‹ Les monuments de l'Inde, ouvrage illustré d'environ 400 figures, héliotypies, dessins, cartes et plansChapitre 24 sur 93 · ANA ET DU BUNDELKUND · texte numérisé non relu

ANA ET DU BUNDELKUND

ar l’expression de Rajpoutana ou Radjesthan, on désigne aujourd’hui une région assez limitée dans l'Ouest de l'Inde. Ses habitants, les Rajpouts, c’est-à-dire, suivant l’étymologie de ce mot, les Fils de Rois, représentent une des races les plus anciennes et les plus pures de l'Inde. Ils prétendent être les descendants des conquérants aryens, et c’est parmi eux que se rencontre la plus vieille noblesse non seu-

lement de l’Inde, mais du monde. Le rajah d’Odeypour est le seul

souverain qui puisse prétendre avoir une généalogie vieille de plus

quinze siècles.

Lorsque les Musulmans pénétrèrent dans l’Inde, ils y trouvèrent les Rajpouts établis dans toutes les villes du Nord-Ouest, jusqu'aux confins du Bengale moderne. Ils régnaient à Lahore, Delhi, Kanoudje, Khajurao, Adjodhya, etc.

Refoulés de ces contrées fertiles, les Rajpouts se réfugièrent dans les régions moins accessibles du Rajpoutana actuel.

Le territoire actuel du Rajpoutana s’étend de l’Indus jusqu'aux portes d'Agra, et de la frontière méridionale du Pundjab, près du Satledj, jusqu'aux États Mahrattes qui sont compris entre Baroda et Gwalior.

Ce territoire se divise actuellement en 19 États, dont 16 sont en la possession des clans Rajpouts, et sont gouvernés chacun par le chef de ces clans. Le plus élevé en rang de ces États est celui d'Odeypour. |

Jusqu’au seizième siècle les Rajpouts luttèrent avec diverses alternatives de succès et de revers contre les Musulmans. Bien qu'ayant perdu Ajmir, forteresse la plus puissante de la région, leur indépendance ne commença à être sérieusement menacée qu'après la prise de Chittor. Ils fondèrent alors une nouvelle capitale à Odeypour, et réussirent à s’y maintenir indépendants. Ce ne fut que sous Akbar qu’ils furent englobés dans l'Empire mogol, mais leur soumission fut beaucoup plus nominale que réelle. Akbar leur laissa leur organisation, donna à leurs chefs de grandes dignités dans ses armées et épousa des femmes rajpoutes. Sa politique fut continuée par ses successeurs, Shah Jehan et Jahangir, fils de femmes radjpoutes, jusqu’à Aurengzeb qui se les aliéna et leur fit sans succès la guerre. Lorsqu’après la mort d’Aurengzeb, en 1707, l'Empire mogol s’écroula, et que les Afghans, les Mahrattes, les Sikhs, les vicerois révoltés s’en partagèrent les dépouilles, les Rajpouts profitèrent de lPanarchie pour

déclarer leur indépendance. Ils l’ont conservée jusqu’à nos jours. C’est dans les États indépendants actuels du Rajpoutana qu'ont été le mieux conservées les anciennes institutions, mœurs et coutumes de l’Inde.

Construits par la même race et dans la même région, beaucoup des monuments que nous allons examiner maintenant présenteront naturellement de grandes analogies.

Le qualificatif « jaïna », qu’on applique généralement au style de plusieurs de ces monuments, nous semble, ainsi que nous l'avons dit, tout à fait impropre. Ce terme de style jaïna parait indiquer, en effet, qu'il s’agit du style architectural propre à une religion particulière, alors qu'il ne s’agit en réalité que du style de certaines régions de l’Inde pendant certaines époques. Nous verrons en effet des monuments d’une même époque, dans une même localité, avoir exactement le même style, quelles que soient les divinités jaïnas ou brahmaniques auxquelles ils sont consacrés. Les temples de Khajurao et de Gvalier, notamment, nous en fourniront des exemples.

MONUMENTS DE KHAJURAO. (Fig. 63 à 81.)

