‹ Les moralistes latinsChapitre 119 sur 253 · HUMANITÉ · texte numérisé non relu

HUMANITÉ

La raison rapproche l'homme de l'homme, les unit par les liens naturels, par la parole, par les coutumes : de sorte que l'affection de l'homme s'attache d'abord à ses parents, à sa famille, puis, s'étendant plus loin, embrasse d'abord ses concitoyens, ensuite la société humaine tout entière. ( Cicéron , des Biens et des Maux )

L'univers, disent, les stoïciens, est régi parla divine providence : c'est la cité commune, la patrie des hommes et des dieux ,• chacun de nous est un membre de ce grand corps. De là cette loi, fondée par la nature, qu'il faut préférer l'intérêt de l'humanité au sien propre. Car, si les lois civiles font passer le salut public avant celui des particuliers, le sage, l'homme de bien, docile aux lois naturelles, pénétré de ses devoirs envers la grande cité, préférera l'intérêt de l'humanité à celui d'un seul homme, au sien propre. Le traître qui livre sa patrie n'est pas plus coupable que celui qui, pour son intérêt personnel, pour sauver sa vie, trahit la cause de l'humanité... Nous devons également regarder comme un devoir de préparer le bonheur de ceux qui entreront un jour à venir dans la vie. (Caton d'Utique ; chez Cicéron, des Biens et des Momx)

tOO LA MORALE LATINE

Dans le domaine de la beauté morale, nul fait n'apparaît plus éclatant et plus fécond que la sympathie de Thomme pour l'homme, que cette association, cet échange de services, cette tendresse même qui a pour objet le genre humain. Ce sentiment, né de la tendresse des parents pour leurs enfants, unit d'abord la famille par les liens du sang, par le mariage ; puis, sortant de l'enceinte de la maison, elle s'étend progressivement aux parents plus éloignés, aux alliés, aux amis, aux voisins, aux citoyens d'un même Etat, aux alliés et aux amis de la République, et finit par embrasser l'universalité du genre humain. Cette affection qui fait rendre à chacun ce qui lui est dû et affermit la société humaine sur la base des services réciproques et de l'égalité, s'appelle la justice. (Cicérûn, des Biens et des Maux)

L'humanité nous défend de faire souffrir de notre orgueil ou de notre avarice les êtres associés à notre existence. Les paroles de l'homme humain, ses actions, ses émotions ne sont que bienveillance et douceur. La souffrance d'autrui est sa propre souffrance ; et ce qu'il aime surtout dans le bonheur qui lui arrive, c'est de pouvoir le faire servir au bonheur d'autrui. (Sénèque, Lettres)

Dans l'âge d'or, on s'occnpnit des autres autant que de soi-même. (Le même)

On demande quels sont nos devoirs envers nos semblables. Qu'entend-on par là ? Irons-nous recommander à l'homme de s'abstenir du sang humain ? Oh ! que c'est peu de ne pas nuire à celui que votre devoir est de soulager ! Le beau mérite pour l'homme de ne se point montrer féroce pour l'homme ! Eh quoi ! faut-il ordonner à l'homme de tendre la main au naufragé, de remettre dans sa route celui qui s'égare, de partager son pain avec celui qui a faim? Tout ce qu'il nous faut faire ou éviter est compris dans cette courte formule qui résume tous nos devoirs : le monde, ce monde qui renferme la Divinité et l'homme, n'est qu'un corps immense dont nous sommes les membres. La nature nous a créés tous parents. Nous avons la même origine, la même destinée. C'est la nature même qui nous a mis au cœur un mutue 1 amour et nous a faits sociables ; c'est elle qui a fondé l'égalité et la justice ; c'est elle qui nous a appris qu'il vaut mieux subir le mal que de le faire. Les mains qu'elle nous a données, nous sont données pour aider les hommes. Ayons toujours ce vers de Térence et sur les lèvres et dans le cœur :

« Je suis homme, et tout ce qui touche l'homme me touche personnellement. »

Nous avons tous une commune naissance. La société humaine est semblable aux voûtes de nos édilices : elles s'écrouleraient si les pieux qui les composent ne se faisaient obstacle. Ici, la résistance mutuelle fait la solidité. (Sénèque, Lettres)

C'est un crime de nuire à sa patrie, par conséquent de nuire à un citoyen ; car il est une partie de la patrie, et les parties sont sacrées quand le tout est vénérable C'est un crime de nuire à un homme ; car il est pour vous un concitoyen, dans une patrie plus étendue. (Sbnèqub, de la Colère)

Bientôt nous allons mourir ; mais, tant que nous serons parmi les hommes, aimons l'humanité. (Le même)

Dans le temps où les fonctions de citoyen lui sont interdites, le sage sait remplir les fonctions d'homme. (Le même, de la Tranquillité')

La nature veut que l'homme cherche à être utile à l'homme, quel qu'il soit, et par cela seul qu'il est homme. (Cicéron, des Devov.

Dire que nous devons tenir compte de nos concitoyens, mais non des étrangers, c'est rompre le lien qui unit tous les hommes. (Le même)

La navigation est un bienfait pour l'humanité, dont elle multiplie les rapports et dont elle étend L'empire. (Sbnèque, des Bienfaits)

Page 1