PRÉFACE
I e . La collection égyptienne de la Bibliothèque nationale, appartenant au Cabinet des médailles et antiques, s'est formée d'apports successifs. Elle comprend un ancien fonds considérable dont Caylus fit le catalogue au siècle dernier. Il est à regretter que Caylus n'ait indiqué la provenance d'aucun des objets qu'il a publiés et tenté même d'expliquer.
2 e . A ce premier groupe est venu s'ajouter, après l'expédition d'Egypte, un arrivage assez notable. Les planches de la Description d? Egypte portent l'image d'un certain nombre d'objets dont on voit l'original au Cabinet des médailles, et qui exercèrent l'esprit sagace et pénétrant de Letronne. Je signalerai, parmi eux, le zodiaque de Dendérah, déjà connu et étudié, et que je m'abstiens, par là même, de publier dans ce fascicule.
3 e . Plus tard, la collection égyptienne s'augmenta du don considérable de Caillaud, tout le fruit de ses voyages à l'Oasis de Thèbes et à Méroé. Pour ces objets, nous en connaissons au moins la provenance et la date d'entrée au Cabinet des médailles.
II Pbéface.
Les monuments catalogués et publiés par Caylus, ceux apportés par l'expédition d'Egypte et par Caillaud, composent la presque totalité de la collection entassée dans la Bibliothèque nationale.
4*. Cependant, peu à peu sont encore venus s'adjoindre un petit nombre d'objets, achetés par les conservateurs du Cabinet des médailles, ou qu'ils ont reçus en don. Ainsi la curieuse gaîne de la fille de Dioscore (une thébaine) a été acquise en 1836, par M. Raoul Rochette, de M. Edouard de Caldavène. Plus tardj M. Charles Lenormant a, dans la vente d'une des collections Anastasi, choisi quelques ostraca ou tessères, presque tous coptes.
5 e . M. Prisse d ' Avennes a donné aussi au Cabinet des médailles quelques monuments, parmi lesquels la Chambre des Ancêtres, déjà publiée, et qui ne paraîtra pas dans ce travail.
6*. Dans la riche collection laissée en 1862 par le duc d'Albert de Luynes, se rencontrent encore quelques monuments égyptiens qui ont augmenté la somme des apports précédents. Dans les objets légués par le duc de Luynes, on chercherait vainement des inscriptions curieuses. Ce qui le préoccupait, c'était l'archéologie plutôt que la philologie. Mais si, dans cette dernière collection, les textes font défaut, elle n'en est pas moins intéressante par les beaux types qu'elle présente de l'art égyptien. C'est là qu'il faut regarder, si l'on veut avoir sous les yeux de belles statuettes funéraires, portant l'empreinte d'un art exquis. Ordinairement les statuettes funéraires, on ne l'ignore pas, sont assez grossièrement faites.
Sur les planches qui vont suivre, j'indiquerai en tête des objets ceux d'entr'eux que j'ai pu rattacher à une des provenances énumérées. Il en restera assurément un certain nombre dont il me sera tout à fait impossible de retrouver l'origine.
Voici Tordre que j'ai adopté pour le classement des objets et dans lequel
cette publication, les présentera.
1 er . Monuments figurés.
2 e . Ostraca.
Préface. III
3 e . Stèles rangées autant que possible par ordre chronologique.
4 e . Statues.
5 e . Sarcophages.
6 e . Amulettes, comme cônes funéraires etc., renfermés dans les tombeaux.
7 e . Bandelette de momie avec caractères hiératiques.
8 e . Objets ayant appartenu à la vie civile.
9 e . Quelques monuments, coptes et grecs.
Si l'on prend isolément quelques-uns de ces monuments, on trouvera peut-être qu'ils ne sont pas d'une importance capitale. Mais le moindre d'entr'eux devient intéressant, considéré comme partie de cette grande collection.
