‹ Les monuments antiques de Rome, encore existantsChapitre 21 sur 156 · AQUEDUCS · texte numérisé non relu

AQUEDUCS

Cicéron vantait l'abondance des sources à Rome: il est certain que le sol où elle s'élevait en comptait plusieurs, entre autres celles du Forum dont il sera parlé; des cours d'eau des-

1. Sur rinfiastructure lies voies romaines, voir R. Cagnat, Manuel d'Archéologie, p. 42. Sur la fav'on dont on voyageait dans l'antiquité, voirnotreouvrairc EÏtiJef cl FaiiLiisies Histori.;iies. Première série-

LES AQIEDUCS. 3i

cendaicnt des collines vers le fleuve; le Nodinits parcourait successivement la dépression qu'occupe le Colisée, celle qui se trouve entre le Cnelius et le Palatin (Via S. Gregorio Mag-no) et se joi^'nait avec un autre cours d'eau, l'Almo, depuis Marrana, pour traverser la vallée du Cirque Maxime et se jeter dans le Tibre à la place S. xMaria in Cosmedin; le Spinon prenait sa source entre le \'iminal et le Cispius. traversait la Subura. le Forum, le Vélabre et se jetait dans le Tibre presque au même endroit que leNodinus; le Pe/roz/ia serpentait entre le Pincio et le Quirinal et traversait le Champ de Mars; il existait en outre quelques ruisseaux. Mais, à mesure que la ville se développa, les travaux de voirie firent disparaître ces eaux. D'autre part l'eau du Tibre dont on s'était accommodé long-temps et qui fut la g-rande ressource de Rome au moyen âg-e, parut trop limoneuse, en sorte que l'on dut aller capter des sources au loin. Durant des siècles, les chefs du pouvoir à Rome s'occupèrent d'y amener des eaux pures et abondantes captées dans les montagnes avoisinantes. Pline et Frontin avaient raison de dire que ses aqueducs étaient la plus grande des merveilles de la ville.

I. .Aqua Appia. — La première de ces adductions remonte à l'année. .3i2 av. J.-C. Les censeurs Appius Claudius Cœcus et Caius Plautius Venox firent établir un conduit de i6 kilomètres parfois enfoui à i.5 mètres de profondeur, pour amener les eaux d'une source voisine de l'Anio et de la voie Collatina; 89 mètres seulement sont à découvert. Dans sa partie souterraine l'aqueduc a la forme d'un T; sa hauteur totale est de i m. 62, sa larg-eur dans la partie étroite est de o m. 38 et, dans la partie supérieure. de o m. 64. Il est bâti en blocs de péperin. L'aqueduc pénétrait dans la ville près du lieudit Ad Spem Velerem qui était situé non loin de la Parla Maggiorc. La conduite traversait le Ca;lius et aboutissait à l'Aventin où l'on en a retrouvé des traces. L'empereur Auguste augmenta le débit de cet aqueduc en captant une autre source par un souterrain de g kilomètres. Le débit de cet aqueduc était de ii5ooo mètres cubes par jour'.

IL Anio Vêtus. — Cet aqueduc fut commencé en 272 av. J.-C. par le censeur Curius Dentatus et terminé deux ans après par Fulvius P'iàccus qui avait été nommé, avec Dentatus, Diiiimvir avilis perduceudiii. Les eaux étaient captées dans l'Anio, audessus du monastère de S. Cosimato près Mandela, à 17 kilo-

1. Cliilïre^ donnc> par La.ni iani. The Riiinf of Ancicnt Ri'mc. p. 47 et >iii\ .

mètres au delà de Tivoli. Le tracé de cet aqueduc est en partie incertain; il entrait dans la ville au même endroit que le premier. 11 était souterrain sur une certaine longueur et aérien dans la campagne de Rome. 11 mesurait ô3 kilomètres; le conduit souterrain mesurait i m. 6o de hauteur sur o m. 40 de large; son débit était de 277000 mètres cubes. Le butin fait sur Pyrrhus avait couvert les frais de construction.

