‹ Les monuments de l'Inde, ouvrage illustré d'environ 400 figures, héliotypies, dessins, cartes et plansChapitre 55 sur 93 · FIG. 236. PETIT TEMPLE AU CENTRE D'UN LAC SACRÉ · texte numérisé non relu

FIG. 236. PETIT TEMPLE AU CENTRE D'UN LAC SACRÉ

MONUMENTS DE MADURA. (li

Madura, ancienne capitale des rois Pandyas, est une des cités les plus considérables du Sud de l'Inde. Sa population s'élève à 80.000 habitants. Sa fondation est antérieure à l'ère chrétienne. Elle était connue des auteurs grecs et latins et devait être en relations commerciales directes où indirectes avec les Romains, car on a trouvé de nombreuses monnaies romaines dans le fleuve qui la traverse.

En 1310, Madura subit l’invasion des Musulmans, qui ÿ établirent une dynastie, laquelle dura 60 ans et finit par être expulsée par les rajahs de Bijanagar, au quatorzième siècle, Ces derniers y installèrent alors, sous leur suzeraineté, la dynastie Najak, qui dura plus de deux siècles, et dont Tirumal, qui régna de 1623 à 1659, fut le plus célèbre représentant. C’est sous son règne que furent construites, ou du moins réédifiées, les plus grandes pagodes du Sud de l'Inde, celle de Madura, notamment.

La pagode de Madura (fig. 219 à 232) est une des plus vastes et des plus célèbres de l'Inde méridionale. Elle est construite sur l'emplacement d’un ancien temple, antérieur, dit-on, à notre ère, mais toutes ses parties importantes sont du temps de Tirumal. Elle contient cependant des piliers provenant sans doute d’autres constructions et couverts d'inscriptions très antérieures à cette époque. Nous ignorons d’ailleurs si Tirumal ne se borna pas à un simple travail de restauration et d’agrandissement. Dans tous les cas, le style de la pagode ne diffère en rien de celui des autres pagodes de l’Inde méridionale.

Comme la plupart des grandes pagodes, celle de Madura est formée par une série d’enceintes rectangulaires concentriques, dont la plus grande a 250 mètres environ de longueur. Elle possède neuf gopurams : quatre grands et cinq petits. Le plus grand, celui de l'Est, a 46 mètres de hauteur; la base est en pierre, mais la superstructure est en briques, et les statues en terre cuite.

Parmi les parties importantes de la pagode de Madura, il faut d’abord citer une salle servant aujourd’hui de bazar, et désignée par les Hindous sous le nom de Puthu Mantapam. Elle a coûté 25 millions et demandé 22 ans de travail. Au milieu des nombreuses statues qu’elle contient on remarque celles de Tirumal, de sa femme et de ses prédécesseurs. La longueur de cette salle est d’environ 100 mètres, sa largeur d’environ 30 mètres. Son toit est supporté par 198 piliers formés chacun d’un seul bloc de granit et couvert de sculptures représentant les figures les plus diverses. Il est difficile de rêver quelque chose de plus imposant que cette longue avenue de monstres fantastiques, d’idoles, de dieux, de déesses, dont les figures graves, souriantes ou terribles, surgissant dans l’ombre, transportent le visiteur dans un monde de rêves les plus étranges.

Quelques-uns des piliers sont formés de chevaux ou de monstres cabrés (fig. 231). Ce motif d’ornementation est général dans les pagodes du Sud de PInde, mais nulle part aussi largement traité qu’à Madura et surtout à Sriringam.

Nos planches donnent une idée très exacte des parties les plus intéressantes de la pagode de Madura. Je mentionnerai surtout l’intérieur d’un sanctuaire représenté ici (fig. 227 et 228) désigné par les Brahmanes sous le nom de Dhvaya Sthamla Mantapam. Je ne lai trouvé décrit

dans aucun ouvrage, probablement parce que l'accès en est interdit aux étrangers. Il contient

certainement les plus belles statues de la pagode. Je ne connais aucun sanctuaire dans le monde, en y comprenant nos vieilles églises gothiques, qui produise un effet aussi imposant. Ces statues de pierre, émergeant de la demi-obscurité qui règne dans toute l’enceinte, ont des poses tellement vivantes qu’on ne peut croire tout à fait à leur immobilité; elles sont sculptées dans une pierre très foncée ressemblant à du marbre noir.