Il y a, dans tous les cas, un certain nombre d'objets qui, détachés du groupe, ont une grande valeur. Un des ostraca hiératiques est un acte de partage fort curieux, portant le nom de la JZ"*"^ , © Jj^kT ° ÇjûQ$> ^ a vivante de la ville, ou la citoyenne Ta-het-di.
Quelques-unes des grandes statues offrent des textes intéressants; par exemple , celle de Pa - khou - roew qui * adresse à Ptah cette invocation : « Ptah, mon cœur est plein de toi, mon cœur est muni de ton amour, comme les champs de boutons de fleurs » 8 *"^ ^z^ Q t\ <=> ^3* (1 Mu ^
Par les titres qu'elle présente, la statué accroupie de v^ JVxj Hor-KIieb, est aussi d'un vif intérêt. Celle de ^^Q *^T Khou-amen-rou, majordome, de la divine adoratrice, a un sens plus banal.
Je ne puis me dispenser de signaler un exemple assez remarquable de ces statues votives où le défunt paraît tenant devant lui un dieu qui est souvent Osiris. Le texte gravé sur notre statue est d'une grande difficulté, j'en proposerai une traduction hypothétique: Le dieu de la Haute et de la
L pour tout grand combat ^^^^7 , de Makkerra
IV Préface.
Faisant allusion à la posture de la statue divine devant le défunt qu'elle protège , le texte continue : Est placé la partie postérieure de lui (Osiris) devant sa personne (du défunt) . . • .
Quelques stèles ont une importance extrême.
Je ne parle pas des stèles déjà connues, Tune publiée par MM. Birch et de Rougé, l'autre (un hymne à Osiris) par M. Chabas, et dont je donne ici le texte devenu presque introuvable, en dehors des revues spéciales où il a paru tout d'abord. Outre ces deux monuments, il y a encore la stèle d'Apa, inédite avant l'apparition de ce fascicule. Elle peut fournir matière à d'ingénieuses études de mythologie égyptienne. « Ra passe avec sa personne 1 . Passe celui qui est avec sa personne. Passe Set avec sa personne. Passe Thoth avec sa pei % sonne. Passe Seb avec sa personne*. Passe Khent-arozii avec sa personne*. Passe Doutek* avec sa personne. Passe cet Osiris Apa avec sa personne. cet Osiris Apa, le bras de ta personne est derrière toi. cet Osiris Apa, le bras de ta personne est devant toi. cet. Osiris, la jambe de ta personne est derrière toi, la jambe de ta personne est devant toi, le parfait Apa, véridique » .
Le Ka ou personne apparaît bien ici comme une ombre, une projection de l'être. Quoiqu'il en soit, ce texte présenté rapidement mérite une seconde étude plus longue et plus approfondie.
1 Difficile est la traduction de • . Le mot Jh signifie passer et aussi a le sens interrogatif. D'abord j'ai pensé qu'ici nous avions affaire à un jeu de mots, et qu'en marquant J\ du signe de la duplication, le scribe avait voulu comme se jouer, et nous marquer qu'il fallait prendre le son avec ses deux sens. Mais j'ai préféré à la fin lire à la place de Ow, le nom du soleil O I. Dans la première hypothèse nous aurions eu : « Quel est celui qui passe avec sa personne? >
2 Au lieu de A^ l'article, dont la présence ioi ne s'explique guère, je lis ^^( 11) le nom du dieu Seb qui est demandé par le mouvement général.
3 (|| [1 Khent-arouï, celui qui est dans les deux yeux, désigne Horus. , semble désigner Osiris, le dieu perpétuel.
A/WWV
Préface.
