CARACTÈRES GÉNÉRAUX DES MONUMENTS MUSULMANS DE L'INDE
x raison de la multiplicité des royaumes musulmans dans l’Inde à diverses époques, on observe des styles assez différents d’une province à l’autre. D'une part, en effet, les conquérants appartenaient à des races diverses; et de l’autre, les provinces envahies possédaient souvent leur style architectural spécial. De la fusion d'éléments dissemblables résultèrent des styles différents, et qu’il est impossible d’englober sous une dénomination unique. En étudiant les monuments de Golconde, Delhi, Lahore, Bijapour, etc., on se sent immé-
diatement en présence d’édifices d'origines fort diverses. Ces styles
sont différents, mais l'influence hindoue s’y sent toujours. Les Musulmans de PInde ne réussirent jamais, comme ceux d'Égypte et d’Espagne, à créer des monuments absolument originaux, tels que la mosquée de Kait-Bey au Caire, ou Alhambra à Grenade, par exemple. Dans les monuments musulmans de l’Inde, les éléments étrangers se superposent où se combinent généralement de la façon la plus heureuse, mais il est toujours facile de les reconnaitre. Les différences souvent très grandes que les monuments musulmans présentent, d’une région à l’autre, proviennent surtout de la diversité des proportions dans lesquelles se trouvent combinés
les divers éléments indigènes et étrangers qui les composent.
Trois éléments fondamentaux, l’hindou, l'arabe et le persan, ont contribué à former par leurs combinaisons les styles musulmans de l'Inde. L'élément byzantin ne s’observe qu’exceptionnellement. Quant aux influences européennes, elles ne se manifestent que sous la période mogole, et se bornent W’ailleurs à des procédés d’ornementation accessoires, tels que la méthode d’incruster de pierres précieuses les façades de marbre des mosquées. À une époque presque moderne, l'influence italienne se manifeste dans les formes extérieures et les détails de décoration de certains monuments; à Luknow, Tanjore, par exemple; mais les résultats de cette association furent trop transitoires et trop au-dessous du médiocre pour mériter une description. De même que certains monuments hindo-anglais modernes, que l’on peut observer dans diverses régions de l’Inde, notamment à Muttra, ces édifices hybrides ne peuvent guère servir qu'à montrer Pimpossibilité de combiner les architectures de l'Orient avec celles de lOccident. L’abime qui sépare ces deux mondes, au point de vue des sentiments et des idées, n’est pas plus profond que celui qui sépare leur architecture.
La vue des planches de notre ouvrage montrera, beaucoup mieux que nous ne pourrions le dire, combien sont variés les effets produits par l’association des éléments architectoniques que nous avons énumérés. Dans les monuments les plus anciens, tels que la mosquée du Koutab, construite à Delhi vers la fin du douzième siècle, les influences arabes dominent; plus tard ce sont les éléments persans, au moins dans le Nord de l’Inde, comme à Lahore. Dans d’autres régions, à Ahmedabad par exemple, l’élément hindou est prédominant et l’emporte au point que, sans l’addition d’arcades, de dômes et de minarets, la presque totalité des monuments de cette dernière ville pourrait être qualifiée d’hindous, et c’est pourquoi d’ailleurs nous les avons décrits parmi les monuments hindous.
Les plus anciens monuments musulmans de l'Inde, tels que le Koutab à Delhi, la grande Mosquée d'Ajmir, sont de la fin du douzième siècle; les derniers monuments importants sont de la fin du dix-septième. Ils ont donc été édifiés pendant une période de 500 ans.
On donne souvent dans les livres anglais le nom de style pathan au style des monuments musulmans de PInde construits avant la période mogole, du nom de la dynastie turcomane qui régnait alors; mais je ne vois nullement l'utilité de donner un nom spécial à une architecture qui ne diffère de celle des Arabes que par quelques additions hindoues, ainsi qu’on le constate aisément dans le petit nombre de monuments qui nous restent de cette période.
Des noms spéciaux, s’il en était besoin, conviendraient beaucoup mieux à des styles aussi caractéristiques que ceux dont on voit des exemples dans les diverses cités musulmanes, Delhi, Bijapour, Lahore, etc.
Le nom de style mogol mérite au contraire d’être conservé. On désigne sous ce nom, les monuments construits pendant la domination des empereurs mogols. Les premiers édifices de cette période ne remontent guère qu’au milieu du seizième siècle et sont dus à l’empereur Akbar. Ils furent continués sous ses successeurs Jehangir, Shah Jehan, Aurengzeb, c’est-à-dire jusqu’à la fin du dix-septième siècle. On les rencontre surtout à Agra et à Delhi. Leur évidente parenté dans ces deux villes ne doit pas faire croire cependant que tous les monuments musulmans de lInde de cette période sont bâtis dans le même style, Nos planches fourniront la preuve du contraire.
Bien que les monuments de style mogol ne forment qu’une faible partie des monuments musulmans de l’Inde, ce sont pourtant à peu près les seuls qui soient connus en Europe. On se