SE CHANGER EN AUTANT
D'IROQUOIS. ù Paroles de Maisonneuve
A M. de Montmagny.
Disons avec l’honorable juge Pagnuelo, le président du comité qui érigea le monument Maisonneuve :
‘ Ce monument est un poème, le poème des temps héroïques du Canada, non pas chanté en hexamètres homériques, mais reproduit dans le bronze et le granit pour parler aux yeux, et graver à jamais dans le cœur de tout un peuple le souvenir des vertus de cette poignée de braves et de saints, hommes et femmes, qui ont quitté patrie, famille, repos, ont traversé les mers sur de frêles vaisseaux, et se sont plongés dans la forêt, au milieu de peuplades barbares, guerrières et cruelles dans la seule vue de glorifier Dieu et de travailler au soulagement de l’humanité.
‘ Nous, les héritiers de tant de gloire, qui jouissons dans la paix et l’abondance de l’œuvre qu’ils ont créée, nous, les descendants des Francs chevaleresques, aussi bien que les autres peuples qui habitent le Canada et qui, tous ensemble, sommes appelés à former la nation canadienne, nous saluons avec respect et admiration les Olier, les de la Dauversière, les Fancamp qui, les premiers, ont arrêté de fonder une ville en cet endroit avec leurs seules ressources et celles de leurs amis ; de Maisonneuve, le chef de la colonie, qui a consacré sa fortune, son épée et sa vie à la réalisation de cette périlleuse aventure ; ces nobles et saintes femmes, Jeanne Mance, qui réclame l’honneur d’être la première Sœur de Charité, Marguerite Bourgeois, qui fut la première institutrice ; le major Lambert Closse dont toute l’ambition était de mourir dans les combats au service de Dieu et dont le vœu a été exaucé ; LeMoyne, soldat et laboureur, et les héros du Long- Sault, Dollard et ses dix-sept compagnons, héroïques jeunes gens qui vont à la rencontre de tous les Iroquois coalisés pour écraser la colonie, martyrs de la patrie, morts au champ d’honneur pour le salut commun ; et les Brébeuf, les Lalemant, les Jogues, les Bressiani et tant d’autres dont la vie fut dominée par la religion et la patrie, absorbée en elles, épurée par le sacrifice, les luttes et les souffrances. Quel peuple peut se vanter d’une origine aussi pure, aussi désintéressée et aussi héroïque? (1)”’
(1) Sur le monument Maisonneuve, on peut consulter deux brochures publiées en 1895 : Monument Maisonneuve : Souvenir de la cérémonie d'inauguration le ler juillet
1895, et Récit-souvenir de l'inauguration du monument Maisonneuve, à Montréal, le ler juillet 1895.