La stèle pi. XV contient un hymne à Osiris, moins important sans doute que celui de la stèle pi. XXI, mais qui mérite d'être signalé. On le retrouve, avec de légères variantes, au Louvre c. 30, et dans les Monuments divers de M. Mariette (pi. 57). Entr'autres expressions à étudier, j'y remarque celle-ci: 1®T X Tu. Au même endroit la stèle du Louvre porte Q^^®]^! 1 ; l es Monuments divers (] c-d. Après avoir été nommé roi des vivants, Osiris, par antithèse, est appelé dieu de V hémisphère inférieur. ^*®)> marque bien ceux qui ne sont plus de ce monde ; f I #T X signifierait peut-être ceux dont on se souvient y ou bien les retranchés, de la racine II couper. Le mot étudié est à la 2° avant-dernière ligne. Alors on aurait:
«Celui-ci, c'est Osiris, fils de Nout, le souverain des dieux, le grand maître du ciel, le prince des vivants, le roi des retranchés dans Khera.»
Deux stèles en bois sont encore fort intéressantes ; Tune comprend cette énumération: Ordre royal qu'a fait la Majesté du roi de la Haute et de la Basse Egypte (Ounnouwré) aux dieux grands dans le nome Aker, aux Khou (qui sont) dans la salle d' Osiris, aux chanteuses (qui sont) dans la salle grande, aux serviteurs reposant près d! Osiris, W'^fx ^^ aux (?) qui sont dans le nome . . . .; aux dieux et aux déesses (qui sont) dans Aadjam, aux Esprits parfaits (qui sont) à F ouest de Thèbes. Ordre divin, savoir: ces dieux qui remplissent Aker, écoutez la parole d 'Ammon . . . dans Aptou, de Toum .... seigneur des deux terres d 'Ap, de Ptah du mur du midi, de Nout (mère) des dieux .... pour dire à Fosirienne Ahi d ' Ammon, Neskhonsou .... fille du prophète Djher . . .
née de la dame de maison, Ahi d' Ammon ; Viens où est (amset?)
dans la demeure (située) dans VAment. »
La deuxième stèle en bois porte le nom de YAhit d 9 Ammon, Ait, avec cet hymne fort court : « Salut à Harmakhis-Khepra qui se fait lui-même, 6 toi qui es grand quand tu te lèves à F horizon oriental, illuminant les deux terres
par ton rayonnement, tous les dieux sont en exaltation
Fait au commencement de la prière de F enterreme?it (entrée au
port) pour qu'il (Harmakhis) te châtie tous tes ennemis qui sont dans le Douaou . ... Je suis venu avec toi pour faire être le disque, cliaque jour.
VI Préface.
Parmi les sarcophages, il faut signaler surtout celui d ' Amen-hotep, prêtre d'Ammon à Thèbes, sous la XX e dynastie, fort curieux par les textes qu'il porte, et par ses représentations mythologiques; le sarcophage aussi de Pedou-Amen-Apt (Pétéménophis). Ce dernier, d'époque romaine, a exercé le génie de Champollion et la science habile de. Letronne.
La bande de lin coloriée qui enveloppait la momie emmaillotée de Pedou- Amen-Apt, contient une colonne d'hiéroglyphes dont voici la traduction:
«Moi, je suis la toile première (ou enveloppe) des deux cornes (ou statues) dJIsis et de Nephthys, Vurœus qui est aux deux bras de Tait. Je suis Rennet (ou V abondance), dans lintérieur du palais royal, le gardien des vêtements dans ht maison de Neith. S'assied Neith, enveloppant (protégeant) Sais par son œuvre; Tait . . . est avec elle, étendant les deux bras pour couvrir tes chairs, 6 Osiris (faisant les gâteaux [?] dans sa salle de festin). Pedou-Amen-Apt, fils de Kléopâtre. >
Les inscriptions assez nombreuses écrites sur le sarcophage de Pedou- Amen-Apt, sont en fort mauvais état; heureusement, Letronne nous a gardé l'inscription grecque 1 ; quant aux égyptiennes, elles ont été copiées, mais fort inexactement par Caillaud. Toutefois de celles qui étaient sur les linteaux, à peu près effacées, on en peut reconstituer une, au moyen du sarcophage de Heter 2 .