III. Aqua Marci.\. — Cet aqueduc fut commencé en 144 av. J.-C. par le préteur Quintus Marcius Rex, chargé par le Sénat de réparer et d'agrandir les deu.x aqueducs précédents dont le débit devenait insufhsant. Le travail dura cinq ans. Le point de départ est à 275 mètres au dessus du point d'arrivée, dans les montagnes de la Sabine, entre Arsoli et Agosta, à la base du mont Prugna. L'eau ainsi captée a des propriétés de fraîcheur et de limpidité qui font encore sa réputation. L'aqueduc passait en tunnel à travers des montagnes dans la région de Tivoli et par-dessus des vallées sur des ponts qui sont au nombre de sept; son parcours ditTère peu de celui de VAnio Vêtus. Dans la ville, l'aqueduc, qui franchissait l'enceinte dans le voisinage de la Porta Maggiore, se continuait souterrainement par le Viminal jusqu'au Capitole. Auguste augmenta le débit de cet aqueduc. Trajan le continua jusqu'à l'Aventin; Caracalla en alimenta ses bains et Dioclétien les siens. Arcadius et Honorius consacrèrent à sa réparation le produit de la confiscation des biens du comte Guildo, qui avait fomenté un soulèvement en Al'rique. Sa longueur totale est de 91 kilomètres.

Le débit de cet aqueduc était de 290000 mètres cubes. Stace vante la fraîcheur de cette eau :

.y.irs.is nivcs et frigora ducens M.ircia.

W. Aqua Tepul.^. Aqua Julia. — La première de ces deux sources était tiède, 17^, d'où son nom; elle sourdait au pied des monts Albains, dans la Vciïle Mariaiu, entre Frascati et Rocca di Papa; les censeurs Cneius Servilius Cœpio et Lucius Cassius Longinus la captèrent en 126 av. J.-C. La construction de l'aqueduc de l'eau Julia eut lieu 33 ans avant J.-C. sous la direction de Marcus Agrippa. La source Tepula fut d'abord amenée à Rome par une conduite séparée do)it on ignore le tracé; plus tard, le canal où elle coulait fut superposé à celui de l'eau Julia; à lô kilomètres de la ville les deux eaux étaient mélangées. Au sixième mille, avant la ville, l'aqueduc se séparait. L'aqueduc de l'Aqua Marcia suivait sur une certaine longueur le même parcours, en sorte que les arches supportaient trois ca-

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naux à la lois. Ce triple aqueduc traversait la \ia Tiburiiiia sur un arc de travertin à colonnes doriques qui subsiste. Aurélien en utilisa une portion dans la construction de son enceinte. Les ruines de ces aqueducs servirent au .\vr siècle à établir les arches deVAcgua Felice. La longueur du canal pour VAqua Tcpula était de 17 kilomètres et pour VAqua Julia, de 23 kilomètres. Leur débit est respectivement de 28000 et 76000 mètres cubes. Une partie de leurs eaux se déversait au château d'eau qui reçut au mo^'en âge le nom de Trophées de Marins, place Vittorio Emanuele (Voir plus loin).

VI. Aqua ViRGO. — Cette source fut captée par Agrippa que Tempercur venait de nommer Ciiralor Aquarum. Elle se trouve en un lieu voisin de la station actuelle de Salone, sur la \'ia Collalina. Comme le sol était marécag-eux, un bassin de décantation fut établi au départ. L'aqueduc fut achevé le 9 juin de l'an 19 av.J.-C. Claude le restaura en 62. Le tracé en semble capricieux; il se dirig'e vers la porte Prœnestina, mais à 1 kilomètre de distance, il tourne au Nord et pénètre dans la ville par le Pincio. De là, il se dirigeait vers les Thermes d'Agrippa situés au Champ de Mars. Sa long-ueur est de 20 kilomètres dont 19 sont en souterrain; son débit était de i58ooo mètres cubes. L'Aqua Virgo s'appelait ainsi, assurait-on, parce qu'une jeune fille avait découvert cette source.

L'aqueduc, ayant été restaure par Pie V en 1070, fournit actuellement l'eau si cristalline de la fontaine de Trevi, des fontaines de la place d'Espagne et de la place Navona.

\'ll. Aqu.\ Alsietixa ou AuGusTA. — L'empereur Auguste avait établi en l'an 10 cet aqueduc long de 33 kilomètres, pour amener l'eau du lacAlsietus, actuellement Martignano', jusqu'à une naumachie créée par lui au Transtévère. Il ne reste aucune trace de cet aqueduc. C'était celui dont le niveau était le moins élevé : « Omnibus humilior Ahielina est », dit Frontin. L'eau n'en pouvait être bue et servait uniquement à la naumachie et à l'arrosage. Le débit était de 24000 mètres cubes.

\'III. Aqua Claudia. — Cet aqueduc, le plus célèbre des aqueducs romains, amenait les eaux de trois sources de la vallée de l'Anio, voisines de celles de l'Aqua Marcia. Caligula le commcnva en l'an 38, Claude l'acheva en ,52, le 1" août, jour de son anniversaire. Il descendait la vallée de l'Anio, contournait le

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