LE PREMIER MONUMENT AUX VICTIMES DU TYPHUS
À LA GROSSE-ILE
La Grosse-Ile est située dans le Saint-Laurent, à dix lieues en aval de Québec, en face de Montmagny.
Lors de l’apparition du choléra asiatique au Canada, en 1832, le gouvernement impérial établit une quarantaine sur la Grosse-Ile.
Pendant les épidémies de 1832 et de 1834, un bon nombre de cholériques furent débarqués sur la Grosse-Ile et y moururent.
Mais c’est en 1847 que la Grosse-Ile a acquis sa triste renommée. 5,424 pauvres Irlandais morts du typhus y furent inhumés.
On aura une idée des horreurs qui se déroulèrent sur la Grosse-Ile en 1847 en lisant l’extrait suivant du témoignage du docteur Douglas rendu devant un comité de la Chambre d’Assemblée.
Le docteur Douglas déclarait que les cadavres étaient retirés de la cale des navires au moyen de crochets, et que les autorités devaient payer une piastre et même un souverain ($4.86) pour chaque corps ainsi pêché et porté au cimetière situé à quelques pas du rivage, sur la pointe ouest de la Grosse-Ile. Là, on creusait des tranchées de trois pieds de profondeur (le roc empêchait de creuser plus) et l’on y plaçait les cercueils, deux l’un sur l’autre, de ceux qui étaient morts en remontant le fleuve ou aux hôpitaux de l’île. Avec cette double rangée de bières, il ne restait plus que six ou sept pouces de terre pour les couvrir. Une armée de rats, descendus des navires en rade, s’empara de ce champ de la mort, y creusa des milliers de trous et se mit à ronger les cadavres. Les autorités de l’île craignant avec raison que ces milliers de corps recouverts d’une légère couche de terre et dont plusieurs étaient mis presque à nu par les rats, n’engendrassent une maladie pestilentielle, firent charroyer des milliers de charretées de terre prise sur les buttes environnantes. On évita ainsi une nouvelle épidémie et les cadavres des pauvres Irlandais furent mis à l’abri des attaques des rongeurs (1).
(1) A. Béchard, Histoire de V Ile-aux-Grues et des îles environnantes.
Le docteur Geo.-M. Douglas, surintendant médical de la Grosse-Ile, et les dix-huit médecins qui l’assistaient pendant ces jours terribles érigèrent, à la fin de la saison de navigation de 1847, au milieu du cimetière de l’île, un monument aux victimes du typhus et aux médecins qui avaient succombé en leur portant secours.
Ce monument porte les inscriptions suivantes :
Sur la face regardant l’ouest :
IN THIS SECLUDED SPOT, LIE THE MORT AL REMAINS OF 5,424 PERSONS WHO, FLYING FROM PESTILENCE AND FAMINE IN IRELAND, IN THE YEAR 1847, FOUND,