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CHAPITRE VIII

THERMES

Dans presque toutes les ruines romaines de quelque importance, ou rencontre des établissements de bains ; dans les grandes villes, il y en a généralement plusieurs.

Ces thermes sont bâtis d'une manière assez uniforme. L'emploi des pierres de taille y est restreint. Elles ne servent guère qu'à fortifier des angles, à encadrer des baies, parfois aussi à former des arcades, ou Inen des cliaines dans les murs. Les parois sont faites de petits moellons, noyés dans un excellent mortier, avec quelques parties en briques. Ce mode de construction avait le double avantage d'être rapide et d'offrir une grande solidité : les voûtes en béton qui surmontaient une partie des salles ne faisaient, pour ainsi dire, qu'un seul bloc avec les murs qui les portaient; en bien des endroits ou murs et voûtes ont été renversés, soit par les hommes, soit par les tremblements de terre, le sol est jonché de massifs énormes, si compacts que rien ne semble pouvoir les désagréger. Souvent, on diminuait le poids des voûtes en en constituant le noyau avec des séries de petits tubes en terre cuite, emboîtés les uns dans les autres : procédé encore usité en Tunisie.

La décoration venait se superposer tant l)ion que mal au gros œuvre. Contre les parois, on appliquait soit des enduits de stuc, revêtns de peintures, soit des placages de marbre. On aimait à paver les salles de mosaïqnes, ornementales ou fîgm'ées.

S'il y a en Algérie beaucoup de restes de thermes romains, peu noml)reux sont ceux qui méritent une description détaillée.

A Chercliel, on a reconnu l'existence de trois établissements de bains.

Le plus considérable, appelé par les indigènes « le palais du Sultan », se trouve à l'ouest de la ville ' (plan, fir/. 07; vues, planches LUI et LIY). Des fouilles y ont été faites à plusieurs reprises, en dernier lieu (1886-1889) par M. Waille, qui a déljlayé toutes les parties non ensevelies sous des bâtisses modernes.

Ces thermes paraissent dater de la fin du if siècle ou du délnit du ni". Plus tard, ils ont su])i quelques remaniements, d'ailleurs peu importants. Ils présentent un plan très symétrique, comme, par exemple, les thermes de Titus, de Caracalla et de Dioclétien, à R,ome.

L'entrée principale semble avoir été à l'est, en un endroit qui n'est plus visible aujourd'hui. Il y avait là un beau portique, formé de colonnes de granit de plus de 8 mètres de

1. De Blinière, Revue arche'ologique. Y, 1848, p. 347-348. Revue africaine, I, 1836-7, p. 143-6, 222-4, 251, 3Û4 (fouilles de Lhotellerie) ; VIII, 1864, p. 477; XIV, 1870, p. 140-141. Waille, Comptes Rendus de l'Académie des Inscriptions, 1886, p. 301-4; 1887, p. 53-6, 232-6: 1888, p. 35-41, 241-230; 1889, p. 360-8. Le même, De Caesareae monumentis quae supersunt, p. 24-30, 33. Gauckler, Musée de C/terchel, p. 6, 7, 8, 10, 53, 100. Gsell, Guide archéolofjique des environs d'Alger, p. 39-48 et plan. Oit, dans la Construction moderne, 10 avril 1897 (p. 327).

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liaiiteur, à cliapitcaux ioniques. Peut-étro môme des portiques rég-uaient-ils tout autour du monument.

Dans la partie orientale, la. principale salle, A, est le frigidariuin. Elle mesure 24 mètres de long sur 14 mètres de large et oiTre un beau pavement en dalles d'onyx, provenant des carrières d'Aïn Tekbalet, dans le département d'Oran. Quatre grosses colonnes de granit, d'un mètre de diamètre, faisaient partie de la décoration de cette pièce : il n'en reste plus que quelques tronçons. La place qu'elles occupaient parait difficile à tîxer avec certitude ; cependant, il est probable qu'elles se dressaient aux points où nous les avons indiquées sur le plan. Sur trois côtés, la salle dont nous parlons est" ilanquée de bassins pour les l)ains froids, B, C, D'.

Des escaliers, disposés en arrière des deux piscines latérales, conduisaient probablement à des terrasses.

A droite comme à gauclie de cette salle, deux grandes pièces, vestibules, promenoirs ou lieux de récréation (E, F, G, H), sont pavées de mosaïques ornementales ; des voûtes d'arêtes les recouvraient. Des mosaïques décoraient aussi les cabinets ou couloirs I, J, K, L.

Derrière le fr'Kjidiiriiiin, se trouve une salle M, qui a été coupée plus tard en trois compartiments. Elle pouvait être (diautfée : des piles de briques y supportaient un sol en béton et, selon l'usage, la vapeur d'eau produite par des fourneaux souterrains circulait à travers le sous-sol, dans les intervalles des i)iles. Cette i)ièce, placée entre le fr'H/idarinm et le cal- (hu'hiiii^ était sans doute un tcpiilantim, oii l'on entretenait une clialeur modérée, formant la transition entre le bain cliaud

1. La grande piscine de Test, B, a été rétrécie à une basse époque. Les murs postérieurs sont indiqués pai' des liacliures croisées.