Les arcades ne figurent pas plus dans cette pagode que dans les autres monuments analogues du Sud de l’Inde : elles étaient cependant connues parfaitement des architectes hindous, puisqu’ils en ont fait un usage fréquent dans le grand palais de Madura, représenté dans cet ouvrage, et construit à l’époque même où fut édifiée la pagode.

On voit dans l’enceinte de la pagode un étang sacré (fig. 219), dit l'étang du « Lotus d'Or », ayant 55 mètres de longueur sur 49 mètres de largeur. Il fut créé, suivant les Hindous, par un coup du trident de Siva, et, disent-ils, l’eau du Gange vient sous terre l’alimenter. Il est entouré d’une galerie sur laquelle des peintures assez primitives représentent divers événements merveilleux relatifs à la construction de la pagode. Une de nos planches (fig. 221) donne un spécimen de ce travail.

À deux kilomètres de Madura se trouve un grand lac sacré, connu sous le nom de Teppa Kulam (fig. 236), construit sous Tirumal. Il a 303 mètres de longueur sur 288 de largeur; un petit pavillon de forme assez gracieuse s’élève au milieu de cette nappe d’eau.

Outre sa grande pagode, la ville de Madura contient encore un monument splendide : le palais construit par le rajah hindou Tirumal, l’auteur de la restauration de la pagode. C’est un des rares palais de l’Inde encore debout, et en même temps un des meilleurs exemples qu’on puisse citer de l’influence qu’exercèrent les Musulmans même dans les régions où leur domination fut éphémère.

Quand j'ai visité le palais de Madura, on le restaurait d’une façon qui m'a paru assez satisfaisante. Nos planches (fig. 233 à 235) donnent des reproductions de la partie principale du monument, notamment de l’ancienne salle du Trône, qui sert de tribunal aujourd’hui; elle a 37 mètres de longueur, 20 mètres de largeur, 22 mètres de hauteur, et est surmontée d’un dôme. Autour de la partie supérieure de la salle se trouve une galerie où s’asseyaient les femmes de Tirumal pendant les réceptions. Cette salle est soutenue par des piliers reliés par des arcades rappelant nos arcades gothiques, et sur lesquelles se trouvent des moulures faites, je crois, avec un stuc particulier qu’on fabrique dans la présidence de Madras. Dans les angles de la salle se trouvent quelques statues et divers motifs d’ornementation, qui seuls peuvent révéler que lédifice n’a pas été construit par des Musulmans.

Le palais de Madura figure, avec ceux des rois mogols de Delhi, des rois de Gwalior et des rois d’Odeypoor, parmi les plus beaux monuments de l’Inde.

Ce n’est pas le seul du Sud de linde où se retrouvent les influences musulmanes. En dehors des mosquées, assez médiocres d’ailleurs et généralement modernes, qu’on y rencontre en assez grand nombre, on peut citer encore le palais de Tanjore, de la fin du dix-huitième siècle; mäis il appartient trop visiblement, de même que les monuments de Luknow, au Nord de lInde, à une époque de décadence, pour mériter l’honneur de la reproduction. Cette époque de décadence paraït avoir eu pour cause l’immixtion européenne, italienne surtout, qui, à

une certaine époque exerça une influence désastreuse, heureusement fort passagère,

Es

MONUMENTS DE TRIGHINOPOLY ET DE SRIRINGAM. (Fig. 237 à 249.)

La ville de Trichinopoly, auprès de laquelle est située la célèbre pagode de Sriringam, est une grande cité de 84.000 habitants, dont l’ancienneté n’est pas très grande. Elle est dominée par un rocher de 72 mètres de hauteur, que surmonte une forteresse en partie démolie, et à la base duquel se voit un étang sacré.

On arrive au sommet du rocher par un escalier de 300 marches, taillé dans les fissures du roc. De place en place se trouvent des sanctuaires ornés de statues. Ils ont été récemment blanchis à la chaux. J’ignore la date de la construction de ces divers petits temples, mais je les crois très antérieurs à l’époque de la construction de la grande pagode que je vais décrire.

