À LACHINE
Dans la nuit du 4 au 5 août 1689, 1500 Iroquois traversaient le lac Saint-Louis et débarquaient sur la rive de Lachine, à quelques arpents du fort La Présentation. La nuit était si noire et la pluie tombait avec tant de violence que les féroces guerriers purent s’approcher des habitations sans être vus. Avant même le point du jour, le massacre des habitants de Lachine commençait.
M. Bochart Champigny écrivait au ministre, quelques jours plus tard :
“ Je laisse à M. de Denonville de vous informer comme la teste de l’isle de Montréal fut attaquée le cinquième du mois d’août par un parti de quinze cents Iroquois, qui, n’ayant osé attaquer nos forts, désolèrent la campagne, mirent le feu partout, tuèrent et amenèrent hommes, femmes et enfants, sur plusieurs desquels ils exercèrent des cruautés inouïes et qui font horreur à y penser seulement.”
M. de Belmont, un contemporain, dans son Histoire du Montréal, fixe à 90 le nombre des personnes tuées ou amenées prisonnières par les Iroquois, lors de leur descente à Lachine. Feu M. le juge Girouard a réussi à retracer à peu près toutes les victimes du massacre de Lachine. Il donne le chiffre de 80 personnes, tant pour les tués que pour les prisonniers.
Le 9 août 1891, Mgr Fabre, archevêque de Montréal, bénissait à Lachinê un monument élevé à la mémoire des victimes du massacre du 5 août 1689. M. l’abbé Proulx, vice-recteur de l’université Laval, à Montréal, terminait son discours, lors de cette démonstration, en s’adressant aux victimes mêmes de la férocité des Iroquois :
“ Non, âmes des ancêtres, nous ne vous oublierons jamais, jamais. Rentrez dans le silence de la tombe. Dormez du sommeil du juste, à l’ombre de cette croix qui a féconde votre vie et fortifié votre mort. Vos noms sont inscrits aux pages de l’histoire, votre légende est racontée le soir au coin de nos foyers.
Ce monument est chargé de prolonger votre souvenir jusque chez nos petits neveux les plus reculés. Et si, par hasard, vous étiez en besoin de quelques prières, voyez ce que la reconnaissance a gravé profondément dans nos cœurs, nous l’avons gravé en lettres d’or sur la pierre : Priez pour nous.”
Le monument élevé par les citoyens de Lachine aux victimes du massacre de 1689 est en pierre et surmonté d’une croix. Il porte pour inscription :