THERMES

et le bain froid, ou servant de préparation an l)ain cliand.

Les salles P, Q, R, S, T, U, situées à droite et à gauche de ce tepidarium, avaient également des sous-sols chauffés, ou hypocaustes. En outre, les murs étaient doublés par des tuiles, posées verticalement et formant une sorte de rideau qu'un vide de quelques centimètres séparait du mur i. Ces salles devaient être des étuves, chauffées à une température plus ou moins élevée ; il est possible aussi qu'on y ait pris des bains chauds dans des baignoires mobiles. La grande baignoire maçonnée qui se voit dans la salle R est un aménagement de liasse époque.

Les deux pièces extrêmes N et 0, jadis voûtées, sont dépourvues d'hypocaustes ; elles offrent des mosaïques ornementales assez grossières.

La salle V, qui communique avec M, T et U, était le cahlariinn, ou l'on prenait les bains chauds. Elle avait des hj-pocaustes et elle était voûtée^. Une piscine se trouvait dans l'abside du fond; il y en avait probablement deux autres, sur les côtés.

A droite et à gauche étaient des couloirs (X, Y), permettant d'atteindre les fourneaux. Les réduits ù, c ont peut-être servi de réservoirs. Mentionnons enfin de vastes égouts, qui évacuaient les eaux vers la mei" ; ils se distinguent nettement sous les salles A, G, M, U, et à droite du calda?-i(an.

Ces thermes étaient décorés de nombreuses statues, placées

1. Ces rideaux de tuiles étaient probablement destinés i\ préserver les murs contre l'action de la chaleur et de Thumidité : conf. Baumeister, Denkmûler des klassischen Allerlvms, III, p. ITOQ.

2. A une certaine époque, on sentit le besoin de consolider l'angle du nordouest contre la poussée de la voûte, et l'on construisit un gros massif de blocage dans le fond du couloir qui flanquait la salle à droile.

LES MONUMENTS ANTIQDES DE l'aLGÉRIE

soit sur des piédestaux, soit dans des niches arrondies ou quadrangulaires (voir au plan piscines B, C, D, salles M, R, S). Il semble même qu'après le triomphe du christianisme, Tédifice ait été transformé en une sorte de musée, asile pour les images des dieux déchus, qu'on avait consenti à épargner à cause de leur valeur artistique. Les fouilles ont fait découvrir une cinquantaine de statues, plus ou moins mutilées, qui sont allées enrichir les musées de Cherchel, d'Alger, et même le Louvre.

Dans la partie orientale de Caesarea, sur le champ de manœuvres actuel, s'élèvent d'autres thermes, plus petits' (vue, planche LV). La salle principale mesure 20 mètres sur 12. Elle était dallée de marbre. Au sud, deux grandes absides la flanquaient. A l'est, un bassin arrondi, pavé en mosaïque, servait aux l)ains froids ; il était surmonté de trois niches pour des statues, dont l'une, représentant un homme en toge, a été retrouvée il y a quelques années. D'autres salles voisines, dont les murs sont à peine distincts, présentent des vestiges d'hypocaustes ; des plaques de marbre et des stucs peints en ornaient les parois. On y a recueiUi un grand nombre de bouteilles en terre cuite, employées jadis dans les voûtes.

Un troisième établissement de bains se trouvait vers le. miUeu de la ville - ; il n'en subsiste plus qu'im massif de blocage.

1. De Bliiiière, Revue archéologique, V, 1848, p. 346-347. Ravoisié, Exploration, III, pl. Ti-iO. Revue africaine, \\U, 1864, p. 477; XIV, 1870, p. 140. Héron de ViUefosse, Archives des Missions, série 111, t. II, 1875, p. 323. Waille, Bull. Comité, 1890, p. 393-398. Le même. De Caesareae monumentis quae supersunt, p. 31-32. Gauckler, Musée de Cherchel, p. 62, n" 1. Gsell, Guide archéologique, p. .')2-S3.

2. Ravoisié, l. c, pl. 33, 36 (deux salles carrées, qui devaient être couvertes de voûtes d'arêtes, et une grande abside avec trois niches). Revue africaine, III, 18S8-9, p. 67; VIII, 1864, p. 477 ; IX, 1865, p. 66 et 70; XIV, 1870, p. 141. Gauckler, /. c, p. 63. Gsell, l. c, p. 59.

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Les thermes qui sont situés dans le quartier central de Tipasa offrent encore des ruines assez imposantes, s'élevant, en certains endroits à 9 mètres au-dessus du sol actuel' (plan, fic]. 68; vue, planche LVI). Par leurs dispositions, ils resseml)lent aux grands thermes de Cherchel, et ils doivent daler à peu près de la même époque. Malheureusement, ils sont très enterrés

FiG. G8. — Thermes de Tipasa.

et on n'y a fait que quelques déblais, pour installer des caves. A l'est, se trouve le frigidarium, avec une piscine rectangulaire, dont les parois sont creusées de cinq niches pour des statues. D'autres salles, qui n'ont pas été fouillées ou qui sont recouvertes par des bâtisses modernes, flanquaient ce frigidarntm : au sud, un grand bâtiment voûté devait atteindre environ 14 mètres de hauteur. Les pièces pourvues d'hjpo-

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