On trouvera dans nos planches le rocher de Trichinopoly, les sanctuaires situés dans l’intérieur de la citadelle et l'étang sacré qui se trouve au bas du rocher (fig. 237 à 240).

La grande pagode de Sriringam, à 4 kilomètres de Trichinopoly, est dédiée à Vishnou. Elle est située dans une ile formée par le Kavery et le Coleroon. Cette pagode n’est pas ancienne, puisqu’elle ne date que du dix-huitième siècle; elle contient cependant une petite comstruction en mauvais état que Fergusson fait remonter au douzième siècle; ce qui parait prouver qu’il existait déjà une pagode sur le même emplacement.

La pagode de Sriringam est très analogue à celle de Madura. Elle est surtout remarquable par les sculptures de quelques-uns de ses piliers et par ses vastes dimensions. On peut la considérer, avec le grand temple de Karnak, en Égypte, comme le plus gigantesque édifice religieux du monde, Une de nos planches (fig. 242) donne une vue d'ensemble des plus importants de ses gopurams.

Son plan général est un exemple de ce que nous disions, dans l’Introduction de ce chapitre, de la formation des grandes pagodes par adjonction de nouvelles enceintes concentriques munies de gopurams. Chaque enceinte étant plus considérable, suivant qu’elle est plus extérieure, et son gopuram plus haut que ceux de l'intérieur, il en résulte que les gopurams placés au centre de chaque face antérieure du rectangle forment comme une avenue de pyramides dont la hauteur va en décroissant de l'extérieur à l’intérieur; ce qui, au point de vue architectural, est évidemment peu satisfaisant. Si le contraire avait été réalisé, c’est-à-dire si les pyramides eussent été en augmentant de hauteur de la circonférence au centre, l'effet produit serait beaucoup plus imposant.

La pagode de Sriringam a sept encemtes concentriques. Le mur de la plus extérieure forme

un rectangle de 880 mètres de longueur sur 760 mètres de largeur. La plupart des enceintes ont

un gopuram sur chacune de leurs faces : il y en a quinze en tout, quatre à chacune des trois

premières enceintes et trois à la quatrième. Le grand gopuram Nord a 46 mètres de hauteur. Un

de ces gopurams commencé, mais non fini, devait s’élever à 91 mètres de hauteur : il n’en a

que cinquante-deux. Nous donnons ici des vues d'ensemble et de détail (fig. 243 à 246) des plus remarquables de ces gopurams.

e, la seule dans l’intérieur de laquelle puissent pénétrer les agode con-

La première enceinte extérieur Hindous de castes inférieures, renferme un bazar qui forme une véritable ville. La p tient du reste une population considérable de prêtres, bayadères, serviteurs, etc.

Les statues qui ornent les gopurams sont en terre cuite et recouvertes de peintures à teintes crues. Elles sont pour la plupart dépourvues de valeur artistique. On en trouvera plusieurs représentées à une grande échelle dans nos planches (fig. 245 et 246).

On voit dans l’enceinte de la pagode plusieurs constructions importantes, notamment un temple des « Mille colonnes » ayant 137 mètres de longueur sur 40 mètres de largeur. Chacune de ses colonnes est formée d’un seul morceau de granit richement sculpté.

La pagode contient un mantapam, dont la facade est formée par des colonnes monolithes supportées par des cavaliers, des monstres, dans diverses attitudes. Leur ensemble, comme on peut s’en convaincre par nos planches (fig. 247 à 249), est très imposant. On se rendra compte,

en les examinant, du prodigieux travail que leur exécution a dû demander.

Héliotypie H Racle cAnet Quinsac) Paris.

FIG 237 & 288. TRICHINOPOLY. LE LAC SACRÉ, La © SITUÉ AU SOMMET DU ROCHER

ITÉDELLE & LE TEMPLE

FIG. 239 & 240. TRICHINOPOLY. TEMPLE SITUÉ DANS L'INTÉRIEUR DE LA CITADELLE. DÉTAILS DES COLONNES

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