CHAPITRE IT
rÈs postérieurs à ceux qui ont été construits dans le reste de la Péninsule, et d’ailleurs fort peu nombreux, les temples souterrains du Sud de l’Inde se rattachent par leur architecture aux temples sou-
terrains bouddhiques et brahmaniques que nous avons décrits, mais pas du tout aux grandes pagodes dont le Sud de lInde se couvre à partir du dixième siècle. Il y a du reste un intervalle de quatre siècles environ entre les derniers temples souterrains et les premières pa-
godes, et cet intervalle de quatre siècles, nous n’avons rien pour le remplir.
La plupart des temples souterrains du Sud de l’Inde ne sont point inférieurs, au point de vue des sculptures, surtout, à ceux qu’on rencontre dans le reste de la Péninsule. Ils sont évidemment l’œuvre d'artistes auxquels l’art de travailler la pierre était familier depuis longtemps. On ne connaît jusqu’à présent que deux groupes importants de temples souterrains dans le {il Sud de l’Inde, ceux de Mahavellipore et ceux de Badami. Nous allons les décrire successi-
1 vement.
MONUMENTS DE MAHAVELLIPORE. (Fig. 175 à 178.)
Mahavellipore, ou la ville des Sept-Pagodes, bâtie, disent les légendes hindoues, par des génies, se trouve au bord de la mer, à 50 kilomètres au Sud de Madras.
On y voit quelques excavations souterraines, mais le grand intérêt de cette localité est dû à de grands bas-reliefs sculptés sur des rochers et à une série de temples monolithes fort curieux.
Les sculptures,-et notamment les bas-reliefs tant de fois reproduits représentant Durga tuant Mahasura, démon à tête de buflle, figurent parmi les plus remarquables de l’Inde : on les suppose du huitième siècle.
Les temples monolithiques de Mahavellipore semblent être le prototype très simplifié des pagodes du Sud de l’Inde. Ils sont très analogues, comme plan, au Kaïlasa. Ce sont des monu-
Fig. 175. — MAHAVELLIPORR. — TEMPLE MONOLITHE.
6. — ManAvELLIPORE. — Bas-relief sur un rocher représentant le combat de Durga
avec le monstre Mahasura.
a es
ments assez petits, puisque le plus grand n’a guère que sept à huit mètres de hauteur sur une douzaine de longueur; mais ils sont formés d’un seul bloc, exactement comme le temple monolithe d’Ellora.
Ces temples contiennent plusieurs inscriptions en sanscrit, Le (amoul ne figure dans les ins-
Fig. 178. — MAHAVELLIPORE, — Temple monolithe,
criptions de cette région qu’à partir du dixième siècle. On suppose, d’après la forme des lettres dans les inscriptions, que ces temples furent construits vers le sixième siècle de notre ère. De nombreuses monnaies romaines, chinoises, persanes, etc., trouvées auprès des pagodes de Mahavellipore, prouvent que cette région, déserte aujourd’hui, eut autrefois des relations commer-
ciales importantes. Parmi ces monnaies, on en a trouvé de l’empereur Théodose (393 ap. J.-C.).
Je n’insisterai pas davantage sur les monuments de: Mahavellipore. Étant d’un accès très facile, ils comptent parmi les plus étudiés et les plus décrits. Les photographies qu’on en trouve partout étant, — chose exceptionnelle pour les monuments de l’Inde, — parfaitement suffisantes, j'ai jugé tout à fait inutile de consacrer un temps précieux à les recommencer. Les
gravures que je donne ici ont donc été faites d’après des photographies commerciales. |
MONUMENTS DE BADAMI. (Fig. 179 à 185.)
Badami, au Nord-Ouest de Bijanagar, dans le Dharwar, est un village situé dans une des régions les plus pittoresques et les plus sauvages de l’Inde. Il se trouve au pied de deux montagnes laissant entre elles une gorge profonde occupée en partie par un lac. Sur le sommet de l’une des montagnes se trouvent plusieurs temples, dont un dravidien fort ancien qui rappelle les temples monolithes primitifs de Mahavellipore; on l’aperçoit sur une de nos planches (fig. 179).
Fig. 179. — BADAMI. — Vue d'ensemble.
Dans les flancs de l’autre montagne sont creusés quatre temples souterrains, trois brahmaniques, un jaïna, dont les sculptures et les piliers sont extrèmement remarquables.
La date exacte de construction de ces temples est connue; nous savons qu’ils sont du sixième siècle. L'un d'eux, le plus grand, porte en effet, — chose bien rare dans les monuments de l’Inde, — une inscription indiquant qu’il fut creusé à une époque correspondant à l’an 579 de notre ère. Ces temples peuvent donc être rangés parmi les plus anciennes constructions brahmaniques. Ils sont d'autant plus intéressants que les excavations analogues sont fort rares dans le Sud de la Péninsule.
Ils appartiennent à une époque où le Brahmanisme avait fini par absorber à peu près entièrement le Bouddhisme. Bouddha n’y apparaît plus que comme l'incarnation de Vishnou. Une statue gigantesque que contient l’un d’eux, et que représente une de nos planches (fig. 182), montre Vishnou dans l'attitude habituelle de Bouddha, assis sur un serpent dont les nombreuses têtes forment une sorte de parasol autour de celle du dieu, C’est exactement sous cette forme que Bouddha est représenté sur les bas-reliefs bouddhiques d’Amravati. Le plus important des temples souterrains de Badami n’a que 21 mètres de longueur sur 15
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