au moins une poterie, placée près du crâne. Parmi ces vases, les uns sont de fabrication indigène, comme ceux de Roknia; les autres, faits au tour et enduits d'un vernis rouge brillant, proviennent d'ateliers itahens et datent des environs de notre ère. M. Thomas a aussi recueilli des perles en verre ou en silex poli, des débits d'œufs d'autruche, des fers de lance, une bague en fer, trois bracelets, deux en fer et le troisième en bronze, des monnaies frappées par des rois numides du if et du i""" siècle avant Jésus-Christ. Rien n'in-

1. Thomas, liechercbes sur les sépultures anciennes des environs d'Ain el Dey (extrait du Compte Rendu du Congres internaLional des Sciences anthropologiques de Paris, 18*8), p. 13-21.

MOMuMENTS INDIGÈNES

«lique des ensevelissements successifs, des usurpations de sé- })ultures : les tombeaux paraissent bien avoir été faits exprès pour les morts auprès desquels on a déposé ces objets.

La nécropole de Ras el Ain Bon Merzoug compte environ un millier de dolmens, dont une soixantaine ont été fouillés par des archéologues'. Elle est située à 35 kilomètres environ au sud de Constantine, sur dos hauteurs dominant la rive (h-oite de l'oued Bou Merzoug et auprès d'une belle source. Les enceintes circulaires, dont certaines dépassent 12 mètres de diamètre, entourent fréquemment un ou deux cercles concentriques, en saillie sur le pavement renflé. On rencontre aussi un grand nombre d'enceintes carrées. Dans beaucoup de ces l)ordures, une ou plusieurs pierres sont plus grosses, plus élevées que les autres ; c'étaient peut-être des signes permettant de distinguer les tombes. Souvent, des traînées de blocs verticaux, formant des lignes régulières, simples, doubles ou triples, enveloppent des groupes de tombeaux ou les relient entre eux. Quant aux cases, les unes sont dégagées, les autres enfouies sous le pavement jusqu'au niveau de la table. Elles ont parfois de grandes dimensions, car il est facile de tirer de la roche du pays des dalles de plusieurs mètres. D'ailleurs, les dolmens les plus vastes sont bâtis, au moins iiartiellement, ■en murs à assises; quelques-unes de ces constructions affectent une forme à peu près circulaire. Dans la case, un lit de cailloux, épais de 0'°,50 en moyenne, recouvre un petit dallage-,

1. Bertrand, Revue archéolorjiqiie, 1863, H, p. 519-530 = Archéologie cel- ■tique el qanloise, 2° édition, 1889, p. 160-174. Féraud, Rec. de ConsL, VII, 1863, p. 214-234 et pl. I-XI. Letourneux, Archiv fur Anthropologie, II, p. 318. Faidherbe, Congrès préhistorique de lîruxelles (1872), pi. 8 et 12. Jullien, Assoc. française, Alger (1881), p. 1141-1142= Rec. de Const., XXII, i882,p. 219-221. Chabassière, fiec. de Const., XXIV, 1886-7, p. 128-132, pl. XII.

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