‹ Les moralistes latinsChapitre 123 sur 253 · INDULGENCE POUR LES AUTRES · texte numérisé non relu

INDULGENCE POUR LES AUTRES

Tel qui n'accorde rien aux passions des autres ne refuse rien aux siennes. Un tyran s'irrite contre un homicide, un sacrilège punit sévèrement un vol. C'est

que la plupart des hommes en veulent moins aux fautes qu'à ceux qui les commettent. Rentrons en nous-mêmes, et nous serons plus indulgents; demandons -nous: « N'en ai-je pas fait aussi tout autant'? n'ai-je pas commis la même faute? est-il bien nécessaire de punir celle qui m'irrite en ce moment? » Le meilleur remède contre la colère, c'est un instant de réflexion. (Sénèque, de la Colère)

Au fond, chacun de nous a les mêmes idées que les rois ; on voudrait tout se permettre contre les autres, on ne leur permet rien contre soi. (Le même)

Ne connaissez-vous point de ces gens qui, esclaves de toutes les passions, sont si sévères pour les vices d'autrui, qu'on dirait vraiment que c'est envie de leur part et non indignation ? Ceux qu'ils punissent avec le plus de rigueur sont précisément ceux qu'ils imitent. Et pourtant, rien ne convient mieux que la douceur, même à ceux qui n'ont pas besoin d'indulgence. Le meilleur et le plus parfait des hommes, à mes yeux, c'est celui qui pardonne aux autres, comme s'il commettait continuellement des fautes, et qui les évite, comme s'il ne pardonnait à personne. Tachons donc, chez nous, dehors, en toute occasion, d'être inexorables pour nousmêmes, et indulgents même pour ceux-là qui ne le sont que pour eux-mêmes. (Pline le jeune, Lettres)

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