Khajurao, ancienne capitale des Rajpouts de la dynastie Chandel, est une cité déserte située à 34 kilomètres à l'Est de la ville de Chaterpour. Comme elle ne figure guère sur les cartes, nous indiquerons ses coordonnées géographiques. Elle est située par 80° de longitude Est du méridien de Greenwich et par 24° 51’ de latitude Nord. Cette grande cité est uniquement habitée aujourd’hui par des animaux sauvages. Auprès d'elle s'élève un misérable village de quelques centaines d'habitants.

Cette ville, si oubliée aujourd’hui, fut une des plus importantes de l'Inde, à en juger par ses monuments. Elle possède environ quarante temples, dont quelques-uns ont l’ampleur de nos cathédrales gothiques, et, sur plusieurs kilomètres, la plaine est jonchée de débris. Il y a bien peu de villes de l'Inde, sauf Bhuyaneswvar peut-être, présentant une pareille collection de monuments remarquables.

Mentionnée par Hiouen Thsang, qui visita le Bundelkund en 641 de notre ère, Khajurao est citée ensuite par Abu-Rihan qui accompagna, en 1022, Mahmoud dans sa campagne contre Kalinjer. Le voyageur Ibn-Batuta la visita en 1335.

Nous ne savons rien de l’époque de sa fondation ; mais son importance, au temps de Hiouen Thsang, montre qu’elle devait avoir déjà quelque ancienneté : elle contenait alors plusieurs douzaines de monastères bouddhistes.

L'origine du Khajurao actuel remonte probablement à l’invasion de Mahmoud le Ghaznévide. Le rajah se réfugia dans sa forteresse de Kalinjer, et, jusqu’à la fin du douzième siècle il résida à Mahoba, dont nous parlerons plus loin. Les rajahs furent obligés de retourner dans leur forteresse, lorsque les Musulmans, sous Kutb-ud-Din, envahirent de nouveau le pays au commencement du treizième siècle, et leur ancienne capitale devint bientôt déserte.

Les temples de Khajurao encore debout datent, la plupart, des dixième et onzième siècles ; un seul est supposé du septième ou huitième siècle de notre ère, mais l’époque de sa construction parait fort douteuse.

Bien que généralement construits pendant le même siècle, les temples de Khajurao appartiennent à trois cultes différents, celui de Vishnou, celui de Siva et celui des Jaïnas, Ils sont trop

parents au point de vue architectural pour qu’on puisse facilement, au premier abord, dire à quelle religion chacun d’eux appartient. Nous pouvons conclure de l'importance égale donnée

aux uns ef aux autres, qu’à étaient également florissants

Au point de vue architecsurpassé les temples de Khales recouvrent par milliers, bles. Il ny a guère que les quelquefois égalé, et bien ravue de l’ornementation, les

Ces temples n'étaient connotice de Cunningham. Fern'en parle que d’après Cunvures qu'il en donne, emprun- Rousselet, sont trop réduites que de leurs détails d’ornerecouvrent et peuplent leurs et leurs colonnes si bizarres,

tées et n'étaient connues que

Fig. 63. — KHAIURAO.— Plan du temple de Khandaria (X:

le général Cunningham.

cette époque ces trois cultes dans cette région.

tural, les Hindous n’ont guère jurao. Parmi les statues qui beaucoup sont très remarquacathédrales gothiques qui aient rement dépassé, au point de temples de Khajurao.

nus jusqu'ici que par une gusson ne les ayant pas vus, ningham; et les quelques gratées à la relation de voyage de pour donner une idée quelconmentation. Les statues qui les sanctuaires, leurs chapiteaux

n'avaient jamais été représen-

d’un petit nombre de visiteurs européens, visiteurs rendus bien

rares par extrême difficulté des moyens de communication dans cette région.

Les noms placés au-dessous de nos photographies diffèrent souvent de ceux énumérés par

Fig. 64. — KHAJURAO, — Ruines du temple de Ganthaï. — auteur des colonnes, environ 4",50.

Cunningham

: ce sont ceux qui m'ont été donnés par le chef d’un village voisin. Il habite le

pays depuis quarante ans, et ses assertions ont été contrôlées par un fonctionnaire du rajah

de Chatterpour qui m’accompagnait dans mon exploration.

