‹ Les moralistes latinsChapitre 142 sur 253 · LIBERTÉ (HONNÊTE · texte numérisé non relu

LIBERTÉ (HONNÊTE

Garde-moi, Cosconia, de telle sorte que mes liens ne soient ni trop serrés ni trop lâches. S'ils se détendent, je partirai ; s'ils nïe gênent, je les romprai. Qu'ils soient comme il faut, et je te reste. (Pétrone, Fragments)

Il ne s'est pas trouvé encore de criminel assez effronté, ou pour ne pas nier le crime qu'on lui impute, ou pour ne pas l'attribuer à quelque juste ressentiment, pour ne pas chercher dans le droit naturel quelque moyen de défense. (Cicéron, des Lois)

Si c'est le châtiment, la crainte du supplice, non la laideur du crime, qui éloigne d'une vie criminelle, nul n'est injuste : il ne faut plus considérer le méchant que comme un homme qui calcule mal. (Le même)

Plus de justice, si elle n'a pas pour hase la loi naturelle : fondée sur l'utilité , une autre utilité la supprime. (Le même)

La loi n'est pas une invention de l'esprit humain, un décret particulier à une nation ; c'est quelque chose d'éternel qui gouverne le monde par la sagesse de ses prescriptions. Oui, la loi, la première comme la dernière des lois, c'est la pensée de Dieu, dont la raison suprême commande ou défend. (Le même)

■18(i LA MORALE LATINE

Il est une loi, la loi véritable, la droite raison, loi fondée sur la nature, imposée à tous, immuable, éternelle, dont la voix nous prescrit nos devoirs, dont les menaces nous détournent du mal, loi dont l'homme de bien ne méconnaît jamais ni les prescriptions ni les défenses, et à laquelle les méchants seuls se montrent indifférents. Cette loi ne subit ni amendement, ni retranchement; l'abroger est impossible. Ni sénat ni peuple ne nous en peut affranchir. Ne lui cherchez ni commentateur, ni interprète ; elle est la même à Eome et à Athènes, la même aujourd'hui, la même demain. Une, éternelle, immuable, elle embrasse tous les peuples et tous les temps. Un seul être nous l'enseigne et nous l'impose : c'est Dieu ; lui seul l'a conçue, méditée, fixée : lui désobéir, c'est se fuir soi-même, c'est dépouiller sa dignité d'homme, c'est s'infliger ainsi le plus terrible châtiment, quand même on échapperait à ce qu'on regarde comme des supplices. (Cicéron, Répu-

LOYÀUTÉ

Dans le temps que le roi Pyrrhus remporta en Italie deux victoires qui mirent les Romains dans un assez grand embarras et firent passer dans son pacte presque tous les peuples italiens, un certain Timocharès d'Ambracie, favori du roi, vint trouver secrètement le consul Fabricius, et s'offrit, si on voulait lui paver le salaire

qu'il demandait, à empoisonner le roi. Il ajoutait que la chose était d'autant plus facile, que ses enfants étaient échansons de Pyrrhus. Fabricius instruisit le sénat de cette proposition. Le sénat envoya au roi des députés qui, sans dénoncer Tiniocharès, devaient conseiller au prince de mieux veiller à sa propre sûreté et de se mettre en garde contre les trahisons domestiques. C'est ainsi que le trait est rapporté dans l'histoire de Valérius d'Antium. Mais on le trouve raconté autrement dans le troisième livre de Quadrigarius. Selon cet historien, le traître qui vint trouver le consul ne s'appelait pas Timocharès, mais Nicias ; ce ne furent pas les sénateurs. mais les consuls, qui envoyèrent des députés au roi ; le roi écrivit au peuple romain pour lui témoigner son admiration et sa reconnaissance, et renvoya chez eux, après les avoir habillés, tous les captifs qu'il avait dans son camp. C. Fabricius et Q. Emilius étaient alors consuls. La lettre qu'ils écrivirent à Pyrrhus dans cette circonstance nous a été conservée par Quadrigarius. La voici :

•i Les consuls romains au roi Pyrrhus, salut !

» Toujours animés du même courage pour tirer vengeance de tes injures, nous mettons tous nos soins à te faire la guerre, et tu auras toujours en nous des ennemis infatigables ; mais, pour donner à tous l'exemple de la loyauté, nous avons résolu de préserver ta vie d'un'î trahison qui la menace : nous sauvons notre ennemi afin que nous puissions plus tard en triompher.

» Nicias, un de tes amis, est venu nous demander de lui payer un salaire moyennant lequel il s'engage à te faire périr sans bruit ; nous avons refusé de l'entendre,

nous lui avons dit qu'il n'avait rien à espérer de nous. Nous avons, en outre, jugé à propos de l'avertir; nous le faisons, afin crue, si l'on attentait à ta vie, aucun peuple ne pensât que nous avons préparé le crime et ne nous accusât de combattre nos ennemis dansl'ombre, par la trahison soldée ou par l'assassinat. Tiens-toi sur tes gardes, ou crains de périr. » (Aulu-Gelle, Nuits attiques, m, 7)

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