On retrouve avec quelques variantes, le texte suivant : r fl\C\[ A~
S ; ;m$m « ^SteJ^TSrvfcïas
O ~-J^^ ^.OQA
A/V/VWN
ï'TdH
(J A/ jEj A ... « Le disque solaire brille sur toi lorsqu'il se lève
au matin . ... ses rayons sur- ton corps, ô Osiris Pedou-Amen-Apt. Ton âme s'envole, elle va au ciel supérieur, rayonnant à la voûte céleste avec le disque, ô Osiris Pedou-Amen-Apt. »
L'inscription de l'autre linteau se traduit ainsi: « L } Ament pose ses deux bras sur toi pour faire ta place à l intérieur de lui, ô Osiris Pedou-Amen-
1 Letronne, Sur Vorigine des représentations zodiacales.
2 Brugsch, Recueil de monuments égyptiens; première partie, pi. XXXV.
Préface. VII
Apt. — ISAment pose ses deux bras pour que tu reçoives de faire ta place au milieu de lui, 6 Osiris Pedou- Amen- Apt. »
C'est donc une sorte de litanie que nous présentent deux des linteaux de ce sarcophage.
La représentation zodiacale peinte dans l'intérieur de ce cercueil et expliquée par Letronne, est fréquente à l'époque romaine.
Peu intéressants ordinairement sont les amulettes contenus dans les sarcophages; toujours ils présentent les mêmes textes et ne diffèrent que par les noms propres qui y sont gravés. Les amulettes du Cabinet des médailles, ne se distinguent nullement des autres. Je ferai cependant une exception pour les cônes funéraires.
Plusieurs d'entr'eux par exemple, achèvent de nous faire connaître le Ment-em-hat du règne de Tahraka, qui fut gouverneur de Thèbes et qui après le pillage de la grande ville par les Assyriens renouvela les naos des temples et leur mobilier sacré 1 .
Un des morceaux les plus importants de cette publication, c'est une longue bandelette de momie, qui porte un texte en caractères hiératiques, à la fois religieuse et funéraire dont la lecture offre bien de difficultés, mais dont le sens n'est pas banal. Malheureusement ce texte n'est pas complet; il commence par (j ° "£**, vos pires, suivi du nom d' Osiris, et
continue amsi: ■¥• nr "T « = ^f =3 AA S /NA ^ ? ^^^t=l v jv «Tu vis,
tu vis, il vit celui qui est sur les eaux d'If or us. »
La collection renferme encore deux inscriptions démotiques, l'une sur une de ces planchettes que l'on attachait au cou des momies, l'autre à la suite d'une inscription hiéroglyphique grossièrement gravée, et sur la même pierre.
Des tessères et deux stèles coptes se joindront aux anciens monuments égyptiens. Enfin, ce qui est rare! une stèle dont le premier registre est
1 Voir Diïmichen, Historïsche Inschriften, pi. XL VIII. a, b, et E. de Bougé, Mélanges d'archéologie etc., tome I er , p. 18.
VIII Pbéfàce.
tout égyptien par la scène d'offrande à Osiris assis, mais dont l'inscription du deuxième registre, malheureusement illisible, était toute grecque.
J'exprimerai toute ma reconnaissance envers M. Maspero. Cette publication est le fruit des années que j'ai passées, sous sa direction à V Ecole pratique des Hautes Etudes, ses cours du Collège de France m'ont été également d'un grand secours. Comme ceux du lundi de M. Renan, ils m'ont appris de
quelle façon on fait le siège d'un mot inconnu ou douteux.
Le patronage de mon œuvre appartient naturellement à M. Maspero qui m'a mis à même de l'entreprendre. Elle ne pouvait se réclamer d'un nom qui fît plus autorité dans toute l'école égyptologique. Je n'oublie pas non plus M. Pierret, conservateur du musée égyptien du Lowvre, dont l'amitié éclairée et sage, m'a été, en maintes circonstances, fort précieuse.
E. Ledrain.
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