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PLACE DE LA CATHÉDRALE, À MONTRÉAL

A statue de Mgr Ignace Bourget, deuxième évêque de Month. réal, érigée sur le parterre en face de la cathédrale de Montréal, est l’œuvre du sculpteur Philippe Hébert.

Cette statue fut dévoilée le 24 juin 1903, en présence de Mer Sbaretti, délégué du pape au Canada, et d’une foule considérable.

La face principale porte l'inscription suivante :

À MGR IGNACE BOURGET DEUXIÈME ÉVÊQUE DE MONTRÉAL ARCHEVÊQUE DE MARTIANAPOLIS 1799-1885 LE DIOCÈSE RECONNAISSANT 24 JUIN 1903

En arrière du monument, on lit :

‘‘MES ENFANTS, GARDEZ LE DÉPÔT SACRÉ DES TRADITIONS, SOUVENEZ- VOUS DE MES LABEURS.’’ (Dernières paroles de Mgr Bourget dans son mandement d'adieu)

Un critique d’art écrivait dans la Gazette, de Montréal, peu après l'inauguration du monument Bourget :

‘* Si l’on tient compte de la grande différence qu’il y a entre l’homme de guerre et l’homme d’église, le monument de Mgr Bourget est, à certains égards, supérieur à celui de Maisonneuve. Peu de nos concitoyens l’admettront peut-être, et pas un seul probablement ne voudrait voir disparaître l’une des quatre figures allégoriques qui ornent la base de ce dernier ; maïs on se demande si les deux seules figures allégoriques qui sont à la base du monument Bourget ne produisent pas plus d’effet...

‘ Mgr Bourget est représenté dans tout l’éclat de ses vêtements épiscopaux, adressant la parole au peuple. Sa figure, pleine du zèle qui l’animait pour l’avancement de ses concitoyens, est tournée vers le Mont Royal. D’une main, il tient un manuscrit et de l’autre il accentue d’un geste les paroles qu’il prononce.

‘ Mais, au point de vue de l’art, la statue d’un homme d'église est soumise à bien des conditions. Elle doit être pacifique

tout en étant virile ; elle doit symboliser l’action plus encore que la parole. Pour avoir été trop irrévérencieux, l'artiste court le risque de ne faire qu’un lieu commun. M. Hébert a su tourner cette double difficulté, et Mgr Bourget se révèle dans sa statue de bronze le pasteur magnifique qu’a connu la dernière génération, le pasteur toujours en éveil pour protéger le troupeau.

‘“ Dans la composition de ses figures allégoriques, M. Hébert a pu donner libre cours à son imagination, maïs il a su tout de même la contenir sans que cela y paraïisse, et l’effet produit n’en est que plus grand. S'il est vrai, suivant que le veut la maxime esthétique, que c’est le suprême de l’art de cacher l’art, ce l’est surtout pour ce monument qui représente Mgr Bourget sans autres attributs autour de lui que les figures héroïques de la Religion et de la Charité, symboles créés par l’artiste de cette vie consacrée exclusivement à la gloire de Dieu.

‘* C’est à ce point de vue que le monument atteint un degré de beauté et de noblesse qui ne pouvait être obtenu d’autre façon. La Charité a les yeux tournés au ciel avec une trace de tristesse résignée sur la figure. D’une main elle soutient un enfant, et de l’autre elle désigne, d’un geste suppliant, une femme amaigrie par la misère autant que par l’âge, et à qui elle vient de donner une miche de pain. C’est bien le type de la charité dans la vie réelle, et l’artiste n’a pas eu recours à aucun truc du métier pour accentuer la leçon. Ces gens-là souffrent, mais ils ne maudissent pas la société ; ils prennent ce qui leur est offert et vivent dans l’espérance d’un sort meilleur.

‘* Du côté opposé du piédestal, contrastant avec la Charité, est la Religion. Elle est triomphante. La Charité fait appel aux cœurs, les yeux levés au ciel ; la Religion, elle, d’une figure sereine, embrasse d’un regard le monde entier. A côté d’elle est un vieillard, un moribond. Il attend sa fin prochaine, une petite croix à la main. Au-dessus de sa tête, la Religion lève son bras dans un geste de prédication. La tête porte la couronne de la victoire et son pied écrase le serpent de l’erreur.

‘A sa gauche, un petit enfant est en prière, les mains jointes. : Il a les yeux levés au ciel ; le vieillard, lui, tient les siens abaïissés vers la terre où bientôt il se couchera. Et la Religion qu’un pareil spectacle ne saurait émouvoir, car elle en a vu bien d’autres à travers les âges, prêche à tous la doctrine du talent.

‘* Les bas-reliefs rappellent la vie de Mgr Bourget. On le voit dans celui-ci en visite au camp des zouaves canadiens, aux environs de Rome. Il s’appuie au bras du colonel du régiment, cependant que M. Hébert, un genou en terre, baise respectueusement l’anneau épiscopal de Sa Grandeur. Quel réalisme dans ce monument de la vie des camps ! A gauche, un officier fait caracoler son coursier ; à droite, un petit tambour cause avec un camarade. L'autre bas-relief représente Mgr Bourget agréant des mains de l’architecte le plan de la présente cathédrale.”’

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