Il serait inutile de décrire séparément tous les temples reproduits sur nos planches, en raison de

la similitude qu’ils présentent. Les vues que je donne de l’un de ces temples de face, de profil et en arrière (fig. 65, 66 et 67), et celles des détails d’ornementation les plus curieux des autres temples, donneront une idée beaucoup plus claire de ces édifices que les meilleures descriptions.

Leur hauteur ne dépasse guère 40 mètres et leur largeur 35 mètres. Ils sont placés sur une plate-forme en pierre. Extérieurement, ces temples rappellent par la forme de leurs pyramides eurvilignes les grands temples d’Orissa; mais ils en diffèrent notablement par beaucoup de détails d’ornementation, bien qu’appartenant en définitive au même type. Le sanctuaire, surmonté comme ceux d’Orissa d’une tour pyramidale nommée Vimana ou Sikra, est précédé d’une enceinte devant laquelle se trouve un portique auquel on accède par un étroit escalier de pierre. Contrairement à ce qui s’observe dans la plupart des temples d’Orissa, il existe un passage autour du sanctuaire, qui forme ainsi une sorte d’autel. Le sanctuaire et la salle qui le précède sont éclairés latéralement par de larges ouvertures formant portiques soutenus par des piliers. Il en résulte que le plan du temple a la forme d’une double croix. Ainsi que dans tous les temples hindous, les voûtes sont construites par la simple superposition de pierres horizontales. Ce mode de construction ne permet pas de couvrir un grand espace, mais, comme nous l’avons dit déjà, il donne aux voûtes une solidité très grande. Nous avons vu également que les architectes hindous ont réussi à agrandir l'espace que peut couvrir une voûte construite d’après ce principe, en faisant supporter les assises horizontales voisines du centre par des piliers.

Les murs intérieurs et extérieurs de chacun de ces temples sont couverts de centaines de statues qui ont près d’un mètre de hauteur.

Le seul temple qui diffère des précédents par son type est celui de Ganthaï (fig. 64) qu’on croit être du huitième siècle; mais comme il n’en reste que quelques colonnes, je ne vois aucune raison pour en faire avec Fergusson le type dun style particulier.

Parmi les temples représentés dans nos planches, je mentionnerai surtout celui de Vishnou (fig. 65 à 67). Le petit temple de Parvati, situé près de ce dernier, contient au centre une statue à quatre bras de grandeur naturelle qu’on dit être Parvati, épouse de Siva, mais qui doit être plutôt Laksmi, épouse de Vishnou, à en juger par la figure de ce dieu placée au-dessus de sa tête.

Auprès de Khajurao existe un petit village où se trouve un groupe de temples jaïnas, dont je donne une vue d'ensemble (fig. 80). Je les crois beaucoup plus modernes que les précédents. Dans la cour de l’un d'eux j'ai trouvé un groupe de statues provenant d'anciens temples et que je reproduis également.

Bien que ce soit dans le Bundelkund que se trouvent les plus beaux monuments hindous, les édifices musulmans, ou tout au moins renfermant des détails d'architecture musulmane, y sont fort nombreux. Sur la route qui va de Nowgong à Chatterpore, capitale de l’un des plus importants rajahs de la contrée, ils se rencontrent à chaque pas.

Ces monuments sont trop peu intéressants, d’ailleurs, au point de vue uniquement architectural, pour nous occuper longuement, et je n’en parle ici que pour montrer combien fut profonde l'influence des Musulmans dans l'Inde même, dans les régions où ils n’ont jamais exercé une autorité bien grande. Pour donner une idée de ces monuments de style composite, je reproduis ici le mausolée de Pertap Sing (fig. 81), à Khajurao. Il a été construit il ÿ a une cinquantaine d’années à peine, c’est-à-dire à une époque où depuis bien longtemps les Musulmans mavaient plus aucune puissance. Les nombreux motifs musulmans qu’ils présentent prouvent combien

cette influence est vivante encore.

Fig. 65. — KHAJURAO. — TEMPLE DE ViSHNOU. Façade.

MONUMENTS DE L'INDE. L ll |

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