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LA CROIX DU PERE VIEL

AU SAULT-AU-RÉCOLLET

De temps immémorial, écrit M. l’abbé Beaubien, dans son ouvrage Le S ault- au- Récollet, une croix de bois a été entretenue sur la partie la plus élevée de l’île de la Visitation, rivière des Prairies. Les missionnaires de la Nouvelle- Lorette, tous les curés du Sault-au-Récollet, d’accord avec leurs paroissiens, ont eu à cœur de la conserver, de la renouveler quand elle menaçait ruine. Aucune raison ordinaire ne peut expliquer la présence d’une croix en cet endroit. Ce n’est pas la croix du bord du chemin si chère à nos ancêtres. De tout temps elle a dominé une île inhabitée. Les vieillards de la paroisse, consultés, il y a un bon nombre d’années, sur l’origine de cette croix, répondirent que leurs pères prétendaient qu’autrefois, sous le régime français, un religieux avait été enterré sur cette île déserte.”

L’île de la Visitation s’élève en face du dernier saut de la rivière des Prairies.

Or, l’histoire nous apprend que c’est dans le dernier saut de la rivière des Prairies que le Père Récollet Nicolas Viel et son disciple Ahuntsic furent noyés par de perfides Hurons.

La tradition conservée par les vieillards du Sault-au-Récollet n’aurait-elle pas son point de départ dans le meurtre du Père Viel et du malheureux Ahuntsic?

M. l’abbé C.-P. Beaubien s’appuie même sur cette tradition pour dire que le vaillant martyr a bien pu dormir son premier sommeil de mort sur cette plage, là où la croix s’élevait, et que l’on a entretenue avec fidélité pendant tant d’années.

“ L’effroyable attentat une fois commis, écrit-il, les voyageurs ayant descendu le dernier saut, ont entendu les cris farouches des Sauvages sur la rive. Ils ont vu les afhquets flottant sous la brise. Certainement, quelque chose d’anormal se passait. Ils sont accourus, puisque le Père LeClercq atteste qu’ils ont sauvé la chapelle, le calice. Des recherches immédiates ont été faites. Une fois le corps retrouvé, peut-être plusieurs jours après la mort, comment pouvait-on le transporter à Québec ? Ne puis-je pas supposer qu’on l’a enterré à cet endroit, et qu’on est venu le chercher plus tard dans une embarcation plus propre à son transport? Je ne vois que cette manière d’expliquer la présence de cette croix, comme aussi la tradition qui s’y rattache.”

Ajoutons, encore avec M. l’abbé Beaubien :

“ Qu’elles soient vraies ou douteuses, ces traditions, elles accusent quand même chez nous un souvenir qui ne meurt pas, une pensée de reconnaissance qui passe d’un cœur à l’autre, vrai culte des patriotiques exploits, des immenses sacrifices, des morts de héros, trame mystérieuse et sacrée de gloire, se perpétuant saine et vivace au sein de nos campagnes. La croix abrite toutes ces saintes choses, consacre pour toujours d’aussi glorieux souvenirs. Aussi, jeunes ou vieux, tous saluent ce signe de vraie conquête, de garde tutélaire. Qu’ils vénèrent toujours à son ombre la mémoire de cet homme du plus pur et du plus généreux dévouement ! ”

La croix de l’île de la Visitation, hélas ! n’existe plus. Un coup de vent la renversa. La Société Saint-Jean-Baptiste, section du Sault-au-Récollet, la remplaça par une nouvelle croix, comme avaient fait les citoyens de cette paroisse depuis 1696. Mais, cette fois, on abandonna le site pittoresque de l’île de la Visitation. On la planta dans l’île de Montréal, à côté de l’ancien fort de Lorette, tout près du boulevard Gouin. Deux inscriptions disent toute l’histoire de cette croix.

La première, au coin du boulevard Gouin, porte :

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