‹ Les monuments commémoratifs de la province de QuébecChapitre 108 sur 113 · À VERCHÈRES · texte numérisé non relu

À VERCHÈRES

IL n’est pas besoin de la magie des mots, écrivait M. J.-Edmond Roy, en 1909, pour expliquer l’impression que cause Madeleine de Verchères, la sympathie qu’elle excite, la lumière qui rayonne d’elle. Comme le disait un jour, lord Grey, gouverneur général du Canada, cette héroïne résume toute une époque de gloire. Par son père elle descend des nobles familles de France, par sa mère elle touche à la bonne terre canadienne. Par son action courageuse et sa vie si complète et si bonne, elle tient au peuple entier.”

La statue de Madeleine de Verchères, érigée sur le théâtre même de son exploit, à Verchères, a été entièrement payée par le gouvernement du Canada. Elle fut dévoilée le 21 septembre

Dans une étude sur l’œuvre de Philippe Hébert, qu’il appelle le “ maître de la sculpture canadienne ”, un écrivain français, M. Maurice Hodent, parle ainsi de la statue de Madeleine de Verchères :

“ Madeleine de Verchères n’avait que quatorze ans et huit mois le jour d’octobre 1692, où elle sauva le fort de Verchères. Son père était absent. Tout le monde était aux champs et Madeleine elle-même était à quatre cents pas du fort, qui n’était gardé que par un factionnaire. Soudain, les Iroquois, qui étaient cachés dans les buissons, font irruption et enlèvent par surprise une vingtaine d’hommes. Un sauvage aperçoit la jeune fille et se met à sa poursuite, mais elle était leste et elle parvint aux portes du fort au moment où il allait la saisir. “ Je lui laissai entre les mains mon mouchoir de col, écrivait-elle à madame de Pontchartrain, et je fermai la porte sur moi en criant aux armes et, sans m’arrêter aux gémissements de plusieurs femmes désolées de voir enlever leurs maris, je montai sur le bastion où était la sentinelle. Je me métamorphosai pour lors en mettant le chapeau du soldat sur ma tête et faisant plusieurs mouvements pour donner à connaître qu’il y avait beaucoup de monde, quoiqu’il n’y eût que ce soldat, je chargeai moi-même un canon de quatre livres de balles que je tirai sur eux. Ce coup si précipité eut heureusement tout le succès que je pouvais attendre pour avertir les forts voisins de se tenir sur leurs gardes, crainte que les Iroquois ne fissent les mêmes coups.”

C’est la jeune fille à son premier acte de bravoure que Philippe Hébert a voulu nous montrer. “ J’ai longtemps cherché cette figure, nous disait-il, et pourtant j’étais tout pénétré de sa noblesse. . . Un soir de novembre, je venais de lire quelques pages de La légende d’un peuple de Fréchette. Est-ce l’influence du poète ? Est-ce l’émouvant souvenir des longues luttes soutenues par nos pères pour s’établir sur notre sol? Je ne sais. Toujours est-il que je pris un bloc de glaise et modelai en quelques minutes, sans effort, avec une émotion triomphante, la forme rebelle que j’avais si longtemps cherchée. C’était ma jeune Madeleine de Verchères se dressant de toute sa hauteur pour faire voir aux Sauvages son chapeau de soldat par-dessus les palissades, serrant nerveusement un fusil trop lourd pour elle mais qu’elle savait manier, toute palpitante d’émotion, l’œil au guet, le nez au vent, transfigurée par l’idée de sauver les siens et de défendre la maison natale.

“ Je fis couler en bronze cette petite statuette et je fus très surpris du succès qu’elle obtint surtout chez nos compatriotes anglo-saxons. Un jour, elle eut la bonne fortune d’attirer l’attention du gouverneur général du Canada, lord Grey, qui me fit l’honneur de venir à mon atelier et m’acheta ma statuette. Je ne saurais dire quelle gratitude je dois personnellement à lord Grey et quel souvenir lui gardent mes compatriotes canadiensfrançais, car il a toujours manifesté à l’égard des nôtres une bienveillance spontanée et sincère. C’est lui qui eut l’idée première du monument de Verchères et le suggéra à sir Wilfrid Laurier qui m’en fit la commande. Peu de temps après, le nouveau gouvernement, dirigé par sir Robert Borden, donnait les ordres nécessaires pour l’exécution.”

“ Telle est l’histoire de ce beau monument, et nous ne saurions dire lequel nous a le plus séduit, du touchant et authentique récit de la défense de Verchères ou de la svelte et robuste image que l’artiste a su créer. La tête est belle et fière avec assez de rusticité, la taille est hardiment cambrée, le corps se devine jeune et bien découplé, les jambes nerveuses se raidissent sous les plis simples du jupon ; toute l’allure est d’audace tranquille, enjouée et non farouche. Madeleine a quatorze ans et ne connaît pas le danger auquel elle vient d’échapper ; elle a confiance en sa bonne étoile, les palissades du fort tiennent bon, elle a son mousquet et on l’a sûrement entendue au fort voisin! Il n est pas jusqu’à la grâce du chapeau à la mousquetaire et des lourdes nattes de cheveux défaites sur les épaules qui n’ajoute au charme de cette apparition et plus d’un Canadien qui l’apercevra en remontant le fleuve dira qu’il n’est pas de plus iolie fille sous le ciel bleu (1).”

(1) La Canadienne, de Paris, septembre 1913.

LE MONUMENT AUX HÉROS DE LA GRANDE GUERRE

Page 1